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Logement insalubre : « On ne peut plus vivre comme ça » — ces locataires dénoncent l’abandon de leur bailleur social

Des plafonds qui s’effritent au-dessus des brosses à dents, de l’eau qui traverse les murs sans même attendre la pluie, et une baie vitrée qui menace de tomber. À Marigot, plusieurs familles disent vivre avec des désordres devenus quotidiens dans leur logement social. Leur colère vise aussi le silence qu’elles prêtent à leur bailleur.

Entre démarches répétées, réparations payées de leur poche et inquiétudes pour leurs enfants, ces locataires estiment avoir atteint une limite. Derrière des façades récemment repeintes, le tableau décrit à l’intérieur est beaucoup plus préoccupant.

À Marigot, des résidences qui paraissent entretenues mais dont les occupants dénoncent l’état intérieur

Les témoignages concernent notamment les résidences Santa Monica et Beverly, situées à Marigot, à Saint-Martin. Ces ensembles appartiennent à la Société immobilière de la Guadeloupe, plus connue sous le sigle SIG.

Santa Monica se trouve sur les hauteurs de Marigot. La résidence réunit 12 petits immeubles, construits à la fin des années 1980 par la SIG. Depuis l’extérieur, l’ensemble peut donner une impression d’entretien récent, car les peintures des bâtiments ont été refaites.

Les locataires rencontrés décrivent pourtant une situation radicalement différente dans les appartements. Ils évoquent des infiltrations d’eau, des murs et plafonds fissurés par l’humidité, des traces brunâtres, des champignons, des peintures qui se détachent et des installations dégradées.

Pour ces habitants, le problème ne relève plus d’un simple inconfort ou d’une retouche de peinture. Il concerne l’usage normal du logement, la sécurité des occupants et, dans certains cas, leur santé. Reste à comprendre pourquoi ces désordres semblent persister malgré les signalements.

Infiltrations, moisissures et équipements dangereux : ce que racontent les locataires

Nadia Agapé montre des zones qu’elle avait elle-même repeintes en juin, notamment dans une chambre et dans sa salle de bains. Quatre mois plus tard, les mêmes parties du mur et du plafond portent déjà de nouvelles marques d’humidité.

Selon elle, l’eau semble traverser la maçonnerie même lorsqu’il ne pleut pas. Les taches foncées réapparaissent, ce qui laisse penser que repeindre ne traite pas la cause de l’infiltration. Dans un logement touché par l’humidité, une finition neuve masque parfois temporairement le problème, sans l’éliminer.

Marlène Catiche, originaire de La Réunion et installée à Saint-Martin depuis longtemps, relie ses difficultés au passage de l’ouragan Irma. Son appartement aurait été fortement endommagé par cet événement, puis pillé au cours de la période de chaos qui a suivi.

Elle affirme que son logement n’a pas fait l’objet d’une rénovation complète. Malgré des réparations engagées de sa propre initiative, les fuites continueraient. Des experts seraient venus à plusieurs reprises et la SIG aurait indiqué prendre note, sans intervention concrète selon la locataire.

À la résidence Beverly, Tasha Georges explique que de l’eau entre chez elle lorsque les voisins du dessus nettoient leur appartement. Elle alerte aussi sur une baie vitrée qui sortirait régulièrement de ses rails. Celle-ci aurait déjà failli de tomber sur son téléviseur.

Cette situation l’inquiète particulièrement car son enfant a 7 ans et circule dans le logement. Une menuiserie instable, un vitrage mal fixé ou un rail endommagé ne doivent pas être traités comme un défaut secondaire. C’est précisément ce type de risque qui rend l’intervention urgente.

Des conséquences concrètes pour les familles qui occupent ces logements sociaux

Dans un autre appartement de Beverly, Larissa Miller-Mathurin vit avec son mari et ses enfants depuis 2015. La famille décrit de la peinture qui tombe du plafond lorsqu’elle se brosse les dents ou prend une douche.

L’humidité endommagerait la peinture au-dessus des espaces d’eau. Ses enfants sont asthmatiques, ce qui renforce son inquiétude face à un environnement marqué par l’humidité et les moisissures. Sans établir un lien médical automatique, la présence répétée de champignons et de murs humides est une source de préoccupation légitime pour des personnes fragiles.

Larissa Miller-Mathurin indique également être tombée à plusieurs reprises dans sa douche. Des flaques se formeraient au pied de la vasque, rendant le sol glissant. Dans une salle de bains, l’eau stagnante peut rapidement transformer un défaut d’étanchéité ou d’évacuation en risque de chute.

Les récits se rejoignent sur un point : les occupants ne disent pas découvrir ces problèmes depuis quelques jours. Ils expliquent les avoir signalés à maintes reprises par téléphone, lors de déplacements et par courrier. C’est la réponse, ou plutôt l’absence de réponse perçue, qui a fini par nourrir leur exaspération.

Courriers recommandés, appels et visites annoncées : des démarches restées sans effet selon eux

Nadia Agapé assure avoir envoyé des dizaines de lettres recommandées avec accusé de réception entre 2019 et septembre 2026. Elle regrette de ne pas recevoir, selon elle, de retour clair ou de calendrier de travaux.

Elle indique avoir reçu un courrier annonçant le passage de personnes à partir du 27 août. Or, en octobre, elle affirme qu’aucune intervention n’avait encore eu lieu dans son appartement. Pour un locataire, même une information précise sur le suivi d’un dossier peut éviter le sentiment d’être laissé sans interlocuteur.

Larissa Miller-Mathurin décrit pour sa part un parcours difficile entre Saint-Martin et la Guadeloupe. D’après son témoignage, lorsqu’elle appelle, on lui demande de joindre la SIG Guadeloupe. Celle-ci lui répondrait que le message sera transmis à un certain Monsieur Edmond ou qu’il faudrait le rencontrer directement.

Les journalistes se sont rendus au bureau de Monsieur Edmond, présenté comme le représentant de la SIG à Saint-Martin. Ce bureau est situé au sein même de la résidence Santa Monica. Le jour de leur passage, il était absent.

Il leur a alors été demandé de contacter la direction de la SIG en Guadeloupe. Cette tentative n’a pas davantage permis d’obtenir de réponse satisfaisante, selon le récit rapporté. Ce blocage de communication est désormais au cœur du conflit entre les locataires et leur bailleur.

Ce que les habitants peuvent documenter avant toute démarche

Face à des infiltrations, à des moisissures ou à un équipement dangereux, la première étape consiste à constituer un dossier précis. Les courriers recommandés, déjà utilisés par Nadia Agapé, permettent de conserver une trace datée des demandes adressées au bailleur.

  • Photographier les taches d’humidité, les fissures, les peintures qui tombent et les flaques d’eau, avec des dates.
  • Conserver les accusés de réception, courriels, messages et relevés d’appels liés aux signalements.
  • Décrire le danger de façon concrète : baie vitrée qui sort de ses rails, eau venant de l’étage supérieur, plafond qui s’effrite ou sol glissant.
  • Noter les conséquences quotidiennes, notamment la présence d’enfants, l’asthme ou les chutes.
  • Demander par écrit une visite technique et un calendrier d’intervention.

Ces éléments ne remplacent pas une expertise, mais ils aident à établir la répétition des désordres. Ils permettent aussi de distinguer une simple dégradation esthétique d’un problème d’étanchéité, de structure, de ventilation, de plomberie ou de sécurité.

Marlène Catiche envisage de ne plus verser directement son loyer et de le déposer auprès d’un huissier dans l’attente d’une réaction. Une décision de cette nature mérite toutefois d’être encadrée avec prudence, car le paiement du loyer ne doit pas être interrompu sans connaître précisément la procédure applicable.

Les erreurs à éviter lorsque l’humidité s’installe dans un appartement

Repeindre sans rechercher l’origine de l’eau est l’erreur la plus fréquente. L’expérience de Nadia Agapé l’illustre : une peinture neuve peut être rapidement marquée à nouveau si l’eau continue de circuler dans la maçonnerie.

Il ne faut pas non plus banaliser les signes de danger. Une baie vitrée instable, un plafond dont la peinture se détache, ou des flaques persistantes dans une douche nécessitent un signalement détaillé. Attendre peut augmenter le risque de blessure ou d’aggravation des dommages.

Enfin, les locataires ont intérêt à privilégier les écrits datés plutôt que les seules relances téléphoniques. Les appels peuvent compléter une démarche, mais un courrier recommandé et des photographies rendent l’historique plus lisible. Certains habitants de Santa Monica et Beverly se disent désormais prêts à saisir la justice pour faire valoir leurs droits.

À Marigot, les habitants demandent avant tout des travaux réels et un interlocuteur identifiable. Dans ces logements, la priorité reste d’assécher les infiltrations, sécuriser les équipements et donner aux familles une réponse à la hauteur de ce qu’elles vivent.

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— Alexis