Au quartier Bois Carré, au Lamentin, le débat ne portait pas seulement sur une échéance électorale ou sur une revendication ponctuelle. Le Gran Sanblé pou Matinik veut ouvrir une réflexion plus vaste, à partir des difficultés quotidiennes vécues sur l’île. Son ambition repose sur un changement de méthode autant que sur un changement de cap politique.
Le rassemblement veut faire remonter les préoccupations des Martiniquais pour construire des réponses adaptées au territoire. Mais derrière les échanges sur les finances, les transports ou la vie chère, une question centrale s’impose : qui doit décider, et avec quelles responsabilités, pour la Martinique ?
Sept urgences locales qui nourrissent le débat politique
Le dimanche 11 octobre 2026, le Gran Sanblé pou Matinik a réuni élus, militants et citoyens lors d’un Gran Konsit organisé à Bois Carré, au Lamentin. Ce rassemblement associe des partis politiques et des personnalités qui souhaitent faire vivre une réflexion collective sur l’avenir martiniquais.
La rencontre était consacrée aux difficultés que traverse le territoire. L’organisation a choisi de placer sept grands sujets au centre de cette rentrée politique : les finances de la Collectivité territoriale de Martinique, les sargasses, la santé, les transports, l’eau, les déchets, l’insertion et les violences.
Cette liste dessine un quotidien très concret. Les échouements de sargasses pèsent sur les riverains et l’environnement. Les difficultés liées à l’eau, au transport collectif, aux déchets ou à l’accès aux soins touchent directement les conditions de vie. L’insertion professionnelle et les violences renvoient, elles, à des enjeux sociaux qui concernent particulièrement la jeunesse.
Pour Francine Carius, coordinatrice du rassemblement, le but est d’abord de recueillir la parole des habitants. Le mouvement souhaite que la population exprime son regard, formule ses inquiétudes et apporte aussi ses propres pistes de solution.
Cette consultation ne doit pas rester symbolique. Les contributions citoyennes sont appelées à nourrir des propositions déjà défendues depuis plusieurs années par le Gran Sanblé pou Matinik, mais réajustées à la situation actuelle. Car les marges de manœuvre ont changé, notamment sur le plan budgétaire.
Le projet défendu : une Martinique plus autonome dans ses décisions
La réponse portée par le Gran Sanblé pou Matinik tient en un mot : responsabilité. Le mouvement appelle à un modèle de gouvernance dans lequel la Martinique disposerait de davantage de capacités pour décider de son fonctionnement et répondre à ses contraintes spécifiques.
Francine Carius estime que le territoire ne peut pas se limiter à appliquer des décisions prises à environ 8 000 kilomètres, depuis l’Hexagone. Son approche ne consiste pas à effacer les liens existants, mais à demander une organisation institutionnelle plus adaptée aux réalités sociales, économiques et géographiques de l’île.
Le mot employé est clair : le rassemblement souhaite que la Martinique puisse fonctionner de façon autonome. Cette autonomie est présentée comme une possibilité de mieux assumer les choix locaux, qu’il s’agisse d’aménagement, de formation, de développement économique ou de réponses aux crises environnementales.
La coordinatrice reconnaît néanmoins que cette orientation ne fait pas encore l’objet d’une adhésion complète dans la population. Le mouvement ne considère donc pas le débat comme clos. Il prévoit de poursuivre un travail d’explication et de sensibilisation pour préciser ce que recouvrirait cette évolution de la gouvernance.
Dans cette démarche, les réunions publiques ont une place essentielle. Les responsables politiques exposent leur constat, les personnes présentes réagissent, puis les échanges doivent se prolonger. Le Gran Sanblé pou Matinik entend ainsi faire de la participation citoyenne un outil politique concret, et non un simple moment de consultation.
Reste que cette volonté d’autonomie se confronte immédiatement à une réalité : l’état des finances de la Collectivité territoriale de Martinique conditionne les propositions qui peuvent être mises sur la table.
Les finances de la CTM, un point de départ incontournable
La situation financière de la CTM a occupé une place importante lors du Gran Konsit. Pour Francine Carius, il serait irréaliste de présenter aujourd’hui les mêmes mesures que dans le cadre d’une collectivité disposant d’une gestion financière saine et de marges budgétaires plus larges.
Le Gran Sanblé pou Matinik affirme que ses idées ne sont pas nouvelles. Toutefois, elles doivent être adaptées à l’état actuel de la collectivité. Les politiques publiques envisagées ne peuvent pas être conçues de la même façon lorsque les contraintes financières limitent les investissements et les dotations.
| Point abordé | Position exprimée lors du Gran Konsit |
|---|---|
| Propositions politiques | Elles doivent être ajustées aux contraintes budgétaires actuelles de la CTM. |
| Situation financière | Le rassemblement conteste l’idée qu’elle résulterait uniquement d’un passif attribué à Alfred Marie-Jeanne. |
| Éléments examinés | La situation de la collectivité en 2016, en 2021 et aujourd’hui, ainsi que les constats de la Chambre régionale des comptes. |
| Méthode revendiquée | Expliquer la situation à la population avant de défendre les mesures envisagées. |
Francine Carius conteste plus précisément un discours selon lequel les difficultés actuelles viendraient du passif laissé par Alfred Marie-Jeanne. Elle renvoie aux éléments présentés pendant la rencontre, notamment les comparaisons portant sur 2016, 2021 et la période actuelle.
Les constats de la Chambre régionale des comptes font aussi partie des références mobilisées par le rassemblement. L’enjeu, selon sa coordinatrice, est de permettre aux habitants de comprendre le contexte avant d’évaluer les choix politiques proposés.
Cette question financière dépasse les tableaux comptables. Elle touche les capacités de la CTM à financer les lycées, les collèges, les transports, les équipements publics et les politiques destinées aux jeunes. C’est précisément sur ce dernier point que le mouvement affiche un soutien très net.
Vie chère et études : le soutien affirmé aux lycéens et aux étudiants
Dans un contexte de mobilisation contre la vie chère, Francine Carius a réagi aux revendications portées par les lycéens et les étudiants. Elle considère leurs demandes comme légitimes, en particulier lorsque leurs conditions d’étude risquent d’être dégradées.
Les collèges et les lycées relèvent de la compétence de la Collectivité territoriale de Martinique. La coordinatrice rappelle donc que ces établissements doivent pouvoir accueillir les élèves dans des conditions correctes et avec les moyens nécessaires à leur formation.
La perspective d’une diminution des dotations accordées aux lycées, évoquée parmi les mesures envisagées par la collectivité, alimente les inquiétudes. Pour le Gran Sanblé pou Matinik, il est compréhensible que les jeunes réagissent vivement lorsqu’ils entendent parler de restrictions qui pourraient toucher leur établissement.
- Garantir des conditions d’étude dignes dans les collèges, les lycées et l’enseignement supérieur.
- Préserver les moyens attribués aux établissements, malgré la pression exercée par la situation budgétaire de la CTM.
- Relier la formation à l’avenir démographique de l’île, afin que les jeunes puissent se projeter en Martinique.
Francine Carius souligne une contradiction. Les responsables publics veulent lutter contre la fuite des cerveaux et enrayer le déclin démographique, mais les jeunes rencontrent des obstacles pour se former localement dans de bonnes conditions.
Pour la coordinatrice, on ne peut pas défendre l’avenir de la Martinique sans traiter celui des lycéens et des étudiants. La formation est présentée comme un levier de maintien des compétences sur le territoire, mais aussi comme une condition de confiance pour une génération confrontée aux difficultés du quotidien.
Le soutien aux mobilisations de jeunesse s’inscrit donc dans une vision plus large : faire émerger des politiques locales qui répondent aux besoins présents, sans sacrifier les perspectives de demain.
Une stratégie de terrain malgré un précédent résultat électoral décevant
Le Gran Sanblé pou Matinik ne masque pas ses difficultés électorales. Francine Carius admet que le rassemblement n’a pas obtenu les résultats espérés lors de la précédente échéance, et envisage que ses messages n’aient pas été suffisamment convaincants.
Ce constat ne modifie pas la méthode retenue. Le mouvement entend continuer à agir par la voie démocratique, en maintenant des échanges directs avec les citoyens et en préparant les prochains rendez-vous politiques.
Cette stratégie repose sur plusieurs axes complémentaires :
- organiser des rencontres de terrain, comme le Gran Konsit de Bois Carré au Lamentin ;
- écouter les propositions et les préoccupations formulées par la population ;
- présenter des mesures compatibles avec les difficultés financières actuelles ;
- poursuivre le travail d’information sur la question de l’autonomie ;
- tenir compte de l’évolution des crises locales, de la santé aux sargasses.
Cette approche cherche à installer un dialogue dans la durée. Elle repose sur l’idée que l’adhésion ne se décrète pas, surtout lorsqu’il s’agit de faire évoluer les institutions et les responsabilités politiques d’un territoire.
Le mouvement semble ainsi privilégier une construction progressive. Il veut convaincre par l’explication, relier les enjeux institutionnels aux problèmes concrets et faire de la participation des Martiniquais un élément central de sa crédibilité.
Ce qu’il faut retenir du débat sur la gouvernance martiniquaise
L’autonomie défendue par le Gran Sanblé pou Matinik ne se résume pas à une formule institutionnelle. Dans le discours de Francine Carius, elle est liée à la capacité de traiter localement les difficultés de l’eau, des déchets, de la santé, des transports ou de l’éducation.
Mais le mouvement insiste aussi sur une limite : davantage de responsabilités suppose de regarder avec lucidité la situation financière de la CTM. Les promesses ne peuvent pas être détachées des moyens disponibles, ni des choix budgétaires à venir.
Le débat porte également sur la place des jeunes. Réduire les moyens de formation tout en voulant freiner la fuite des compétences constitue, selon la coordinatrice, un paradoxe qu’il faut résoudre.
Le Gran Sanblé pou Matinik veut désormais transformer les réunions citoyennes en propositions politiques précises. Sa prochaine étape sera donc de démontrer que cette gouvernance plus autonome peut répondre, de manière tangible, aux attentes exprimées sur le terrain.
— Alexis




