À Fouillole, la colère étudiante a pris la forme d’un rassemblement public, avec une volonté claire : faire entendre des difficultés qui touchent directement les études et la vie quotidienne. Derrière cette mobilisation solidaire des lycéens, les étudiants décrivent un campus où les problèmes matériels, administratifs et pédagogiques s’accumulent.
Ils ne se sont pas encore joints au mouvement lycéen. Mais leurs demandes, désormais réunies, pourraient bientôt être portées devant la présidence de l’Université des Antilles.
À Fouillole, la mobilisation étudiante prolonge la colère des lycéens
Les étudiants du Pôle Guadeloupe de l’Université des Antilles, située sur le campus de Fouillole, se disent eux aussi en colère. Leur mobilisation intervient dans le sillage de celle des lycéens, dont ils se déclarent solidaires.
Le lundi 12 octobre 2026, à la mi-journée, une réunion publique a été organisée devant le restaurant universitaire. L’objectif était d’écouter les étudiants, de regrouper les doléances et de dresser une liste commune de revendications.
Cette démarche part d’un constat partagé : selon eux, les difficultés observées dans le second degré ne disparaissent pas après le baccalauréat. Elles se prolongent dans les formations universitaires, avec des conséquences sur les cours, les conditions de logement et les projets pédagogiques.
Les étudiants évoquent notamment des coupures d’eau longues et répétées, des équipements qui ne fonctionnent pas, des bâtiments dégradés et un manque de matériel. À ces problèmes s’ajoutent l’absence de certains enseignants, l’absence de remplacement et des logements du CROUS jugés insuffisamment entretenus.
Le rassemblement ne visait donc pas seulement à exprimer un mécontentement. Il devait permettre de transformer des situations individuelles en demandes collectives, plus difficiles à ignorer. Reste à comprendre ce que les étudiants placent réellement au cœur de leur mobilisation.
Ce que réclament réellement les étudiants de l’Université des Antilles
La première demande concerne des conditions d’étude dignes et stables. Les étudiants dénoncent des interruptions d’eau régulières, alors que cet accès constitue un besoin élémentaire sur un campus universitaire. Ils demandent aussi des locaux entretenus, du matériel disponible et des équipements opérationnels.
Plusieurs participants décrivent des bâtiments qui « tombent en ruine ». Pour eux, cette dégradation ne relève pas d’un simple inconfort. Elle affecte la qualité du travail, l’accueil des étudiants et l’image même de l’Université des Antilles.
La deuxième revendication porte sur l’enseignement. Des professeurs seraient absents sans être remplacés. Cette situation fragilise la continuité des cours, complique les emplois du temps et peut pénaliser les étudiants dans leur progression universitaire.
La troisième demande vise les logements du CROUS. Les étudiants concernés dénoncent un défaut d’entretien. Le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires joue pourtant un rôle central pour les jeunes qui vivent loin de leur famille ou disposent de moyens limités.
Enfin, ils mettent en cause la gestion administrative. Certains dénoncent un manque d’écoute et ce qu’ils perçoivent comme du mépris à l’égard des étudiants. Leur attente est simple : obtenir des réponses concrètes, des décisions suivies d’effets et une meilleure prise en charge des difficultés signalées à plusieurs reprises.
Cette critique de la gouvernance dépasse cependant les seuls sujets du quotidien. Dans une filière précise, le manque de moyens met directement en péril le contenu même de la formation.
Le cas du Master biodiversité : des sorties de terrain freinées par le budget
Le témoignage de Yannis Laurent-Grand-Girard, étudiant en Master biodiversité évolution écologique, illustre une autre dimension de la mobilisation. Venu de métropole pour étudier en Guadeloupe, il explique avoir choisi cette formation pour son environnement naturel et les sorties de terrain liées à l’étude de la biodiversité.
Dans cette discipline, les forêts guadeloupéennes et les milieux naturels ne sont pas un simple décor. Les sorties constituent un outil pédagogique important pour observer les espèces, analyser les écosystèmes et appliquer les connaissances acquises en cours.
Or, selon l’étudiant, ces sorties annoncées ne peuvent pas toujours avoir lieu. Il évoque l’absence d’assurances nécessaires et un financement insuffisant. Le budget disponible pour les Master 1 et Master 2 serait de 2 000 euros pour l’année, une somme qu’il estime trop faible pour assurer l’ensemble des déplacements prévus.
Cette situation alimente un sentiment de décalage entre la présentation de la formation et ce que les étudiants peuvent effectivement vivre une fois inscrits. Certains vont jusqu’à parler de publicité mensongère, estimant que les promesses liées au cadre guadeloupéen ne sont pas suivies des moyens nécessaires.
Pour un étudiant qui a engagé ses économies afin de venir suivre ce Master, l’enjeu est particulièrement concret. Ne pas accéder aux sorties de terrain attendues revient à ne pas bénéficier pleinement de l’expérience universitaire choisie. Mais pour faire avancer ces dossiers, les étudiants veulent d’abord structurer leur action.
Comment les étudiants veulent faire aboutir leurs demandes
Le collectif ne s’est pas constitué autour d’une revendication unique. Il cherche au contraire à rassembler les étudiants de différentes filières autour de problèmes communs : eau, bâtiments, matériel, cours, logements, budget et dialogue avec l’administration.
Aaron Ormile, étudiant en troisième année de STAPS et membre du collectif des étudiants, résume l’objectif : montrer que les étudiants peuvent se mobiliser lorsqu’ils estiment une cause juste. Cette mobilisation doit aussi faire émerger des pistes de solution et, si nécessaire, contribuer à débloquer certaines situations.
- Recueillir les difficultés : les étudiants ont commencé par donner la parole aux personnes concernées lors de la réunion publique organisée devant le restaurant universitaire.
- Établir une liste de demandes : les problèmes doivent être regroupés afin de distinguer les urgences matérielles, les enjeux pédagogiques et les sujets liés au CROUS.
- Porter les revendications à la gouvernance : les étudiants envisagent désormais un échange avec la présidence de l’Université des Antilles.
- Envisager une manifestation si nécessaire : cette option est évoquée si les discussions ne débouchent pas sur des réponses jugées réelles et adaptées.
À ce stade, les étudiants n’avaient pas encore engagé de discussion avec la gouvernance universitaire. Cette rencontre est présentée comme la prochaine étape, maintenant que les besoins et les demandes ont été formulés collectivement.
Le mouvement reste donc dans une phase d’organisation. Sa force dépendra de la capacité du collectif à conserver une unité entre des étudiants aux parcours et aux difficultés parfois très différents.
Une solidarité avec les lycéens, sans fusion des deux mouvements
Les étudiants de Fouillole se reconnaissent dans la mobilisation lycéenne. Leur présence dans l’espace public traduit une solidarité avec leurs cadets et une inquiétude face à des problèmes qu’ils considèrent similaires entre le lycée et l’université.
Cette proximité ne signifie pas pour autant que les deux mobilisations ne font qu’une. Les étudiants n’ont pas exprimé le souhait de rejoindre, pour l’heure, le mouvement des lycéens.
Le lundi 12 octobre 2026, la mobilisation lycéenne s’était d’ailleurs essoufflée. Les étudiants ont choisi de poursuivre leur propre démarche, centrée sur les réalités du Pôle Guadeloupe de l’Université des Antilles.
Cette distinction est importante. Les étudiants portent des demandes spécifiques, notamment sur le fonctionnement des formations post-baccalauréat, les conditions d’enseignement supérieur, les résidences du CROUS et les budgets alloués aux activités pédagogiques.
Leur stratégie repose moins sur une action immédiate dans la rue que sur la construction d’un rapport de force collectif. Ils veulent démontrer que les problèmes ne sont pas isolés, mais qu’ils concernent plusieurs services et plusieurs filières.
La prochaine discussion avec la présidence de l’Université des Antilles sera donc déterminante. C’est à ce moment que les revendications réunies devant le restaurant universitaire devront se traduire, ou non, par des engagements précis.
Les points à surveiller après ce rassemblement
Le principal enjeu sera la réponse apportée aux alertes déjà signalées par de nombreux étudiants. Les participants affirment que certains problèmes sont remontés à l’administration depuis longtemps, sans solution obtenue à leurs yeux.
La question des moyens devra également être examinée. Dans le Master biodiversité évolution écologique, les étudiants attendent notamment des garanties sur les assurances et le financement des sorties de terrain, essentielles à leur parcours.
Il faudra aussi observer si les demandes relatives aux coupures d’eau, aux bâtiments, aux équipements, aux enseignants absents et aux logements du CROUS font l’objet d’un calendrier d’intervention. Sans échéance claire, le sentiment de ne pas être entendu risque de s’installer davantage.
Les étudiants de Fouillole ont désormais une liste et un collectif. Leur prochain défi consiste à obtenir des réponses à la hauteur des difficultés exposées, avant que la mobilisation ne prenne une forme plus visible.
— Alexis




