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Guadeloupe : dettes gelées, dialogue relancé… ce que les élus et universitaires proposent vraiment pour sortir de la crise sociale

En Guadeloupe, la colère sociale ne se limite plus aux barrages et aux axes routiers bloqués. Derrière les revendications sur l’eau, les carburants et le coût de la vie, plusieurs acteurs avancent désormais des pistes concrètes pour éviter que la crise ne fragilise davantage les entreprises, l’emploi et la jeunesse.

Une demande financière précise, un appel au dialogue et une proposition de refonte des politiques publiques se dégagent. Mais leur efficacité dépendra d’une condition décisive : parvenir à construire une réponse collective, durable et adaptée au territoire.

Une mobilisation qui met en lumière des difficultés déjà profondes

Quatre jours après le lancement d’opérations coup de poing par le collectif Nou Las Palé, la Guadeloupe connaît une séquence sociale sous haute tension. Plusieurs axes routiers de l’archipel ont été bloqués, y compris dans la zone de Jarry, considérée comme le principal poumon économique du territoire.

Le mouvement porte des préoccupations qui touchent directement la vie quotidienne. L’accès à l’eau, le niveau des prix des carburants et la vie chère figurent au premier plan. Ces sujets se croisent avec les difficultés plus larges rencontrées par les entreprises et les ménages.

Les lycéens et les étudiants ont aussi exprimé leur besoin de moyens adaptés pour étudier. À leurs côtés, des professionnels issus de nombreux secteurs font entendre des revendications communes. Pêcheurs, agriculteurs, acteurs du bâtiment et des travaux publics, ainsi que dirigeants de petites et moyennes entreprises décrivent une situation économique tendue.

Cette convergence est importante. Elle montre que la crise ne concerne pas un seul métier ni un seul public, mais plusieurs dimensions de la société guadeloupéenne : consommation, éducation, emploi, entreprises, services publics et mobilité. C’est dans ce contexte que les propositions institutionnelles et universitaires prennent une portée particulière.

La première d’entre elles vise à offrir un répit immédiat aux entreprises locales, sans effacer leurs obligations.

La mesure phare proposée : geler temporairement les dettes des entreprises

La proposition la plus précise est portée par un front politique local réunissant la Région, le Département, des parlementaires, des maires et des intercommunalités. Le président de Région Ary Chalus et le président du Département Guy Losbar se sont associés aux députés, aux sénateurs, à l’Association des maires de Guadeloupe et aux présidents des établissements publics de coopération intercommunale.

Leur demande est transpartisane. Dans un courrier commun adressé au président de la République et au Premier ministre, ils réclament l’intégration dans les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale pour 2027 d’un dispositif exceptionnel.

Il s’agit d’un moratoire d’un an sur les dettes fiscales et sociales des entreprises locales, accompagné de plans d’apurement. Concrètement, l’objectif serait de suspendre temporairement les procédures de recouvrement forcé, tout en tenant compte de la situation financière propre à chaque entreprise.

Dispositif demandéApplication envisagée
Moratoire exceptionnelGel temporaire des dettes fiscales et sociales pendant un an
Recouvrement forcéSuspension temporaire des procédures engagées contre les entreprises
Plans d’apurementÉchéanciers adaptés à la capacité financière de chaque entreprise
Retards de paiementPossibilité de remises sur les majorations liées aux retards

Les élus insistent sur un point : il ne s’agirait pas d’annuler les dettes. Le mécanisme aurait vocation à donner du temps aux entreprises pour remplir leurs engagements, dans un contexte économique et social dégradé.

Selon les signataires, l’absence d’un soutien immédiat et coordonné de l’État risquerait d’entraîner des liquidations judiciaires. Elles redoutent leurs conséquences sur l’emploi, la cohésion sociale et les recettes publiques. La demande ne se présente donc pas comme un abandon de créances, mais comme un instrument de sauvegarde temporaire.

Cette piste n’est pas sans précédent. Les élus rappellent les dispositifs liés à la loi d’orientation pour l’Outre-mer de 2000, à la loi de programme pour l’Outre-mer de 2003 et à la loi pour le développement économique des Outre-mer de 2009. Ils évoquent également les mesures prises durant la crise du Covid-19. Encore faut-il que cette proposition financière s’accompagne d’un cadre de discussion crédible.

Du blocage au dialogue : la demande portée auprès du préfet

L’Alyans Nasyonal Gwadloup, ou ANG, défend une priorité différente mais complémentaire : rouvrir le dialogue avec les professionnels mobilisés. Le mouvement reproche au préfet de Guadeloupe, Thierry Devimeux, son refus d’échanger avec les manifestants participant aux blocages.

Le préfet estime que le collectif Nou Las Palé ne constitue pas une organisation représentative et que ses responsables ne disposent pas d’une légitimité suffisante. L’ANG considère au contraire que l’absence de reconnaissance des interlocuteurs ne doit pas conduire à ignorer les problèmes soulevés.

Pour cette organisation politique, les revendications sur le prix élevé des carburants, l’accès à l’eau et les difficultés des entreprises sont légitimes. Elles concernent, selon elle, l’ensemble de la population guadeloupéenne. L’ANG estime que l’absence d’écoute alimente les tensions et peut conduire à une aggravation du mouvement.

Le collectif Nou Las Palé aurait tenté d’obtenir une rencontre avec le représentant de l’État avant de se mobiliser, sans succès. L’ANG demande donc au préfet de recevoir les doléances des socioprofessionnels, de les écouter et de chercher des réponses concrètes.

Son analyse est plus politique. L’organisation lie la crise actuelle à ce qu’elle décrit comme les effets de la domination coloniale et de l’intégration européenne sur le territoire. Cette lecture ne fait pas consensus, mais elle souligne l’intensité du débat sur les responsabilités structurelles.

Au-delà des désaccords sur les interlocuteurs et les causes, une idée émerge : les réponses ponctuelles ne suffiront pas. C’est précisément le sens de la démarche proposée par dix universitaires guadeloupéens.

Les universitaires réclament un consensus et des politiques durables

Dix universitaires ont signé une lettre ouverte appelant à bâtir un consensus politique à la hauteur de l’urgence. Leur démarche ne consiste pas à désigner des responsables immédiats. Ils invitent plutôt les acteurs locaux à dépasser les affrontements pour construire une réponse commune aux demandes sociales.

Les signataires considèrent que les modèles hérités du passé ne répondent plus aux attentes de la société guadeloupéenne. Ils rappellent que les enseignements des mobilisations de 2009 n’auraient pas été tirés et que les difficultés se sont aggravées depuis.

Leur priorité est claire : combattre le chômage des jeunes. Ils alertent sur la situation de jeunes sans diplôme, sans perspectives et parfois exposés à la drogue ou à la violence, comme auteurs ou victimes.

Pour eux, aucune institution ne peut résoudre seule une crise aussi large. La jeunesse, l’éducation, la formation, les entreprises, les salariés, les associations, les collectivités et les services de l’État doivent participer à une construction collective. La demande sociale est décrite comme multisectorielle, ce qui implique des politiques publiques coordonnées.

  • Jeunesse : créer des perspectives pour prévenir le décrochage et le désœuvrement.
  • Éducation et formation : offrir des moyens adaptés aux lycéens et aux étudiants.
  • Entreprises et salariés : préserver l’activité économique et l’emploi local.
  • Collectivités et État : concevoir des réponses adaptées à la réalité guadeloupéenne.
  • Associations : contribuer au lien social et à l’expression des besoins de terrain.

Les universitaires demandent surtout des mesures inscrites dans la durée, plutôt que des décisions différées ou limitées à l’urgence. Leur appel pose une question centrale : comment transformer une crise sociale en projet de territoire partagé ?

Les dix signataires et les points de vigilance

La lettre ouverte réunit des spécialistes de disciplines diverses. Cette pluralité traduit la dimension économique, sociale, éducative et politique de la situation. Les signataires sont Alexandre Debiche, professeur de philosophie et président de l’APPHIGUA, Valérie Doumeng, professeure des universités en droit privé, et Anny Flory, professeure des universités en chimie des matériaux.

Figurent également Joao Gabriel Galli, docteur en histoire, Sarra Gaspard, professeure des universités en chimie, Julien Merion, politologue et vice-président du CORECA, ainsi que Pierre Odin, maître de conférences en science politique.

Clara Palmiste, maîtresse de conférences en histoire, Fred Reno, professeur des universités en science politique, et Florence Romana, professeure des universités en physique des matériaux, complètent cette liste.

Un moratoire ne résoudrait pas, à lui seul, la question de la vie chère, de l’eau ou de l’emploi des jeunes. À l’inverse, le dialogue ne produira d’effets que s’il débouche sur des décisions vérifiables, financées et adaptées aux réalités des secteurs concernés.

La proposition la plus concrète reste donc celle d’un gel temporaire des dettes fiscales et sociales, préparé dans le cadre des textes budgétaires de 2027. Mais le véritable enjeu est plus vaste : faire en sorte que les entreprises, les jeunes, les collectivités, l’État et les organisations sociales puissent enfin agir dans une même direction.

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— Alexis