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Sargasses à La Désirade : la construction d’un nouveau navire collecteur vient de commencer

Le premier morceau du futur collecteur vient d’être découpé, mais l’enjeu dépasse largement un chantier naval. À La Désirade, ce navire doit permettre de récupérer davantage de sargasses avant qu’elles ne s’accumulent près des côtes. Son évolution la plus importante pourrait changer le rythme des opérations en mer.

Après plusieurs générations de prototypes, la société guadeloupéenne STMI mise sur une solution pensée pour travailler plus longtemps, avec moins d’interruptions. Reste à savoir ce qui distingue réellement ce quatrième Sargator des précédents.

Pourquoi la collecte des sargasses reste un défi majeur en Guadeloupe

Les échouements de sargasses ne posent pas seulement une question de nettoyage des plages. Ces algues brunes, lorsqu’elles arrivent en masse sur le littoral, concernent aussi la santé publique, l’environnement, l’activité touristique et la vie quotidienne des habitants.

Le ramassage à terre intervient souvent lorsque les algues ont déjà atteint le rivage. La collecte en mer vise au contraire à limiter leur accumulation avant l’échouement. Pour être efficace, elle exige toutefois un navire capable de travailler durablement et de décharger rapidement sa récolte.

Cette question est devenue également économique. En Guadeloupe comme en Martinique, un rapport évoque une baisse d’au moins 25 % de la valeur de marché de certains biens immobiliers dans les zones régulièrement touchées. Des logements deviennent aussi plus difficiles à vendre.

Les pouvoirs publics suivent le sujet de près. À Petit-Bourg, une délégation de sept sénateurs s’est récemment rendue sur le terrain pour échanger autour des enjeux sanitaires, environnementaux et territoriaux. Ces parlementaires prévoient un rapport sur cette problématique de santé publique dans un délai de deux mois et demi.

Les établissements scolaires peuvent eux aussi être affectés. Le collège Robert 3, perturbé pendant plusieurs mois par les échouements, a pu préparer une rentrée plus normale grâce à une amélioration de la situation et à diverses mesures autour du site. Les personnels y ont repris le 31 août, avant le retour des élèves le 1er septembre.

Dans ce contexte, chaque progrès technique compte. Le nouveau Sargator construit pour La Désirade vise précisément à réduire l’un des freins les plus importants de la collecte maritime.

Le Sargator 4, un navire conçu pour rester plus longtemps en mer

Le navire en construction s’appelle Sargator 4. Il s’agit du quatrième modèle développé par STMI, une entreprise guadeloupéenne qui travaille sur ces collecteurs depuis onze ans, depuis le lancement du premier Sargator.

Le chantier a débuté lundi avec la découpe de la première pièce, seulement dix jours après la signature du contrat. Cette étape se déroule dans les ateliers de STMI, grâce à une machine de découpe laser présentée comme unique aux Antilles.

La principale nouveauté concerne le transbordement, c’est-à-dire le transfert des sargasses récoltées vers une solution de stockage ou d’évacuation. Sur les premiers modèles, le bateau devait revenir régulièrement à quai afin de vider sa benne ou ses sacs de collecte.

Le Sargator 2 dépendait, lui, d’un bateau d’accompagnement. Cette organisation réduisait le temps réellement consacré au ramassage, car l’équipage devait interrompre sa mission ou coordonner l’opération avec un autre navire.

Le Sargator 4 doit contourner cette difficulté grâce à un dispositif qui éjecte directement les big bags. Ces grands sacs de stockage et de transport passent d’une contenance de 1,5 mètre cube à 2,5 mètres cubes.

STMI annonce ainsi un chargement de deux tonnes de sargasses en environ une minute trente à une minute quarante. L’objectif est simple : éviter les retours fréquents à quai, garder le collecteur actif plusieurs heures et augmenter le nombre de rotations possibles.

Cette autonomie pourrait aussi permettre une utilisation à des horaires décalés, selon les besoins sur le terrain. Mais avant les essais en mer, il reste un travail industriel considérable à accomplir.

Comment le Sargator 4 est fabriqué dans les ateliers de STMI

La construction du Sargator 4 doit durer environ cinq mois. Le navire n’est pas assemblé à partir de quelques grands éléments : il nécessite près de 25 000 pièces, toutes préparées puis réunies dans les ateliers guadeloupéens de STMI.

Le processus de fabrication suit plusieurs étapes, depuis la découpe initiale jusqu’aux futures sorties en mer.

  1. Découper les pièces au laser. La première opération a été lancée lundi. Chaque élément destiné à la structure du navire doit être produit avec précision avant sa mise en forme.
  2. Plier les éléments métalliques. Après la découpe, les pièces reçoivent les formes nécessaires à la coque, aux équipements et à l’organisation du système de collecte.
  3. Assembler par soudure. Les quelque 25 000 composants sont ensuite réunis. Cette phase donne progressivement sa structure au Sargator 4.
  4. Installer le système de big bags. Le dispositif de transbordement doit pouvoir accueillir les sacs de 2,5 mètres cubes et les éjecter directement pour éviter les interruptions répétées.
  5. Préparer les essais en mer. Les premières expérimentations sont prévues en février prochain. Elles permettront de vérifier le comportement du navire et son efficacité de collecte.
  6. Livrer le collecteur à La Désirade. Après ces essais, le Sargator 4 prendra la direction de l’île pour sa mission de ramassage des sargasses.

Le volume de pièces illustre l’ampleur du chantier. Pour STMI, cette commande représente aussi l’arrivée concrète d’un Sargator en Guadeloupe, après des années de développement de cette technologie.

La fabrication ne constitue pourtant qu’une partie de la réponse. Le modèle a été modifié à partir des enseignements tirés des navires précédents.

Onze ans de développement et les leçons des précédents modèles

Le Sargator 4 est l’aboutissement de onze années de recherche et développement. Cette durée reflète la difficulté du phénomène : ramasser des algues flottantes n’est utile que si la logistique de stockage, de transfert et d’évacuation suit le même rythme.

Les premiers Sargator ont mis en évidence la limite des retours à quai. Même avec une collecte efficace, le navire perd du temps dès qu’il doit interrompre son travail pour vider sa cargaison. Le recours à un bateau d’accompagnement, comme pour le Sargator 2, apporte une solution mais ajoute une contrainte opérationnelle.

Le Sargator 3, mis en fonctionnement au début de l’année, a apporté de nouvelles données à STMI. Ces retours d’expérience ont contribué aux améliorations du quatrième modèle, notamment sur la gestion des big bags et la continuité de l’activité en mer.

Modèle ou étapeEnseignement ou évolution
Premiers SargatorRetours réguliers à quai nécessaires pour décharger la benne ou les sacs.
Sargator 2Besoin d’un bateau d’accompagnement pour le transbordement.
Sargator 3Mise en fonctionnement au début de l’année et collecte de données utiles.
Sargator 4Éjection directe des big bags de 2,5 mètres cubes et chargement annoncé de deux tonnes en 1 min 30 à 1 min 40.

STMI ne présente pas son navire comme une réponse universelle. Son directeur, Laurent Brousseau, insiste sur la nécessité d’adapter le matériel aux conditions rencontrées et de combiner plusieurs techniques de collecte.

Cette prudence est essentielle. Une machine adaptée à une zone ou à une plage ne répond pas automatiquement aux besoins d’un autre littoral.

Ce qu’il faut savoir avant de voir le Sargator 4 à l’œuvre

Le nouveau système de big bags améliore la continuité de la collecte, mais il ne supprime pas toutes les contraintes liées aux sargasses. La capacité du navire, le lieu de transbordement, les conditions maritimes et l’organisation à terre restent étroitement liés.

Il faut aussi éviter de réduire la lutte contre les échouements à un seul outil. STMI souligne qu’il faut associer différentes méthodes, en fonction des besoins du client et des caractéristiques locales. L’entreprise ne souhaite pas vendre un Sargator sans s’assurer qu’il sera réellement adapté au terrain.

Cette logique explique l’intérêt de projets envisagés au-delà de la Guadeloupe. Deux dossiers sont étudiés à Antigua, tandis que STMI doit prochainement se rendre au Mexique, où l’entreprise est sollicitée depuis plusieurs mois pour analyser les solutions les plus pertinentes.

La prochaine échéance est désormais fixée à février prochain. Si les essais en mer confirment les performances attendues, La Désirade disposera d’un outil conçu pour collecter plus longtemps, avec un transbordement beaucoup plus fluide.

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— Alexis