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Cannes à sucre à La Réunion : faute de main-d’œuvre locale, des agriculteurs veulent faire appel à des travailleurs étrangers

Dans les champs de canne à sucre, le problème ne se limite plus aux aléas climatiques ou au prix des récoltes. Au moment de trouver des bras pour couper les cannes et récolter les fruits tropicaux, certaines exploitations réunionnaises se retrouvent sans solution. Une expérimentation envisagée sur l’île pourrait donc changer les habitudes de recrutement, tout en réveillant des inquiétudes profondes.

Une pénurie qui freine déjà l’agriculture réunionnaise

Le déficit de main-d’œuvre agricole est un problème récurrent à La Réunion. Les planteurs de cannes et les producteurs de fruits tropicaux disent rencontrer régulièrement des difficultés pour embaucher des salariés saisonniers.

Cette situation pèse directement sur les exploitations. La préfecture de La Réunion estime que le manque de ressources humaines constitue un frein au développement de certaines fermes. Il peut aussi contribuer à l’abandon de parcelles, ensuite gagnées par l’enfrichement.

L’île compte aujourd’hui 6 000 hectares de terres agricoles en friche. La pénurie de travailleurs n’explique pas seule ce phénomène, mais elle s’ajoute aux difficultés structurelles de l’agriculture réunionnaise.

Jonathan Hoarau, président des Jeunes Agriculteurs, décrit un métier devenu très difficile à renouveler. La coupe de cannes, la récolte manuelle et les travaux agricoles sont pénibles. Beaucoup de jeunes préfèrent poursuivre des études ou tenter leur chance dans l’Hexagone.

Le travail agricole local tend ainsi à devenir une activité de niche, avec peu de candidats disponibles. Noah, un adolescent de Saint-Denis interrogé lors d’un micro-trottoir, résume ce malaise en disant ne pas se sentir capable de couper des cannes.

La mécanisation peut réduire une part de cette pénibilité, mais elle ne répond pas à tous les besoins. C’est dans ce contexte que l’idée d’un recrutement hors de l’île a été mise sur la table.

L’expérimentation envisagée cible des saisonniers de l’océan Indien

La piste étudiée consiste à faire venir des travailleurs agricoles étrangers pour répondre aux besoins saisonniers. Des agriculteurs réunionnais ont exprimé cette volonté lors d’une réunion avec la préfecture et France Travail.

Les recrutements pourraient concerner des professionnels originaires de la zone sud de l’océan Indien. Madagascar et l’Inde figurent parmi les pays évoqués par les porteurs du projet.

Il ne s’agirait pas, dans un premier temps, d’un dispositif massif. L’expérimentation ne devrait porter que sur une dizaine de travailleurs sélectionnés, afin d’évaluer concrètement son fonctionnement et son intérêt économique.

Cette solution répond à une logique immédiate : trouver une main-d’œuvre formée ou disponible lorsque les récoltes imposent un rythme soutenu. La canne à sucre et les fruits tropicaux ne peuvent pas toujours attendre qu’un recrutement se débloque.

Mais l’initiative soulève déjà des interrogations. L’enjeu n’est pas seulement de faire venir des salariés. Il faut garantir leurs droits, organiser leur arrivée, prévoir leur logement et éviter que cette option ne remplace trop vite l’emploi local.

Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture, rappelle que les professionnels souhaitent privilégier l’emploi réunionnais. Il refuse l’idée de créer les conditions d’une submersion migratoire, tout en jugeant utile un débat sur un accompagnement spécifique des travailleurs agricoles.

Le projet apparaît donc comme un test limité, mais il pose une question plus large : comment rendre les métiers agricoles attractifs sur une île où le chômage reste élevé ?

Le recrutement devra d’abord passer par France Travail

Le recours à des salariés étrangers ne pourra intervenir qu’après une recherche locale. Les exploitants devront obligatoirement déposer une offre d’emploi auprès de France Travail.

La règle prévue est claire : l’offre devra rester ouverte pendant 21 jours. Ce n’est qu’en l’absence de candidature valable que les services de l’immigration pourront être sollicités pour organiser l’arrivée de travailleurs étrangers.

La préfecture précise aussi que la recherche de personnes étrangères et les démarches liées à leur venue relèvent entièrement de l’employeur. Les agriculteurs devront donc lever eux-mêmes les obstacles administratifs et opérationnels.

Pour les accompagner, les planteurs envisagent de faire appel à un cabinet d’intérim spécialisé dans le recrutement de saisonniers. Cette structure serait basée dans l’Hexagone et pourrait aider à sélectionner les candidats ainsi qu’à préparer les procédures.

Les frais de transport, d’hébergement et de restauration seraient à la charge des agriculteurs. Jonathan Hoarau souligne que ces dépenses seront importantes et que le rapport entre les bénéfices et les coûts devra être examiné à l’issue de l’expérimentation.

ÉtapeCe qui est prévu
1. Dépôt de l’offreL’employeur publie d’abord son besoin auprès de France Travail.
2. Recherche localeL’offre reste ouverte pendant 21 jours afin de trouver un candidat à La Réunion.
3. Recours extérieurSans candidature valable, l’employeur peut contacter les services de l’immigration.
4. Accueil des salariésL’agriculteur assume le transport, le logement et la restauration.

Cette procédure montre que le recrutement étranger ne serait pas présenté comme un premier réflexe. Reste à savoir si les conditions proposées suffiront à attirer durablement des candidats réunionnais.

Des alternatives locales autour du salaire et des prestations sociales

Pour la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion, la CGPER, le recours à des coupeurs de cannes venus de l’extérieur ne doit pas devenir la réponse principale. Son président, Jean-Michel Moutama, défend d’abord des solutions locales.

Selon lui, il faut faire des choix politiques pour augmenter l’attractivité salariale des emplois agricoles. Il évoque notamment un mécanisme d’allégement des cotisations patronales pour les exploitants.

Le gain obtenu par les employeurs pourrait alors servir à augmenter la rémunération des travailleurs. L’objectif serait simple : rendre la coupe des cannes et les récoltes plus intéressantes financièrement sans fragiliser les exploitations.

La saisonnalité est un autre obstacle majeur. Certains Réunionnais hésitent à accepter un contrat de quelques mois, car ils craignent de perdre leurs prestations sociales ou des aides associées, comme la CMU.

Jean-Bernard Maratchia, conseiller régional délégué à l’agriculture, demande donc un ajustement du système. Il souhaite que les prestations soient maintenues pendant la campagne de coupe des cannes ou la saison des fruits.

Son idée est de permettre le cumul du salaire et des prestations sociales pendant ces périodes d’emploi temporaire. Sans cela, il estime que les employeurs auront de plus en plus de mal à trouver des travailleurs localement.

Cette question est particulièrement sensible alors que près de 200 000 demandeurs d’emploi composent le vivier local évoqué dans le débat. Au premier trimestre 2026, 18 % des Réunionnais étaient sans emploi.

Le respect du droit du travail sera un point non négociable

Au-delà du coût, les conditions de vie et de travail des saisonniers étrangers inquiètent plusieurs acteurs. Serge Hoareau, vice-président du Département délégué à l’agriculture, appelle à la vigilance en rappelant les souvenirs liés à l’engagisme.

Son message est sans ambiguïté : le code du travail s’applique de la même manière aux travailleurs étrangers et réunionnais. La durée légale du travail, la rémunération et le logement devront être contrôlés avec attention.

Il refuse qu’une difficulté de recrutement serve de prétexte à une réponse trop facile. La formule qu’il emploie rappelle l’exigence centrale du débat : le temps de l’esclavage est fini.

Les agriculteurs demandent aussi le retour des contrats aidés dans leur secteur. Ils souhaitent également pouvoir solliciter ponctuellement des prestataires de services spécialisés, afin de faire face aux pics d’activité.

La dizaine de recrutements envisagée permettra peut-être de mesurer la faisabilité du dispositif. Mais l’enjeu décisif reste d’offrir aux saisonniers réunionnais des conditions qui rendent enfin ces métiers possibles et désirables.

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— Alexis