Pour la première fois, une promotion entière arrive au terme de son deuxième cycle médical sans avoir dû quitter les Antilles pour se former. Derrière cette cérémonie, il y a bien davantage que 80 diplômes remis : une réponse concrète aux besoins de soins en Guadeloupe, en Martinique et, plus largement, dans la région.
Le parcours reste exigeant et l’internat commence maintenant. Mais cette étape franchie localement change déjà la perspective de nombreux futurs praticiens, attachés à leur territoire et à sa population.
Une première promotion qui compte pour l’avenir sanitaire des Antilles
Le vendredi 18 septembre 2026, au campus de Fouillole, 80 étudiants ont reçu leur diplôme de formation approfondie en sciences médicales. Ils constituent la première promotion ayant suivi l’intégralité de son cursus médical à l’Université des Antilles.
Cette remise de diplômes marque la fin de six années d’études et du deuxième cycle des études médicales. Elle ne signifie pas encore l’exercice autonome de la médecine : les diplômés doivent désormais choisir une spécialité et rejoindre le troisième cycle, celui de l’internat.
Jusqu’ici, se former en médecine impliquait souvent de poursuivre une partie de son parcours hors des Antilles. Or, cette mobilité peut peser lourdement sur les étudiants, en particulier pendant l’externat. Cette période associe enseignements cliniques, stages hospitaliers et préparation aux choix déterminants de l’internat.
Pour ces futurs médecins, étudier près de leurs proches et des établissements de santé où ils seront peut-être appelés à exercer représente donc un soutien réel. C’est aussi une façon de mieux connaître les réalités sanitaires de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane. Reste à savoir comment ces diplômés vont poursuivre leur spécialisation.
Le diplôme obtenu ouvre la porte de l’internat, sans achever le parcours
Le diplôme de formation approfondie en sciences médicales, souvent désigné par l’acronyme DFASM, valide le deuxième cycle de médecine. Les 80 diplômés ont achevé six ans de formation, avec des enseignements théoriques et une expérience clinique acquise notamment durant l’externat.
La prochaine étape est le troisième cycle des études médicales. Les jeunes diplômés devront y choisir leur spécialité, puis intégrer un internat. Certains pourront effectuer cette formation en Guadeloupe. D’autres pourront être amenés à suivre une partie de leur cursus dans d’autres territoires, selon leur spécialité et les possibilités de formation.
Cette nuance est importante : ces étudiants ne sont pas encore installés comme médecins. Ils sont à un moment charnière, celui où se dessinent les futurs parcours en médecine générale, en médecine d’urgence ou dans les nombreuses autres disciplines nécessaires au territoire.
Le maintien d’une formation médicale complète aux Antilles ne garantit pas à lui seul que chaque diplômé y exercera durablement. Il crée toutefois un ancrage précieux. Les étudiants connaissent les hôpitaux, les équipes et les patients qu’ils pourraient accompagner demain. Cet attachement au territoire a été au cœur de la cérémonie de Fouillole.
Pourquoi se former sur son île change concrètement l’expérience des étudiants
Pour Laure, diplômée lors de cette promotion, recevoir son diplôme sur son île de naissance et de résidence revêt une forte dimension personnelle. Elle évoque la fierté de pouvoir se consacrer à une population qu’elle a vue grandir et évoluer, celle pour laquelle elle s’est formée durant toutes ces années.
Cette proximité n’est pas seulement symbolique. Elle peut offrir un cadre plus stable pendant un cursus long et particulièrement sélectif. Pour les étudiants, rester aux Antilles permet de conserver des repères familiaux, sociaux et culturels tout en avançant dans une formation intensive.
Lucie Nicoleau, elle aussi diplômée du deuxième cycle, a suivi un parcours entre les deux territoires universitaires. Elle a commencé sa première année en Martinique, avant d’effectuer sa deuxième et sa troisième année en Guadeloupe. Elle est ensuite revenue en Martinique pour ses quatrième, cinquième et sixième années.
Elle souligne la difficulté de l’externat, période durant laquelle la charge de travail est très importante. Dans ce contexte, pouvoir rester aux Antilles constitue une chance, notamment grâce au soutien de l’entourage. Cette organisation illustre aussi la vocation interinsulaire de l’UFR Santé. Mais la formation médicale locale concerne également d’autres professions indispensables au système de soins.
Comment s’organise désormais le parcours après ces six années d’études
La cérémonie de Fouillole a consacré une étape majeure, mais chaque diplômé doit maintenant organiser la suite de sa formation. Le chemin vers la pratique médicale repose sur plusieurs décisions : la spécialité choisie, le lieu d’internat et les terrains de stage disponibles.
- Valider le deuxième cycle : les 80 étudiants ont obtenu leur diplôme de formation approfondie en sciences médicales après six ans d’études.
- Choisir une spécialité : cette orientation déterminera la nature de leur formation au troisième cycle et leur futur exercice professionnel.
- Intégrer l’internat : certains internes pourront poursuivre en Guadeloupe, tandis que d’autres effectueront une partie de leur formation dans d’autres territoires.
- Se former au contact des établissements : les futurs praticiens ont vocation à intervenir dans les hôpitaux et les autres centres hospitaliers de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane.
- Envisager une installation régionale : beaucoup de diplômés souhaitent en priorité trouver un emploi dans leur région après leur formation.
Cette logique vaut aussi pour les professionnels formés aux côtés des étudiants en médecine. Lors de la même cérémonie, 13 sages-femmes et 19 infirmiers en pratique avancée ont été promus.
Les infirmiers en pratique avancée, ou IPA, disposent d’une formation complémentaire qui leur permet d’exercer des missions élargies dans un cadre défini avec les médecins. Sages-femmes, IPA, médecins hospitaliers et spécialistes contribuent ensemble à la continuité des soins. La question suivante est donc celle de la capacité de formation du territoire.
Une faculté construite progressivement entre Guadeloupe et Martinique
L’UFR Sciences de Santé de l’Université des Antilles a été fondée en Guadeloupe en 1988 par le professeur Hyacinthe Bastaraud. Elle est aujourd’hui une faculté de plein exercice en médecine générale, avec une implantation à la fois en Guadeloupe et en Martinique.
La remise des diplômes de cette première promotion intégralement formée sur place est l’aboutissement d’une mobilisation de longue durée du corps enseignant. Pour Christophe Deligny, doyen de l’UFR Santé, l’objectif est de former des jeunes du territoire capables de prendre le relais et d’assurer les meilleurs soins à la population locale.
Le développement ne s’arrête pas à cette promotion. Michel Geoffroy, président de l’Université des Antilles, rappelle que la Guadeloupe et la Martinique ont besoin de toutes les spécialités. L’université travaille donc à élargir encore les possibilités offertes par sa faculté dans les années à venir.
Cette année, 240 nouveaux étudiants sont inscrits à l’UFR Santé de l’Université des Antilles. Ce chiffre montre que la première promotion diplômée n’est pas un événement isolé, mais l’un des premiers résultats visibles d’une dynamique appelée à se poursuivre.
Ce qu’il faut éviter de confondre après cette remise de diplômes
Le premier piège consiste à considérer le DFASM comme la fin des études médicales. Il valide le deuxième cycle, mais le troisième cycle reste indispensable avant l’exercice dans une spécialité ou en médecine générale.
Il serait aussi réducteur de penser que la formation locale supprime toute mobilité. Certains parcours d’internat pourront continuer en Guadeloupe, mais d’autres nécessiteront une période de formation hors du territoire.
Enfin, l’enjeu ne concerne pas uniquement les futurs médecins. La promotion de 13 sages-femmes et de 19 infirmiers en pratique avancée rappelle que l’accès aux soins repose sur une coopération entre plusieurs professions de santé.
Former localement, puis donner aux diplômés les moyens de poursuivre leur parcours, demeure le point essentiel. C’est à cette condition que l’élan créé par ces 80 diplômés pourra se traduire durablement dans les établissements et auprès des patients des Antilles.
— Alexis




