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Guadeloupe : la ministre des Outre-mer s’engage à rencontrer le collectif Nou Las Palé après leurs revendications

En Guadeloupe, la visite de Naïma Moutchou intervient alors que la tension sociale ne retombe pas. Une rencontre, même brève, avec les représentants du collectif à l’origine de la mobilisation a ouvert une possibilité de dialogue direct. Mais cette perspective ne fait pas l’unanimité dans un archipel éprouvé par les barrages, les difficultés économiques et l’insécurité.

La ministre des Outre-mer dit vouloir privilégier des résultats concrets. Reste à savoir comment organiser cet échange, dans un calendrier resserré, sans ignorer les entreprises et les salariés qui dénoncent les conséquences de la crise.

Une crise sociale qui dépasse la seule question des barrages

La mobilisation en cours en Guadeloupe dure depuis le 14 octobre. Le collectif Nou Las Palé, souvent désigné par son sigle NLP, est à l’origine de ce mouvement social. Des barrages routiers sont installés presque quotidiennement dans plusieurs secteurs de l’archipel.

Les revendications portent d’abord sur des difficultés très concrètes du quotidien. Les habitants font face à un manque d’eau potable, à la cherté de la vie et à l’augmentation du prix des produits pétroliers. Ces sujets s’ajoutent aux préoccupations des entreprises, qui peinent notamment à assumer leurs charges sociales et fiscales.

Le pouvoir d’achat constitue un dossier central. Les prix de l’alimentation sont en moyenne 42 % plus élevés qu’en Hexagone. Cet écart nourrit un sentiment d’inégalité durable et explique la forte attente autour des mesures gouvernementales.

La situation affecte aussi directement l’activité économique. Après 17 jours de blocages, des organisations patronales évoquent des entreprises pillées ou incendiées, ainsi que des emplois menacés. Dans ce contexte, chaque rendez-vous ministériel est observé comme un signal politique. C’est précisément ce qui rend l’éventuelle rencontre avec Nou Las Palé aussi sensible.

Naïma Moutchou accepte le principe d’un échange avec Nou Las Palé

Naïma Moutchou effectue sa première visite officielle en Guadeloupe avec plusieurs rencontres déjà inscrites à son programme. Toutefois, une séquence imprévue s’est produite à l’hôtel de ville de Pointe-à-Pitre, lors d’un rendez-vous avec des commerçants.

À son arrivée dans la mairie, la ministre a été interpellée par Ludovic Tolassy et d’autres membres de Nou Las Palé. À l’invitation du maire de Pointe-à-Pitre, Ary Durimel, elle est revenue vers eux pour les écouter. L’échange a été court, mais il a permis de poser clairement la demande du collectif : être reçu officiellement et obtenir des décisions susceptibles d’améliorer la situation des Guadeloupéens.

La ministre n’a pas fermé la porte à ce rendez-vous. Elle a expliqué que son déplacement avait justement pour objectif de mettre les sujets sur la table et de rechercher des avancées collectives. Elle a également évoqué un possible problème de communication autour d’une réception qui devait être organisée par le préfet et qui n’a finalement pas pu avoir lieu.

Le principe est donc accepté, sans date confirmée. Naïma Moutchou a indiqué qu’une rencontre pouvait être organisée avec son équipe, dans les limites de son agenda. Le jour et l’horaire devaient être arrêtés avant le lendemain soir. Cette ouverture répond à la demande de dialogue des militants, mais elle provoque simultanément une vive réaction du patronat local.

Pourquoi les organisations patronales dénoncent une « prime au blocage »

L’Union des entreprises de Guadeloupe, aussi appelée UDE-MEDEF, et Entrepreneurs de Guadeloupe ont réagi par communiqué jeudi. Ces organisations jugent inacceptable que les entreprises touchées par les blocages, les pillages et les incendies ne figurent pas davantage dans le programme annoncé de la ministre.

Leur reproche est clair : recevoir des représentants du collectif à l’origine des blocages, sans afficher une attention équivalente envers les entreprises sinistrées, reviendrait selon elles à envoyer un mauvais message. Elles demandent des mesures de soutien et de réparation pour les sociétés concernées et pour leurs salariés.

Les deux organisations apportent aussi leur soutien au préfet. Elles réclament un appui net de l’État à sa mission de rétablissement de l’ordre, de défense de la liberté de circulation et du droit de travailler. Pour elles, la réponse à la crise ne peut se limiter au dialogue social.

La Chambre de commerce et d’industrie des îles de Guadeloupe, la CCI IG, partage cette inquiétude. Elle estime que le dialogue est nécessaire, mais qu’il ne doit pas être perçu comme une réponse suffisante aux violences, aux entraves et aux barrages. Elle insiste sur un préalable : le respect des institutions et des libertés de circuler et de travailler.

La CCI IG se présente comme le relais d’entrepreneurs qui se disent empêchés d’exercer leur activité. Leur demande porte sur une perspective claire de retour à la normale. Mais la visite ministérielle ne se limite pas à cette controverse : elle doit aussi aborder l’eau, la sécurité et les dispositifs économiques.

Les dossiers attendus pendant la visite ministérielle

Le programme de Naïma Moutchou rassemble plusieurs enjeux qui se croisent dans la crise actuelle. Les rencontres prévues concernent les acteurs économiques, politiques et associatifs. Elles doivent permettre d’entendre des réalités parfois opposées, entre revendications sociales, contraintes des entreprises et impératifs de sécurité.

DossierÉléments annoncés
Vie chèreMaintien envisagé du bouclier qualité prix, ou BQP, pour agir sur les prix de produits du quotidien.
Soutien économiquePrêts à taux zéro pouvant atteindre 50 000 euros pour les entreprises affectées par les mobilisations récentes.
Eau potableVisite de l’usine de production d’eau de Deshauteurs, à Sainte-Anne, et échanges avec des collectifs d’usagers.
SécuritéParticipation prévue à une patrouille nocturne à la cour Zamia, à Pointe-à-Pitre.
Coopération régionaleParticipation à la 30e conférence des présidents des régions ultrapériphériques, ou RUP.

Le bouclier qualité prix est au cœur de la réponse annoncée sur le pouvoir d’achat. Le gouvernement entend le maintenir dans un contexte où les denrées alimentaires affichent un niveau moyen supérieur de 42 % à celui observé dans l’Hexagone.

Pour les entreprises touchées par la crise, les prêts sans intérêts pourraient aller jusqu’à 50 000 euros. Ce dispositif est annoncé comme une aide face aux conséquences des mobilisations. Il ne répond pas à lui seul aux demandes de réparation formulées par les organisations patronales, mais il inscrit un soutien financier au programme du déplacement.

La question de l’eau reste tout aussi structurante. La visite de l’installation de Deshauteurs, à Sainte-Anne, doit donner la parole aux représentants de collectifs d’usagers. Dans un territoire confronté à des difficultés d’accès à l’eau potable, cet arrêt possède une portée à la fois technique et sociale.

Sécurité, eau et intégration régionale : une visite sous haute tension

La sécurité occupe une place importante dans le déplacement. La Guadeloupe a enregistré 11,5 homicides pour 100 000 habitants en 2025, soit un niveau présenté comme huit fois supérieur au taux national. Cette donnée souligne l’ampleur des préoccupations locales sur la violence.

Naïma Moutchou doit participer jeudi soir à une patrouille de nuit dans le secteur de la cour Zamia, à Pointe-à-Pitre. C’est dans cette zone qu’un adolescent de 15 ans a été tué par balles le samedi 31 octobre 2026. La séquence doit illustrer l’attention portée à la présence des forces de sécurité sur le terrain.

La fin du déplacement prend une dimension diplomatique avec la 30e conférence des présidents des régions ultrapériphériques. Les échanges, programmés jeudi après-midi, doivent porter sur le rôle stratégique de ces territoires, leur intégration dans leur environnement régional et leur capacité à attirer des investissements.

La ministre doit également être l’invitée du journal télévisé « Guadeloupe Soir », diffusé à 19 h 30 sur Guadeloupe la 1ère. Elle y répondra aux questions de Julien Babel. Cette intervention sera suivie de près, alors que les habitants attendent des engagements lisibles sur l’eau, les prix, la circulation et l’emploi.

Ce qu’il faut surveiller après l’annonce d’un possible rendez-vous

Le premier point à suivre concerne la tenue effective de la réunion avec Nou Las Palé. À ce stade, la ministre s’est engagée sur le principe d’un échange, mais ni le jour ni l’horaire n’étaient encore fixés avant le lendemain soir.

Le second enjeu est l’équilibre de la réponse de l’État. Les militants réclament des actes forts face à la vie chère et aux défaillances du service de l’eau. Les entreprises, elles, attendent une reconnaissance de leurs pertes, des mesures de soutien et un retour effectif à la liberté de travailler.

Enfin, le dialogue ne règle pas automatiquement la question des barrages. Les organisations économiques demandent que le respect de la liberté de circulation et de l’ordre public soit un préalable clair. La capacité à faire avancer ces exigences contradictoires déterminera la portée réelle de cette visite ministérielle.

Les annonces sur le BQP, les prêts à taux zéro et l’eau donnent un cadre à la discussion. Mais, en Guadeloupe, le résultat se mesurera surtout à la reprise du dialogue et à des améliorations perceptibles dans la vie quotidienne.

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— Alexis