À moins de 1 200 milles de l’arrivée, la Guadeloupe se rapproche vite pour le leader de la Route du Rhum. Mais à cette étape, une avance ne protège jamais totalement d’un coup de frein, d’une avarie ou d’un changement brutal de météo. Devant, le rythme reste impressionnant, même après un événement qui a rappelé la dureté de l’Atlantique.
Dans le dernier tiers, chaque mille compte davantage
La Route du Rhum n’est pas une course où l’on peut simplement gérer une avance en regardant l’horizon. Après bientôt quatre jours de navigation, les skippers doivent encore composer avec la fatigue, le froid, les réglages permanents et une météo atlantique capable de redistribuer les cartes.
Ce jeudi 5 novembre, Tom Laperche navigue déjà dans le dernier tiers du parcours. Son trimaran Ultim SVR-Lazartigue n’est plus qu’à 1 200 milles de la Guadeloupe. Cela représente une position très favorable, mais pas une arrivée acquise.
Un vaste système dépressionnaire situé à l’ouest des Açores doit en effet toucher 90 % de la flotte dans les jours suivants. Pour les marins engagés sur des multicoques géants, une dépression implique des vents puissants, une mer formée et des décisions de trajectoire difficiles.
La route directe, appelée orthodromie, reste théoriquement la plus courte. En pratique, elle ne constitue pas toujours l’option la plus rapide ni la plus sûre. C’est précisément ce mélange de vitesse, de prudence et de choix tactiques qui donne autant de poids aux dernières journées de course.
Dans ce contexte, le leader ne peut pas relâcher son attention. Car l’écart affiché au classement ne raconte jamais toute l’histoire d’une traversée de l’Atlantique.
Tom Laperche mène la flotte Ultim avec SVR-Lazartigue
La réponse est nette : Tom Laperche file vers la Guadeloupe à bord de l’Ultim SVR-Lazartigue, avec une vitesse encore très élevée. Au pointage de 6 heures, le navigateur de La Trinité-sur-Mer a été mesuré à 32 nœuds.
Cette vitesse équivaut à près de 59 km/h sur l’eau. Elle explique la dynamique du leader, qui continue de prendre du champ sur ses poursuivants malgré une phase de course déjà avancée.
Tom Laperche, âgé de 29 ans, ne navigue pourtant pas dans une logique d’attaque maximale. Il a volontairement modéré son rythme après avoir appris le chavirage d’Armel Le Cléac’h la veille. L’information l’a visiblement marqué.
Le skipper l’a formulé sans détour : « Si Armel était toujours en course, nous serions à 45 nœuds ! » Cette phrase montre à quel point la compétition entre Ultim pousse les équipages et les solitaires vers des cadences extrêmes.
À deux jours de l’arrivée, les conditions restent aussi étonnamment froides pour lui. « À deux jours de l’arrivée, je suis encore en doudoune, pantalon de ciré et bottes ! », confie-t-il. L’image est parlante : même en route vers les Antilles, l’Atlantique Nord impose encore ses températures et son humidité.
Son avance est donc construite sur un compromis délicat. Il faut faire voler le trimaran, conserver une marge de sécurité et rester disponible pour la dépression annoncée. C’est là que la fin de course devient particulièrement exigeante.
Les écarts au pointage et les forces encore en course
Au dernier pointage, Tom Laperche possède 301 milles d’avance sur Louis Burton, engagé sur Armand Thiery. Thomas Coville, à bord de Sodebo Ultim 3, se trouve à seulement un mille derrière Louis Burton.
| Position indiquée | Skipper | Trimaran | Écart ou choix de route |
|---|---|---|---|
| Leader | Tom Laperche | SVR-Lazartigue | À 1 200 milles de la Guadeloupe |
| Poursuivant | Louis Burton | Armand Thiery | À 301 milles de Tom Laperche |
| Très proche de Louis Burton | Thomas Coville | Sodebo Ultim 3 | À un mille de Louis Burton |
| Sur l’orthodromie | Guirec Soudée | Liamm | Route directe |
| Plus au sud | Alexia Barrier | Idec Sport-CIC | Option méridionale |
La bataille reste donc particulièrement intense derrière le leader. Un seul mille sépare Louis Burton et Thomas Coville au moment du pointage. À l’échelle d’un océan, cet écart est infime.
Louis Burton réalise une course solide sur Armand Thiery, un bateau qu’il a acquis récemment. Ce trimaran est l’ancien Macif, devenu ensuite Actual. Sa régularité dans cette Route du Rhum rappelle sa troisième place lors du Vendée Globe 2020-2021.
Dans la catégorie reine des Ultim, ils ne sont désormais plus que cinq en course. Cette donnée souligne la sévérité de l’épreuve, particulièrement dans une flotte de grands trimarans conçus pour aller très vite, mais confrontés à des sollicitations considérables.
Guirec Soudée, sur Liamm, suit l’orthodromie avec l’un des deux trimarans les plus anciens. Alexia Barrier, à bord d’Idec Sport-CIC, a choisi une route légèrement plus au sud. Ces trajectoires différentes prennent tout leur sens à l’approche de la perturbation.
Comment se joue la fin de course face à la dépression
Pour préserver son avance, Tom Laperche doit d’abord continuer à faire avancer SVR-Lazartigue sans dépasser la limite raisonnable. À 32 nœuds, le trimaran conserve déjà une vitesse très importante. Réaccélérer vers 45 nœuds changerait fortement le niveau de contrainte sur le bateau et sur son skipper.
La navigation en Ultim repose sur une surveillance constante. Le marin ajuste la voilure, anticipe les rafales, contrôle la trajectoire et cherche le bon équilibre entre puissance et stabilité. Sur un multicoque volant, la vitesse dépend largement de la capacité à maintenir le bateau dans une plage de fonctionnement maîtrisée.
- Observer la dépression pour identifier les zones de vent fort, les fronts et l’état de mer attendu.
- Choisir la route entre une trajectoire plus directe et une option de contournement potentiellement plus sûre ou plus rapide.
- Adapter la toile en réduisant ou en augmentant la surface de voile selon le vent et les vagues.
- Préserver le matériel car une casse à moins de deux jours de l’arrivée peut coûter bien davantage que quelques nœuds perdus.
- Rester attentif aux adversaires, notamment au duel entre Armand Thiery et Sodebo Ultim 3.
La situation vestimentaire de Tom Laperche rappelle aussi une réalité souvent oubliée. Une traversée vers la Guadeloupe ne devient pas instantanément tropicale. Doudoune, pantalon de ciré et bottes restent nécessaires tant que le skipper évolue dans un flux frais et humide.
À ce stade, la performance ne dépend donc pas seulement de la vitesse brute. La lucidité, le sommeil fractionné et la capacité à décider seul dans une mer agitée peuvent faire basculer la fin du classement.
Orthodromie, option sud et expérience des poursuivants
La route de Guirec Soudée sur Liamm illustre le choix de l’orthodromie. Cette ligne correspond au chemin le plus court sur le globe entre deux points. Elle est séduisante, car elle réduit la distance théorique à parcourir.
Mais la trajectoire la plus courte n’est pas forcément la plus efficace. Une zone de vent défavorable, des vagues désordonnées ou une dépression peuvent obliger un skipper à rallonger la route pour préserver une meilleure vitesse moyenne.
Alexia Barrier a ainsi privilégié une route un peu plus au sud avec Idec Sport-CIC. Ce décalage peut lui permettre de rechercher un angle de vent différent. Il peut aussi modifier son exposition au système dépressionnaire attendu à l’ouest des Açores.
Louis Burton apporte, lui, une expérience de la course au large confirmée. Sa troisième place au Vendée Globe 2020-2021 reste un repère important. Sur Armand Thiery, ancien Macif puis Actual, il montre qu’un bateau récemment pris en main peut rester très compétitif lorsqu’il est bien exploité.
Thomas Coville et Sodebo Ultim 3 restent au contact immédiat de Louis Burton. Leur duel pourrait compter autant que la lutte pour la tête, surtout si les options météo créent des écarts rapides.
Ce qu’il ne faut pas oublier avant l’arrivée
Une avance de 301 milles semble confortable, mais elle ne doit pas être confondue avec une garantie. Une dépression qui concerne 90 % de la flotte peut modifier les vitesses, les angles de navigation et les marges de sécurité en quelques heures.
Il serait aussi trompeur de juger une course uniquement à partir d’un relevé de vitesse. Les 32 nœuds de Tom Laperche témoignent d’un rythme élevé, mais le choix de ralentir après le chavirage d’Armel Le Cléac’h rappelle que la maîtrise prime sur la recherche du record.
Enfin, le classement des Ultim est réduit à cinq concurrents encore en course. Cette donnée impose une lecture plus large : finir une grande transatlantique sur ces trimarans constitue déjà une épreuve de résistance mécanique et humaine.
Pour Tom Laperche, l’objectif est désormais simple à énoncer et complexe à accomplir : garder SVR-Lazartigue rapide, entier et sous contrôle jusqu’en Guadeloupe. Les prochains milles diront si cette avance peut résister à l’Atlantique et à la dernière offensive de ses rivaux.
— Alexis




