À Jarry, les difficultés de circulation ne sont plus seulement un désagrément quotidien. Elles empêchent des salariés, des clients, des fournisseurs et des entrepreneurs d’accéder normalement à l’un des espaces économiques les plus stratégiques de Guadeloupe.
Le conflit a pris une dimension particulièrement sensible en raison de la présence présumée d’amiante dans les gravats déposés sur les voies. Face à une activité qui ne revient pas à la normale, le patronat guadeloupéen réclame désormais une issue immédiate.
Pourquoi le blocage de Jarry inquiète autant les entreprises
La zone industrielle et commerciale de Jarry, située à Baie-Mahault, est présentée comme le principal poumon économique de la Guadeloupe. Elle rassemble plus de 3 500 entreprises et accueille environ 15 000 salariés. Elle est également décrite comme la troisième plus grande zone d’activité de France.
Dans un tel secteur, la circulation conditionne une grande partie de l’activité. Les commerces ont besoin de clients, les entreprises de BTP de matériels, les transporteurs d’axes accessibles et les salariés d’horaires prévisibles. Lorsqu’un accès est rendu difficile, les conséquences se propagent bien au-delà d’une seule rue.
Or, plusieurs amas de gravats occupent encore la Voie Verte, mais aussi certains axes secondaires de Jarry. Cette situation complique les déplacements et pousse de nombreux usagers à renoncer à s’y rendre. La question n’est donc pas seulement celle des embouteillages, mais celle de l’accès même aux entreprises.
À cette désorganisation s’ajoute une inquiétude sanitaire. La suspicion d’amiante dans les matériaux déposés rend le dossier plus grave et explique que le retour à la normale ne puisse se limiter à un simple dégagement de chaussée. Reste à comprendre pourquoi les représentants patronaux jugent la situation devenue intenable.
La colère de l’UDE-MDEF vise le blocage et les gravats amiantés
Le président de l’Union des entreprises de Guadeloupe, l’UDE-MDEF, Bruno Blandin, dénonce fermement les conséquences du blocage. Selon lui, les entreprises installées à Jarry subissent de lourdes pertes de revenus alors que leur activité demeure fortement perturbée.
Bruno Blandin était à Saint-Malo le dimanche 1er novembre 2026, à l’occasion du départ de la Route du Rhum. Malgré la distance avec l’archipel, il a affirmé suivre attentivement les difficultés rencontrées par les acteurs économiques de Baie-Mahault.
Son reproche porte aussi sur ce qu’il considère comme une absence de réaction des élus locaux. Il met surtout en cause José Gaddarkhan, président de la fédération régionale du BTP, la FRBTP. Pour le dirigeant de l’UDE-MDEF, un chef d’entreprise et responsable de fédération ne peut décider seul de bloquer une zone aussi essentielle à l’économie guadeloupéenne.
Le point central du conflit est le suivant : les gravats qui entravent Jarry auraient été transportés par des engins d’une entreprise liée à José Gaddarkhan. Ils ont été déposés le 14 octobre 2026, premier jour de la mobilisation du collectif Nou Las Palé.
Bruno Blandin demande donc un déblocage urgent de la zone et estime que les responsabilités doivent être assumées. José Gaddarkhan a, de son côté, déclaré avoir été surpris d’apprendre la présence possible d’amiante dans les gravats. Cette divergence ne réduit pas l’urgence pour les milliers de personnes qui doivent rejoindre Jarry chaque jour.
Ce que le maintien des barrages change concrètement à Jarry
Un blocage installé sur la Voie Verte et sur des routes secondaires désorganise les trajets les plus ordinaires. Les salariés peuvent arriver en retard, les livraisons être décalées et les clients choisir d’éviter le secteur. Pour une entreprise, ces incidents répétés peuvent rapidement se traduire par une baisse de chiffre d’affaires.
Les entreprises de Jarry ne fonctionnent pas toutes selon le même rythme. Certaines dépendent d’un flux régulier de marchandises. D’autres reçoivent du public, assurent des dépannages ou organisent des rendez-vous professionnels. Dans chacun de ces cas, l’incertitude sur l’accessibilité pèse sur l’organisation quotidienne.
La présence de matériaux potentiellement amiantés introduit une contrainte supplémentaire. L’amiante est une substance dont la manipulation et le traitement exigent des précautions spécifiques. En cas de doute, la priorité est d’éviter toute exposition inutile et de confier l’évaluation des matériaux à des intervenants compétents.
Un expert mandaté avait évoqué, le 16 octobre 2026, de très fortes probabilités que les gravats soient amiantés. Cette suspicion explique la persistance d’un risque sanitaire aux yeux des usagers. Elle complique aussi le retrait des matériaux, qui ne peut être traité comme l’enlèvement banal de déchets de chantier.
Pour les représentants du monde économique, la réponse attendue combine donc deux impératifs : rétablir l’accès à Jarry et gérer les gravats dans des conditions adaptées. Mais cette opération suppose une répartition claire des rôles entre les personnes concernées et les autorités compétentes.
Les étapes indispensables pour sortir de l’impasse
La première étape consiste à sécuriser les zones touchées. Tant que des gravats suspects restent présents sur les voies, les automobilistes, piétons et salariés doivent pouvoir connaître les difficultés d’accès et les éventuelles zones à éviter. Une circulation improvisée ne résout ni le problème économique ni le risque sanitaire.
La deuxième étape est l’identification précise des matériaux. La présence d’amiante ne doit pas être présumée à la légère, mais elle ne doit pas non plus être minimisée. Des analyses et une expertise adaptées permettent de déterminer les mesures de protection nécessaires avant toute évacuation.
La troisième étape concerne le retrait des gravats. Bruno Blandin considère que celui qui a participé au blocage doit contribuer au déblocage et assumer les conséquences de ses actes. Il appelle aussi à une coordination avec l’État et les responsables politiques afin que Jarry retrouve rapidement un fonctionnement normal.
Dans les faits, une sortie de crise cohérente repose sur plusieurs actions complémentaires :
- Rouvrir les accès prioritaires pour les salariés, les clients, les fournisseurs et les véhicules professionnels.
- Encadrer la circulation sur la Voie Verte et les axes secondaires concernés afin de limiter les perturbations.
- Évaluer les gravats pour confirmer ou infirmer la présence d’amiante.
- Retirer les matériaux selon une procédure appropriée si le risque est confirmé.
- Clarifier les responsabilités entre les organisateurs du blocage, les entreprises impliquées et les pouvoirs publics.
Pour les entrepreneurs, chaque journée de circulation dégradée ajoute une pression financière. Le rétablissement des accès n’efface pas les pertes déjà subies, mais il évite qu’elles ne s’accumulent davantage.
Un conflit social aux répercussions bien plus larges
La mobilisation du collectif Nou Las Palé s’inscrit dans un contexte social, mais son impact dépasse les participants directs au mouvement. Jarry concentre une telle diversité d’activités que toute entrave prolongée affecte des entreprises qui ne sont pas nécessairement parties au conflit.
Le secteur du BTP est lui-même concerné par cette contradiction. Les entreprises du bâtiment dépendent des déplacements, de la disponibilité des matériaux, des engins et des équipes. Un barrage peut alors fragiliser des professionnels déjà soumis à des contraintes de délais, de trésorerie et de chantiers.
La prise de parole de Bruno Blandin révèle aussi une tension entre organisations patronales. L’UDE-MDEF défend ici la continuité de l’activité économique, tandis que José Gaddarkhan est directement visé en tant que président de la FRBTP. Cette situation rend le débat particulièrement sensible dans un territoire où les réseaux économiques sont étroitement liés.
Le dossier met également en lumière le rôle attendu des institutions. Lorsque l’accès à une zone d’activité aussi importante devient difficile et qu’un risque sanitaire est évoqué, les entreprises attendent des décisions lisibles. Elles demandent des réponses concrètes, plutôt qu’une gestion prolongée de l’incertitude.
Cette affaire rappelle surtout qu’un mode d’action peut produire des effets bien au-delà du message qu’il cherche à porter. Reste un point décisif : éviter que la crise de circulation ne se transforme durablement en crise de confiance.
Ce qu’il ne faut pas minimiser dans ce dossier
La première erreur serait de réduire la situation à un simple conflit entre dirigeants. Les conséquences concernent plus de 3 500 entreprises, leurs salariés et leurs clients. À Jarry, l’accessibilité est une condition concrète de l’emploi et de l’activité.
La deuxième erreur serait de traiter des gravats potentiellement amiantés comme de simples déchets inertes. La suspicion exprimée par l’expert mandaté le 16 octobre impose de prendre au sérieux le risque sanitaire, sans anticiper les résultats d’analyses qui relèvent de procédures spécialisées.
Enfin, la responsabilité du déblocage ne peut rester floue. Bruno Blandin estime que les auteurs du blocage doivent participer à sa résolution. José Gaddarkhan affirme, pour sa part, ne pas avoir eu connaissance de la présence d’amiante dans les matériaux utilisés.
Pour les entreprises de Jarry, l’enjeu immédiat reste de retrouver des voies accessibles et un cadre de travail sûr. Chaque retard dans la résolution du dossier prolonge une situation que le patronat guadeloupéen juge désormais impossible à accepter.
— Alexis




