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Guadeloupe : 24 personnalités réclament un gouvernement provisoire — ce qu’elles proposent concrètement

Un groupe de 24 personnalités guadeloupéennes veut ouvrir une nouvelle étape politique, sans attendre une modification immédiate des institutions en vigueur. Leur idée repose sur une structure transitoire, pensée pour organiser le débat, fédérer les forces locales et préparer un projet collectif.

Cette proposition s’inscrit dans un climat de mobilisations sociales et renvoie à un épisode majeur de l’histoire de la Guadeloupe. Mais que recouvrirait concrètement ce projet de transition politique ?

Pourquoi cet appel intervient dans une Guadeloupe sous tensions

L’appel paraît alors que la Guadeloupe traverse plusieurs jours de tensions sociales, marqués par des mobilisations et des barrages. Le jeudi 22 octobre, des élus ont notamment rencontré le préfet afin d’évoquer la situation sur le territoire.

Pour les 24 signataires, ces tensions ne relèvent pas uniquement de difficultés ponctuelles. Ils y voient les effets d’un modèle économique et institutionnel qu’ils estiment dépendant de la France et insuffisamment piloté depuis la Guadeloupe.

Le communiqué met en avant plusieurs préoccupations : la dépendance économique, la spéculation foncière, les fragilités du système éducatif ainsi que les risques pesant, selon les auteurs, sur la langue et la culture guadeloupéennes. Ces sujets touchent directement au coût de la vie, à l’accès au logement, à l’emploi et à la transmission culturelle.

Les signataires refusent donc l’idée de simples ajustements administratifs ou financiers. À leurs yeux, les réponses aux enjeux sociaux, économiques et culturels exigent une évolution profonde du statut politique de la Guadeloupe. C’est dans ce cadre qu’ils avancent leur proposition centrale.

Le Conseil national de la Guadeloupe, un « gouvernement de l’ombre »

La proposition porte sur la création d’un Conseil national de la Guadeloupe. Les auteurs le présentent comme un gouvernement provisoire, également décrit sous l’expression anglaise « Shadow Government », c’est-à-dire un gouvernement de l’ombre.

Il ne s’agirait pas de remplacer immédiatement la préfecture, les collectivités territoriales, les communes ou les institutions françaises présentes dans l’archipel. Le Conseil aurait plutôt une fonction préparatoire : construire les bases politiques d’une future République indépendante de Guadeloupe.

Dans leur logique, cette instance aurait pour mission de définir un projet de société. Elle devrait aussi réunir les différentes sensibilités du territoire, au-delà des seuls mouvements indépendantistes. L’objectif affiché est de faire émerger une responsabilité politique directement assumée par le peuple guadeloupéen.

Les signataires défendent l’idée que la Guadeloupe constitue une nation, qu’une partie de la population en ait conscience ou non. Leur appel demande donc de donner une traduction politique à cette conception nationale, plutôt que de limiter les discussions à des compensations ou à des adaptations du cadre actuel.

Le point important est le suivant : ce gouvernement provisoire serait d’abord un outil de préparation, de représentation et de négociation. Reste à comprendre quels travaux concrets ses promoteurs souhaitent lui confier.

Ce que les signataires proposent de mettre en place

Le texte ne décrit pas une administration clé en main avec une composition, un budget ou un calendrier détaillé. Il fixe toutefois plusieurs axes précis pour organiser une transition politique vers une République de Guadeloupe.

La première étape serait de rassembler les forces du pays. Les auteurs souhaitent réunir les acteurs politiques, sociaux, syndicaux, associatifs et culturels susceptibles de participer à une démarche commune. Cette recherche d’unité vise à dépasser les divisions entre organisations.

La deuxième étape serait la création d’une Assemblée populaire. Cette assemblée serait appelée à donner une expression collective aux aspirations guadeloupéennes. Dans l’esprit de l’appel, elle permettrait d’associer plus largement la population à la définition d’un projet institutionnel.

La troisième étape concernerait la négociation avec l’État français. Les discussions devraient porter sur les conditions institutionnelles de la transition, mais aussi sur les questions économiques, sociales et culturelles. Les promoteurs du Conseil ne présentent donc pas l’indépendance comme un sujet uniquement symbolique ou juridique.

  1. Élaborer un projet de société pour une future République indépendante de Guadeloupe.
  2. Constituer une Assemblée populaire afin d’organiser une expression collective sur l’avenir politique du territoire.
  3. Fédérer les forces guadeloupéennes autour d’une démarche nationale commune.
  4. Engager des négociations avec l’État français sur les institutions, l’économie, le social et la culture.
  5. Formuler des demandes de réparations liées à la colonisation, à la traite, à l’esclavage et à l’engagisme indien.

Ces réparations occupent une place centrale dans l’appel. Elles ne sont pas présentées comme un dossier séparé, mais comme une composante de la reconstruction politique, économique et mémorielle envisagée par les signataires.

Ce projet s’appuie aussi sur une date choisie pour sa forte portée historique. Elle éclaire le vocabulaire de « gouvernement provisoire » employé aujourd’hui.

Le 24 octobre 1801, une référence historique assumée

Le choix du 24 octobre renvoie au 24 octobre 1801. Ce jour-là, le contre-amiral Lacrosse, représentant du pouvoir français en Guadeloupe, est arrêté à la suite d’un soulèvement auquel prennent part Joseph Ignace et d’autres officiers guadeloupéens.

Après cet épisode, un Conseil provisoire de gouvernement est instauré. Cette séquence politique reste brève : elle prend fin en 1802, lorsque les troupes françaises interviennent en Guadeloupe et que l’esclavage y est rétabli.

Deux cent vingt-cinq ans après les événements de 1801, les auteurs de l’appel revendiquent explicitement cet héritage. Ils utilisent ce précédent pour défendre l’idée qu’un pouvoir guadeloupéen provisoire peut préparer une rupture institutionnelle et porter une ambition nationale.

La référence à Joseph Ignace inscrit ainsi leur démarche dans l’histoire des résistances guadeloupéennes. Elle rejoint les débats sur la mémoire de l’esclavage, la colonisation, les réparations et la reconnaissance des trajectoires issues de l’engagisme des travailleurs d’origine indienne.

Cette dimension historique explique la présence, parmi les soutiens, de militants et de personnalités engagées depuis longtemps sur ces questions. Leurs parcours donnent une tonalité particulière à l’initiative.

Qui sont les figures qui portent cet appel

Parmi les 24 signataires figure Luc Reinette, une personnalité historique du mouvement indépendantiste guadeloupéen. Dans les années 1980, il a participé à la création de l’Alliance révolutionnaire caraïbe, l’ARC, une organisation engagée dans la lutte armée pour l’indépendance.

À cette période, Luc Reinette avait aussi défendu un projet de gouvernement provisoire guadeloupéen depuis le Guyana. Sa présence souligne la continuité entre des revendications indépendantistes anciennes et cette nouvelle proposition de Conseil national.

L’appel est également signé par Raymond Gauthierot, ancien secrétaire général de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe, l’UGTG. Son parcours est lié aux luttes syndicales et sociales du territoire.

Jean-Jacob Bicep, ancien député européen, figure aussi parmi les signataires. Il est secrétaire général de l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe, l’UPLG, une organisation indépendantiste fondée en 1978.

  • Roland Ezelin, avocat et ancien bâtonnier.
  • Evita Chevry, avocate.
  • Jacqueline Jacqueray, engagée notamment sur les questions de mémoire et de réparations.

La diversité de ces profils, entre militants, responsables syndicaux, juristes et acteurs de la mémoire, traduit la volonté d’élargir le débat. Toutefois, plusieurs distinctions sont nécessaires pour mesurer exactement la portée de cet appel.

Ce qu’il faut éviter de confondre dans cette démarche

Le Conseil national proposé ne constitue pas un gouvernement officiel. L’appel ne crée aucune institution dotée de pouvoirs légaux et ne modifie pas, à lui seul, le statut de la Guadeloupe au sein de la République française.

Il ne s’agit pas non plus d’une indépendance immédiate. Les signataires décrivent un dispositif transitoire chargé de préparer une future République, de bâtir un projet de société et de négocier avec l’État français.

Enfin, l’Assemblée populaire envisagée n’est pas présentée comme une assemblée élue selon des règles déjà définies. Le texte appelle à sa mise en place, sans préciser sa composition, ses modalités de désignation ou son calendrier.

La proposition ouvre donc un débat politique ambitieux. Sa concrétisation dépendrait de sa capacité à réunir durablement des forces diverses autour d’un mandat, d’une représentation et d’objectifs partagés.

4/5 - (26 votes)

— Alexis