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Redressement judiciaire : trois sociétés de José Gaddarkhan placées sous protection — ce que ça change pour ses créanciers

Pour les créanciers des sociétés de José Gaddarkhan, la décision du tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre change immédiatement les règles du jeu. Les démarches isolées ne peuvent plus suivre leur cours comme auparavant, tandis qu’une période d’observation s’ouvre pour trois entreprises du groupe.

Ce sursis judiciaire ne fait pas disparaître les dettes. Il organise leur traitement, sous contrôle du tribunal, dans un contexte où les enjeux sociaux, fiscaux et économiques sont considérables en Guadeloupe.

Une procédure qui intervient sur fond de dettes sociales et fiscales

Jeudi 22 octobre 2026, José Gaddarkhan a été entendu devant le tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre en qualité de dirigeant de plusieurs sociétés. L’entrepreneur devait répondre du non-paiement de cotisations sociales et fiscales.

Le passif dû à la Caisse générale de sécurité sociale, la CGSS, aux Finances publiques et à l’URSSAF approche 14 millions d’euros. Cette somme illustre la pression financière qui pèse sur les sociétés concernées, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics.

À l’audience, le dirigeant a décrit une situation financière devenue intenable. Il a demandé l’ouverture d’un redressement judiciaire pour trois sociétés, avec l’avis favorable de la procureure de la République.

Deux de ces entreprises étaient en cessation des paiements. Cela signifie qu’elles ne pouvaient plus faire face à leurs dettes exigibles avec leur trésorerie et leurs actifs immédiatement disponibles. Le redressement judiciaire vise alors à éviter une disparition brutale de l’activité lorsque sa poursuite paraît encore envisageable.

La décision intervient aussi dans un climat social particulier. José Gaddarkhan fait partie du collectif « Nou Las Palé », à l’origine de la mobilisation sociale alors en cours en Guadeloupe. Mais, pour les créanciers, le point central reste désormais le cadre légal de recouvrement de leurs sommes dues.

Ce cadre protège temporairement les entreprises. Il impose aussi aux créanciers une nouvelle méthode pour déclarer et défendre leurs créances.

Les trois sociétés placées en redressement judiciaire

Le tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre a placé sous redressement judiciaire la SAS Emile Gaddarkhan et Fils TP, la SAS Société guadeloupéenne d’enrobés à chaud et la SAS Établissement Gaddarkhan et Compagnie.

SociétéSituation après l’audience du 22 octobre 2026
SAS Emile Gaddarkhan et Fils TP, EGFTPPlacée en redressement judiciaire
SAS Société guadeloupéenne d’enrobés à chaud, SGECPlacée en redressement judiciaire
SAS Établissement Gaddarkhan et Compagnie, EGCPlacée en redressement judiciaire
SAS Holding Groupe Gaddarkhan, H2GDemande renvoyée au 10 décembre 2026

Le redressement judiciaire est une procédure collective. Autrement dit, les difficultés de l’entreprise ne sont plus traitées créancier par créancier, au fil de poursuites séparées. Elles sont examinées dans un cadre commun, avec une surveillance judiciaire.

Selon l’avocat de José Gaddarkhan, cette décision permet d’arrêter les poursuites individuelles et de placer les entreprises sous surveillance. C’est le changement le plus concret pour un fournisseur impayé, un organisme social ou une administration fiscale.

Une facture antérieure impayée ne peut plus être recouvrée de la même façon par une action isolée. Le créancier doit s’inscrire dans la procédure et faire reconnaître le montant qu’il estime dû.

Le redressement n’est donc ni une annulation des dettes ni une garantie de remboursement intégral. Il crée un temps de contrôle pour déterminer si l’activité peut être poursuivie, réorganisée et, à terme, contribuer au paiement du passif.

Reste une question décisive : comment les créanciers doivent-ils agir sans perdre leurs droits dans cette phase encadrée ?

Ce que la procédure change concrètement pour les créanciers

La première conséquence est l’arrêt des actions individuelles concernant les créances antérieures au jugement d’ouverture. Un créancier ne peut plus chercher à obtenir seul un paiement en dehors du cadre collectif, sauf situations particulières prévues par la loi.

La deuxième conséquence est la nécessité de déclarer sa créance. Cette démarche permet à un fournisseur, un sous-traitant, une banque, un organisme social ou une administration de signaler officiellement la somme réclamée dans la procédure.

Dans les faits, le créancier doit réunir ses pièces : factures, bons de commande, marchés, contrats, lettres de relance, relevés de compte ou décisions de justice éventuelles. La qualité de ce dossier compte, car le montant déclaré peut être discuté ou admis partiellement.

Les créanciers institutionnels sont particulièrement concernés dans ce dossier. La CGSS, les Finances publiques et l’URSSAF font partie des organismes auxquels les sociétés du groupe doivent près de 14 millions d’euros au total.

Les salariés suivent également la procédure avec attention. À l’audience, certains étaient présents aux côtés de leur dirigeant, notamment son fils et plusieurs employés, par solidarité. Mais cette présence traduisait aussi une inquiétude concrète sur l’avenir des emplois et des rémunérations.

Sylvain Guy Cornélie, secrétaire du comité social et économique, le CSE, du Groupe Gaddarkhan, a expliqué que les salariés souhaitaient savoir ce qui les attendait. Selon lui, José Gaddarkhan avait indiqué avoir dû mettre de côté certaines obligations pour maintenir l’entreprise à flot et payer les salaires.

Dans une procédure de redressement, la continuité de l’activité et le maintien de l’emploi font partie des enjeux examinés. Toutefois, aucun créancier ne doit confondre cette protection temporaire avec une certitude : l’issue dépendra de la situation réelle des entreprises et de leur capacité à se redresser.

Cette capacité dépend notamment de la trésorerie. Or, dans le BTP, les délais de la commande publique peuvent fragiliser rapidement des entreprises qui ont pourtant des chantiers, des salariés et du matériel.

La trésorerie et la commande publique au cœur des explications avancées

L’avocat de José Gaddarkhan a mis en avant le rôle des marchés publics et de leurs délais de paiement. Il a estimé que de nombreuses entreprises disposent de capacités de survie importantes, mais rencontrent surtout des difficultés de trésorerie.

Dans le BTP, une entreprise peut devoir avancer des salaires, des charges sociales, des achats de matériaux, le carburant, la maintenance des engins et les frais de chantier. Lorsque les paiements attendus tardent, l’équilibre financier devient vite fragile.

Le dirigeant et son conseil ont évoqué plusieurs leviers. Ils demandent notamment que les collectivités veillent à notifier les ordres de service lorsque les marchés sont attribués, puis à régler les prestations dans les délais.

Un ordre de service est un document essentiel dans l’exécution d’un marché de travaux. Il peut déclencher le démarrage effectif d’une mission. Sans ce signal, une entreprise peut se retrouver avec des équipes et des moyens prêts à intervenir, sans activité facturable.

José Gaddarkhan a aussi exprimé l’espoir d’une réouverture de la carrière de Deshaies. Il a souligné la situation de salariés rémunérés alors qu’ils ne peuvent pas travailler, faute d’activité disponible.

Pour l’entrepreneur, l’enjeu est de pouvoir travailler, être payé dans les délais et régler en retour les cotisations sociales et fiscales. Cet argument ne tranche pas la question des dettes existantes. Il éclaire toutefois le scénario défendu : relancer l’activité pour restaurer une capacité de paiement.

Mais la procédure ne concerne pas tout le groupe de la même manière. Le sort de la holding H2G pourrait peser sur les possibilités de règlement futur.

La holding H2G reste hors procédure, au moins jusqu’au 10 décembre

La quatrième entreprise concernée à l’audience, la SAS Holding Groupe Gaddarkhan, ou H2G, n’a pas été placée en redressement judiciaire le 22 octobre. Une demande de renvoi au 10 décembre 2026 a été actée.

Cette société immobilière est présentée comme le fer de lance du groupe. Pour le moment, elle est préservée des procédures collectives qui concernent la SGEC, l’EGFTP et l’EGC.

L’hypothèse évoquée est que H2G puisse permettre d’apurer une partie des créances. Cette perspective reste toutefois à démontrer. Pour les créanciers, elle ne constitue pas à elle seule une promesse de paiement.

Il faut aussi éviter une confusion fréquente : les sociétés d’un même groupe ne se confondent pas automatiquement. Chaque entité possède son patrimoine, ses contrats et ses dettes propres. Le fait qu’une holding existe ne signifie pas que toutes les dettes des filiales seront mécaniquement réglées par elle.

La suite dépendra donc de l’analyse des actifs, des dettes, de l’activité et des solutions de financement envisageables. Elle dépendra aussi de la possibilité de maintenir les marchés, les chantiers et les emplois.

Les erreurs à éviter lorsque l’on est créancier

La première erreur serait d’attendre sans vérifier les informations relatives à la procédure. Dès qu’un redressement judiciaire est ouvert, les délais et les formalités deviennent déterminants pour la déclaration de créance.

La deuxième serait de croire qu’une relance directe ou une pression individuelle suffira à obtenir le paiement d’une dette ancienne. L’arrêt des poursuites individuelles modifie précisément cette logique.

La troisième serait de mélanger les sociétés. Une facture due par la SGEC ne doit pas être confondue avec une créance éventuelle sur l’EGFTP, l’EGC ou H2G. Il faut identifier exactement le débiteur, le contrat concerné et les justificatifs disponibles.

Enfin, l’ouverture du redressement judiciaire ne préjuge pas, à elle seule, de la disparition des entreprises. Elle ouvre une période de surveillance et de réorganisation, mais son résultat dépendra des éléments économiques qui seront examinés.

Pour les créanciers, le réflexe utile est donc de documenter précisément leur créance et de suivre la procédure de chaque société concernée. Dans ce dossier, le rendez-vous du 10 décembre 2026 concernant H2G sera également un point de vigilance majeur.

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— Alexis