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Carburant : face à une hausse de 72 000 € par an, ces transporteurs témoignent d’un calvaire qui menace leur survie

Pour les transporteurs martiniquais, la hausse affichée à la pompe ne représente pas quelques euros de plus sur un ticket. Elle se traduit par des milliers d’euros supplémentaires à absorber chaque mois, alors que les bus doivent continuer de circuler. Derrière ce choc, certains professionnels redoutent désormais de ne plus pouvoir maintenir leur activité.

Le seuil symbolique des 2 euros a été franchi le 1er octobre 2026 en Martinique. Mais c’est surtout l’addition réelle, calculée à l’échelle d’une flotte, qui alarme les entreprises de transport public, scolaire et privé.

Une flambée du carburant qui fragilise un secteur déjà sous tension

Le carburant est une charge incompressible pour un transporteur. Un bus ne peut pas réduire ses trajets sans conséquence sur les voyageurs, les élèves, les salariés et les contrats de service public. Quand le gazole augmente fortement, chaque tournée devient plus coûteuse.

Depuis le 1er octobre 2026, le litre d’essence coûte 2,10 euros en Martinique, après une progression de 20 centimes. Le gazole atteint quant à lui 2,27 euros le litre, soit 19 centimes de plus en un mois.

Pour les automobilistes, cette évolution pèse sur le budget quotidien. Pour les entreprises qui font rouler plusieurs véhicules toute la journée, elle peut remettre en question l’équilibre financier d’une activité entière. Les transporteurs doivent pourtant faire face à d’autres dépenses fixes, comme les salaires, l’entretien, les assurances et les réparations.

Emmanuel Phares, gérant de la Coopérative des transporteurs réunis du centre, la CTRC, décrit une situation devenue extrêmement difficile. Il évoque à la fois l’envolée des prix, la concurrence et les pannes qui touchent les véhicules. Après 46 ans de carrière, il assure ne jamais avoir connu une pression comparable.

Le problème est simple : les recettes ne progressent pas automatiquement au même rythme que les dépenses de carburant. Or cette différence peut rapidement se transformer en pertes. Les chiffres de la CTRC montrent pourquoi les professionnels parlent d’un risque pour leur survie.

Le chiffre qui résume le calvaire : 72 000 euros de plus par an

La hausse redoutée par la CTRC atteint 6 000 euros supplémentaires par mois, selon Emmanuel Phares. Sur douze mois, cela représente 72 000 euros de charges en plus, si les tarifs du carburant restent à ce niveau.

Pour donner une mesure concrète de ce montant, le responsable de la coopérative l’assimile au coût de six lignes de bus. Ce n’est donc pas une simple variation comptable. C’est une somme susceptible d’influencer les moyens disponibles pour assurer le réseau.

Le calcul part de l’approvisionnement des 11 bus de la CTRC qui circulaient le 1er octobre 2026. Leur cuve contient 15 000 litres de gazole. Jusqu’au 30 septembre, la remplir représentait une dépense de 28 000 euros.

Avec le nouveau prix du gazole, cette même cuve coûte désormais 34 050 euros. L’écart est de 6 050 euros pour un seul remplissage de 15 000 litres. Il correspond presque exactement au surcoût mensuel estimé par l’entreprise.

ÉlémentSituation avant la hausseSituation depuis le 1er octobre 2026
Prix du gazoleHausse mensuelle non précisée2,27 euros par litre
Cuve de la CTRC28 000 euros34 050 euros
Surcoût pour 15 000 litres—6 050 euros
Surcoût estimé sur un an—72 000 euros

Face à cette charge, Emmanuel Phares estime que les transporteurs risquent d’aller « droit dans le mur » sans revalorisation adaptée. Reste à savoir comment une entreprise peut défendre ses comptes auprès de son donneur d’ordre.

Comment la CTRC compte demander une revalorisation à la CTM

La réponse envisagée par la Coopérative des transporteurs réunis du centre passe par une démarche chiffrée. Emmanuel Phares prévoit de solliciter un consultant afin de présenter précisément les effets de la hausse à la Collectivité territoriale de Martinique, la CTM.

L’objectif est de négocier une revalorisation qui tienne compte du nouveau coût du gazole. Dans les transports sous contrat, cette étape est déterminante. Une entreprise ne peut pas toujours répercuter directement ses dépenses sur les passagers ou modifier seule le prix du service.

La méthode repose sur des données concrètes :

  1. Recenser les véhicules en circulation : la CTRC comptait 11 bus en service le 1er octobre.
  2. Mesurer les volumes achetés : une cuve de 15 000 litres permet d’illustrer l’exposition réelle au prix du gazole.
  3. Comparer les factures : le passage de 28 000 à 34 050 euros chiffre immédiatement la différence.
  4. Projeter le coût mensuel et annuel : environ 6 000 euros par mois, soit 72 000 euros par an.
  5. Présenter cette évolution à la CTM : le consultant doit étayer la demande de revalorisation auprès de la collectivité.

Cette démarche vise à éviter que les entreprises soient contraintes de réduire leurs marges sur des postes déjà fragilisés. Les transporteurs se demandent concrètement sur quoi ils pourraient encore serrer la vis sans affecter l’exploitation des lignes.

Car un budget de transport ne se limite pas au plein des véhicules. La maintenance, les pièces détachées, les pneus, les pannes imprévues et la concurrence continuent de peser. Le carburant s’ajoute donc à une accumulation de contraintes.

Une crise qui se superpose aux difficultés de Martinique Transport

Cette flambée intervient dans un contexte institutionnel déjà délicat. Martinique Transport est endettée à hauteur de 43 millions d’euros. L’organisme connaît aussi des grèves régulières qui entraînent fréquemment l’arrêt de lignes de bus.

Pour les usagers, ces interruptions compliquent les déplacements vers le travail, l’école ou les services. Pour les opérateurs, elles s’ajoutent à l’incertitude économique. Un réseau de bus dépend d’une organisation continue : conducteurs, véhicules disponibles, carburant, maintenance et financement doivent rester alignés.

Dans ce cadre, toute hausse de charge peut aggraver les tensions entre les besoins du service public et les capacités financières des transporteurs. Les entreprises privées, scolaires et publiques ne sont pas toutes exposées de la même manière, mais elles partagent une dépendance directe aux hydrocarbures.

La question dépasse d’ailleurs la Martinique. Les tensions au Moyen-Orient ont provoqué une nouvelle poussée des cours du pétrole et des prix observés à l’international. En Polynésie française, le Pays a maintenu en octobre les tarifs du gazole et du sans-plomb à 165 francs le litre, par arrêté pris en conseil des ministres le 22 septembre.

Cette décision protège temporairement les consommateurs, mais pose une interrogation : combien de temps un blocage tarifaire peut-il être soutenu lorsque les cours mondiaux progressent ? Les réponses politiques et budgétaires deviennent alors aussi importantes que le prix affiché à la pompe.

Les points à surveiller dans les prochains jours

Une réunion de coordination des pays de l’Union européenne est prévue le vendredi 2 octobre 2026, selon l’Agence France-Presse. La Commission doit permettre d’évoquer la hausse des prix du carburant constatée dans plusieurs pays européens.

Cette concertation ne règle pas directement les difficultés des entreprises martiniquaises. Elle souligne néanmoins que la hausse des hydrocarbures s’inscrit dans un mouvement plus large, alimenté par un marché international instable.

Les ménages cherchent déjà des solutions pour alléger leurs dépenses. Certaines administrations mettent en place ou prolongent le télétravail afin de limiter les frais de déplacement de leurs agents. Cette option ne peut toutefois pas s’appliquer aux conducteurs de bus, aux personnels de maintenance ou aux activités qui exigent une présence sur le terrain.

Il faut également distinguer la hausse du carburant des autres enjeux liés au coût de la vie. En Guadeloupe, le collectif Nou Las Palé a organisé un meeting sur le parking du Vélodrome de Gourdeliane, à Baie-Mahault, autour du prix des carburants, de l’accès à l’eau potable et de la préservation des entreprises et des emplois.

Pour la CTRC, l’urgence est désormais de faire reconnaître le coût réel de ses 11 bus. Une cuve de 15 000 litres à 34 050 euros ne constitue plus une donnée abstraite : elle devient le point de départ d’une négociation essentielle pour continuer à faire circuler les lignes.

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— Alexis