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Tromelin : Maurice relance l’appel à la France pour trancher définitivement la question de souveraineté de cette île disputée

Un territoire d’à peine un kilomètre carré peut peser bien davantage que sa taille ne le laisse penser. Dans l’océan Indien, ce minuscule point de terre concentre un différend ancien, des ressources maritimes considérables et une question diplomatique restée sans réponse depuis plusieurs années.

À l’ONU, Maurice vient de remettre ce dossier au premier plan. Derrière l’appel adressé à Paris se joue moins le contrôle d’une île inhabitée que celui d’un vaste espace marin stratégique.

Pourquoi Tromelin reste un sujet sensible entre Maurice et la France

Le ministre mauricien des Affaires étrangères, Ritish Ramful, a relancé le sujet le samedi 26 septembre 2026 à la tribune des Nations unies. Après avoir affirmé que la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos était « non négociable », il a également évoqué le contentieux de Tromelin.

La position mauricienne est claire : Port-Louis revendique la souveraineté sur l’île depuis 1976. La France administre toutefois Tromelin, située au nord de La Réunion, dans l’océan Indien.

Cette opposition ne porte donc pas sur un territoire peuplé, ni sur une grande superficie terrestre. Tromelin est une île inhabitée d’environ un kilomètre carré. Pourtant, sa localisation lui confère une importance maritime et économique qui dépasse de très loin ses dimensions.

Dans le droit de la mer, une souveraineté territoriale peut ouvrir des droits sur les eaux adjacentes. C’est précisément ce qui rend toute solution politiquement sensible : régler le statut de l’île revient aussi à clarifier la gestion d’un immense périmètre maritime. Reste à comprendre l’ampleur réelle de cet enjeu.

Le point central : une île minuscule associée à une immense ZEE

L’élément décisif est la zone économique exclusive, ou ZEE, générée autour de Tromelin. Cette zone couvre environ 280 000 kilomètres carrés, soit un espace marin sans commune mesure avec la surface de l’île elle-même.

Une ZEE ne signifie pas qu’un État possède la mer comme un territoire terrestre. Elle lui accorde néanmoins des droits particuliers pour explorer, exploiter, conserver et gérer certaines ressources, notamment les ressources halieutiques. Autrement dit, le sujet concerne directement la pêche et l’accès à des eaux réputées particulièrement poissonneuses.

Pour Maurice, la revendication n’est donc pas symbolique. Elle s’inscrit dans une logique de souveraineté maritime, de valorisation économique et de protection des ressources de l’océan Indien. Pour la France, qui administre l’île, le dossier touche aussi à son implantation régionale et à l’étendue de ses espaces maritimes.

Ritish Ramful a demandé à Paris de reprendre les discussions afin d’aboutir à un règlement. Il a invité la France à s’engager de manière constructive, en invoquant « l’amitié entre les deux pays ». Cette formulation souligne une volonté de négociation plutôt que de confrontation. Mais une voie avait déjà été imaginée, sans parvenir à son terme.

L’accord de cogestion de 2010 : une solution esquissée puis arrêtée

En 2010, Maurice et la France avaient conclu un accord de cogestion concernant Tromelin. Son intérêt était d’organiser une coopération concrète sans trancher immédiatement la question, beaucoup plus délicate, de la souveraineté.

Le texte prévoyait des échanges dans plusieurs domaines. Les deux pays devaient notamment coopérer sur les plans économique, scientifique et environnemental.

ÉlémentContenu
Date de l’accord2010
Principe envisagéCogestion entre Maurice et la France
Domaines concernésÉconomie, science et environnement
Question laissée ouverteSouveraineté sur Tromelin
Issue politiqueTexte non ratifié par le Parlement français

Cette formule présentait un avantage diplomatique : permettre une action commune sans demander à l’une des parties de renoncer publiquement à sa position. Dans les différends territoriaux, ce type d’arrangement peut préserver le dialogue tout en protégeant les revendications juridiques de chacun.

Mais l’accord n’est jamais entré en vigueur. Il n’a pas été ratifié par le Parlement français. Puis, en janvier 2017, son examen par l’Assemblée nationale a été retiré de l’ordre du jour.

Depuis ce retrait, le dossier est resté bloqué. La relance mauricienne de septembre 2026 vise donc aussi à remettre sur la table un cadre de discussion qui avait été élaboré, mais jamais appliqué.

Comment un règlement pourrait être recherché sans attendre une décision brutale

La demande exprimée par Maurice consiste d’abord à reprendre les discussions bilatérales. Cela ne signifie pas qu’un accord sur la souveraineté serait nécessairement immédiat. Le précédent de 2010 montre au contraire qu’une coopération peut être envisagée avant un règlement définitif.

Une démarche graduelle pourrait s’appuyer sur plusieurs axes déjà identifiés dans le projet de cogestion :

  • Encadrer les activités économiques liées à l’espace maritime autour de Tromelin.
  • Développer des programmes scientifiques conjoints dans l’océan Indien.
  • Coopérer sur la protection environnementale de l’île et de ses eaux.
  • Organiser la gestion des ressources halieutiques dans une zone particulièrement poissonneuse.
  • Maintenir séparée la question de souveraineté tant qu’aucun compromis politique n’est trouvé.

Cette méthode a une logique simple. Elle évite que l’absence d’accord territorial empêche toute action sur la pêche, la connaissance scientifique ou la préservation des milieux marins. Elle permet aussi aux deux États de démontrer que leur dialogue produit des résultats concrets.

Dans son intervention, Ritish Ramful a lié cet effort au climat d’amitié entre Maurice et la France. La formule est importante : elle suggère que Port-Louis ne cherche pas seulement à rappeler sa revendication, mais à réinstaller le dossier dans une relation diplomatique suivie.

L’ancien secrétaire aux Affaires étrangères mauriciennes Vijay Makhan estime d’ailleurs qu’une reprise reste possible. Selon lui, l’avancée dépendra avant tout d’une volonté partagée des deux pays. C’est là que se situe le véritable verrou.

Les éléments à surveiller dans un dossier où la diplomatie avance lentement

Le premier écueil serait de confondre cogestion et transfert de souveraineté. L’accord envisagé en 2010 ne réglait pas cette dernière question. Il offrait un mécanisme de coopération, sans modifier formellement les positions respectives de Maurice et de la France.

Le deuxième point est institutionnel. Même lorsqu’un accord est conclu entre gouvernements, il peut nécessiter une ratification parlementaire. C’est ce qui a empêché le texte de 2010 d’aboutir en France, avant son retrait de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale en janvier 2017.

Enfin, la taille de Tromelin ne doit pas masquer son poids. L’île fait environ un kilomètre carré, mais la ZEE associée représente près de 280 000 kilomètres carrés. Dans ce dossier, la carte maritime compte beaucoup plus que la surface émergée.

Vijay Makhan rappelle que la diplomatie « prend son temps ». La prochaine étape dépendra donc moins des déclarations que de la capacité de Paris et de Port-Louis à rouvrir un canal de négociation durable.

Un appel à transformer le blocage en dialogue

En relançant Tromelin à l’ONU, Maurice rappelle que le différend demeure entier malgré les années d’immobilisme. La piste la plus immédiate reste celle d’une coopération structurée, capable de protéger les intérêts maritimes sans préjuger du règlement final.

Pour que le dossier avance, il faudra surtout que l’amitié invoquée par Port-Louis se traduise à nouveau par une discussion politique entre les deux capitales.

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— Alexis