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Eau potable : le SMGEAG lance un chantier de 2 milliards d’euros pour rénover son réseau vieillissant

Robinets à sec, coupures répétées, factures inégales selon les communes : en Guadeloupe, la crise de l’eau ne se résume pas à un seul problème. Le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe veut désormais traiter l’urgence tout en préparant une transformation beaucoup plus vaste. Une somme vertigineuse est au centre de cette nouvelle feuille de route.

Le défi ne consiste pas seulement à réparer des canalisations. Il faut aussi retrouver une capacité d’intervention, sécuriser les financements et améliorer concrètement le service reçu par les abonnés. C’est précisément l’ambition affichée par la nouvelle présidence du SMGEAG.

Un réseau d’eau potable fragilisé par les fuites et le manque d’investissements

Le constat sur le réseau d’eau potable guadeloupéen est préoccupant depuis plusieurs années. Les infrastructures nécessitent un renouvellement profond afin d’améliorer durablement la distribution d’eau et le rendement du réseau.

Le rendement désigne la part d’eau effectivement livrée aux usagers par rapport au volume injecté dans les canalisations. Lorsqu’une grande quantité d’eau s’échappe par des fuites, ce rendement baisse. Les coupures, les pertes d’eau potable et les difficultés d’exploitation deviennent alors plus difficiles à contenir.

Lors du conseil syndical, le nouveau président du SMGEAG, Henri Yacou, a présenté cette réunion comme une nouvelle étape. Il souhaite que le syndicat aborde ses difficultés par des questions simples et concrètes, notamment sur l’organisation du travail et sur une meilleure unité des tarifs de l’eau.

Les élus ont donc examiné plusieurs dossiers liés entre eux : l’état du patrimoine, la recherche de fuites, les réparations réalisées, les prix facturés aux abonnés et la préparation d’une future régie. Cette régie doit démarrer en janvier prochain.

En arrière-plan, les préconisations du cabinet Arfi restent une piste de travail. Elles évaluent à près d’un milliard d’euros les investissements nécessaires. Mais l’estimation avancée pour un renouvellement général du réseau atteint une enveloppe encore plus élevée. C’est là que le chantier prend une dimension exceptionnelle.

Les 2 milliards d’euros correspondent au renouvellement global du réseau

Le montant évoqué pour remettre globalement à niveau le réseau d’eau potable est de 2 milliards d’euros. Cette estimation illustre l’ampleur des travaux à engager pour remplacer, moderniser et rendre plus fiable un patrimoine vieillissant.

Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un chantier attribué à un opérateur précis. Le SMGEAG doit d’abord déterminer quel modèle juridique, technique et financier permettra de réunir de tels fonds. Pour Henri Yacou, annoncer une solution avant cette phase d’étude reviendrait à choisir trop tôt un intervenant, un partenaire privé ou un type de montage.

Le syndicat envisage donc de recourir à une assistance à maîtrise d’ouvrage. Cette mission doit réunir des compétences complémentaires : juristes, ingénieurs et spécialistes financiers. Leur rôle sera d’analyser les besoins du réseau, d’évaluer les mécanismes de financement possibles et d’encadrer les décisions futures du SMGEAG.

Une proposition a déjà été soumise au syndicat entre 2023 et 2024. Elle émane d’un ingénieur guadeloupéen associé à un groupe financier. Elle sera étudiée, mais elle ne bénéficiera d’aucune exclusivité. L’assistance à maîtrise d’ouvrage devra également solliciter d’autres fournisseurs et comparer leurs solutions.

Cette méthode doit permettre au SMGEAG de disposer d’une restitution complète avant de retenir une voie. L’enjeu est double : financer un renouvellement massif des canalisations et éviter qu’une décision aussi structurante ne soit prise sans comparaison technique, juridique et financière. Mais ces études prendront du temps, alors que certaines réparations ne peuvent pas attendre.

La recherche de fuites doit reprendre dès la fin du mois

En attendant le programme de rénovation de long terme, le SMGEAG veut agir sur les fuites les plus urgentes. Une convention avec le Département doit permettre de lancer, dès la fin du mois, une campagne importante de détection et de recherche de fuites.

Cette étape est essentielle. Une fuite invisible peut se situer sous une route, dans une zone végétalisée ou sur une conduite difficile d’accès. La recherche de fuites permet de localiser les pertes avant d’organiser les réparations, en ciblant les tronçons où l’eau potable disparaît inutilement.

Les chiffres présentés au conseil syndical montrent une baisse nette du nombre d’interventions :

AnnéeFuites réparéesÉvolution
20248 518Référence
20255 818Baisse de 2 700 réparations

En un an, 2 700 fuites de moins ont été réparées. Henri Yacou relie notamment cette diminution aux choix précédemment opérés pour réduire les dépenses du syndicat, particulièrement les charges salariales.

Une équipe importante d’intérimaires participait auparavant aux interventions sur les fuites. Sa suppression aurait contribué, selon le président du SMGEAG, à une perte de maîtrise du rendement du réseau. L’organisation prévue au sein du syndicat aurait également pesé sur cette capacité de contrôle.

Le but affiché est désormais de retrouver une dynamique comparable à celle engagée en 2023 et 2024. Cela suppose de mieux détecter les pertes, d’intervenir rapidement sur les conduites endommagées et de suivre les effets des réparations sur le réseau. Reste toutefois une question sensible pour tous les abonnés : celle du prix payé pour l’eau.

Vers une harmonisation des tarifs entre les communes

Les tarifs de l’eau restent très différents d’une commune à l’autre en Guadeloupe. Cette situation a été clairement soulevée au cours du conseil syndical, notamment par le maire de Pointe-Noire.

Celui-ci a dénoncé le fait que les habitants de sa commune paient leur eau plus cher que des abonnés vivant dans d’autres territoires. Le principe d’un travail sur l’harmonisation des tarifs a donc été acté par les élus.

Une réflexion est annoncée dans les trois prochains mois. Elle devra répondre à un équilibre difficile : rapprocher les prix sans ignorer les coûts réels de production, de transport, d’entretien des réseaux et de gestion du service public de l’eau.

Une harmonisation ne signifie pas nécessairement que tous les usagers verront leur facture évoluer de la même façon. Le SMGEAG doit d’abord déterminer les écarts existants et les modalités permettant de les réduire. L’objectif exprimé est bien de travailler vers une certaine unité tarifaire.

La future régie, attendue en janvier prochain, devra prendre en charge ce dossier tout en affrontant une autre fragilité majeure : l’assainissement. Car fournir de l’eau potable et traiter les eaux usées relèvent d’un même service essentiel.

L’assainissement et les stations d’épuration restent un dossier prioritaire

Le SMGEAG ne limite pas sa réflexion aux canalisations d’eau potable. La future régie devra aussi composer avec les difficultés liées à l’assainissement collectif.

Plusieurs grandes stations d’épuration présentent des non-conformités et nécessitent des travaux. Une station d’épuration traite les eaux usées avant leur rejet dans le milieu naturel. Lorsqu’elle ne respecte pas les normes attendues, les conséquences concernent à la fois le service public, l’environnement et les collectivités.

Pour Henri Yacou, les travaux engagés doivent être mieux évalués à partir de leur effet réel sur le service rendu aux habitants. Cette approche place l’usager au centre : une dépense ou un chantier doit se traduire par une amélioration mesurable, qu’il s’agisse de continuité d’alimentation, de qualité du réseau ou de traitement des eaux usées.

Cette exigence est particulièrement importante face à une enveloppe de 2 milliards d’euros. La modernisation ne peut pas se réduire à une succession de travaux isolés. Elle doit associer renouvellement des réseaux, détection des fuites, gestion technique, assainissement et pilotage financier.

Certains sujets restent pourtant ouverts. Ils devraient alimenter les prochaines discussions du syndicat.

Indemnisation des abonnés : une décision encore en suspens

La question d’une éventuelle indemnisation des abonnés victimes de coupures d’eau n’a pas été tranchée. Pour les foyers concernés, ce débat est concret : les interruptions d’alimentation perturbent la cuisine, l’hygiène, le travail à domicile et l’activité de nombreux commerces.

Les élus doivent reprendre leurs échanges mercredi prochain. Les dossiers laissés en suspens, dont l’aide ou l’abattement tarifaire destiné aux abonnés confrontés aux manques d’eau, feront partie des sujets à poursuivre.

Il faudra éviter deux écueils : promettre une compensation sans cadre précis, ou reporter indéfiniment la réponse aux usagers. Les modalités devront préciser les situations concernées, les critères d’accès et le financement d’une éventuelle mesure.

La priorité immédiate reste claire : retrouver une capacité forte de recherche et de réparation des fuites. À plus long terme, l’assistance à maîtrise d’ouvrage devra transformer l’estimation de 2 milliards d’euros en un programme de rénovation crédible, financé et utile au quotidien des Guadeloupéens.

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— Alexis