À chaque rentrée, elles sont au cœur de l’école inclusive, souvent sans être réellement visibles. Pourtant, lorsque le salaire n’arrive pas, qu’un contrat reste incomplet ou qu’un élève attend toujours son accompagnement, toute l’organisation scolaire vacille. En Guadeloupe, les promesses de reconnaissance se heurtent encore à une précarité concrète.
Pourquoi la situation des AESH pèse sur toute l’école inclusive
Une accompagnante d’élèves en situation de handicap, ou AESH, ne se limite pas à assister un enfant en classe. En Guadeloupe, cette fonction est très majoritairement exercée par des femmes. Elle demande une attention constante, une adaptation fine et une connaissance réelle des besoins de chaque élève.
Le ministère de l’Éducation nationale définit trois grands axes de mission. L’AESH intervient dans les actes de la vie quotidienne, facilite l’accès aux apprentissages et favorise la participation aux activités sociales et relationnelles. Son rôle vise toujours l’autonomisation de l’élève, et non son remplacement dans les tâches qu’il peut accomplir.
Dans le premier degré, l’accompagnement peut prendre une forme très concrète. Il peut s’agir d’aider l’élève à s’installer, à comprendre une consigne ou à organiser son matériel. Au collège et au lycée, où les jeunes sont généralement plus autonomes, l’AESH apporte notamment un appui dans les tâches écrites selon le trouble ou le besoin identifié.
Cette mission essentielle se déroule pourtant dans un contexte social difficile. Retards de paie, temps de travail incomplets et faible reconnaissance statutaire fragilisent les professionnelles. Or, sans stabilité pour les AESH, l’accompagnement des élèves reste lui-même incertain. La question est donc aussi celle des moyens réellement accordés à l’inclusion.
AESH-i, AESH-m et AESH-co : ce que recouvre vraiment l’accompagnement
Il existe trois modalités d’exercice pour les AESH. Elles ne répondent pas aux mêmes besoins et sont décidées dans le cadre du parcours de l’élève. Cette distinction est importante, car elle détermine le temps et la forme d’aide effectivement disponibles.
| Modalité | Fonction | Cadre habituel |
|---|---|---|
| AESH-i | Accompagnement individuel d’un élève ayant besoin d’une présence continue | Classe ordinaire ou dispositif adapté |
| AESH-m | Accompagnement mutualisé entre plusieurs élèves | Selon les besoins définis pour chaque élève |
| AESH-co | Accompagnement collectif | Dispositifs Ulis |
L’AESH-i est destinée à un élève dont la présence d’un adulte doit être particulièrement soutenue. L’AESH-m répartit son temps entre plusieurs enfants. Cette organisation peut répondre à des besoins ponctuels, mais elle est aussi régulièrement critiquée lorsque les accompagnements deviennent trop morcelés.
L’AESH-co travaille au sein d’une Unité localisée pour l’inclusion scolaire, plus connue sous le nom d’Ulis. Dans ce cadre, elle accompagne un collectif d’élèves tout en participant à leur inclusion dans les temps de classe et les activités de l’établissement.
Pour obtenir cette aide, ni la famille ni l’enseignant ne décident seuls. L’équipe pédagogique établit d’abord un état des besoins de l’élève grâce au formulaire Geva-Sco. Le dossier est ensuite examiné par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées, la CDAPH, qui siège au sein de la Maison départementale des personnes handicapées, la MDPH.
La CDAPH statue dans le cadre du projet personnalisé de scolarisation, ou PPS. Elle décide si une aide humaine est nécessaire et précise sa forme : individuelle, mutualisée ou en Ulis. Mais une notification administrative ne garantit pas automatiquement qu’une AESH sera disponible dès la rentrée.
Un statut contractuel qui entretient l’incertitude
Les AESH sont des personnels sous contrat de droit public, recrutés à l’échelle académique. Le parcours habituel commence par un contrat de trois ans. Celui-ci peut être renouvelé une fois avant un possible passage en contrat à durée indéterminée, le CDI, selon les règles issues de la réforme de 2023.
Ce passage en CDI n’a pas apaisé les inquiétudes en Guadeloupe. En 2024, le député Max Mathiasin a interrogé le gouvernement sur le risque de voir une AESH perdre une part de sa quotité de rémunération lors du passage du CDD au CDI.
Le ministère avait alors assuré que la quotité de 62 % était maintenue. Il avait également évoqué un changement d’échelon favorable. Pourtant, le sujet de la durée de travail et du niveau de rémunération reste central pour des agentes qui peinent déjà à vivre d’emplois souvent exercés à temps incomplet.
La revendication de fond porte désormais sur un véritable statut. Le SPEG et le SE-UNSA Guadeloupe demandent la création d’une catégorie B de la fonction publique pour des personnels qui restent aujourd’hui contractuels. Derrière la demande, il y a la volonté de faire reconnaître une profession qui exige écoute, tact et capacité d’adaptation aux difficultés de chaque élève.
La revendication dépasse largement l’archipel. Lors de la grève nationale des AESH du 9 juin 2026, les organisations syndicales ont jugé insuffisante la perspective d’une fonctionnarisation limitée à 10 à 20 % des effectifs. Pour elles, cette proportion ne répond pas à l’ampleur de la précarité. Les épisodes de paie de 2025 ont encore renforcé ce constat.
Retards de salaire et quotités contestées : une crise vécue au quotidien
Le 29 septembre 2025, environ 150 AESH se sont réunies devant le rectorat de Guadeloupe. Leur demande était immédiate : recevoir le salaire de septembre, alors qu’elles avaient travaillé mais n’avaient pas été payées.
Face à la mobilisation, un acompte de 90 % a été débloqué le 7 octobre. Le rectorat a aussi promis le remboursement des agios bancaires causés par le retard. Mais la difficulté ne s’est pas arrêtée là.
Au début du mois de novembre, des indemnités dues au titre de septembre et octobre restaient bloquées. Le rectorat a invoqué un « incident technique » et annoncé une régularisation avant la fin novembre. Pour des salariées aux revenus modestes, ces décalages peuvent entraîner découverts, frais bancaires et tensions dans le budget familial.
La quotité de service nourrit également le mécontentement. Au début de l’année 2025, le SE-UNSA Guadeloupe a dénoncé une régularisation qu’il jugeait insuffisante. Le rectorat a relevé la quotité de 50 % à 53 %, mais seulement avec effet au 1er janvier 2025.
Le syndicat demandait une régularisation complète sur les quatre années précédentes pour les AESH en CDI. Ce désaccord montre que le problème ne se limite pas à quelques erreurs ponctuelles. Il concerne aussi la manière dont le travail passé est reconnu et rémunéré.
Public, privé et périscolaire : des droits qui ne se prolongent pas toujours
Sur le temps strictement scolaire, la procédure est identique dans l’enseignement public et dans le privé sous contrat. La notification est prise par la même CDAPH et l’État finance l’AESH dans les deux cas.
La différence apparaît après la classe. La cantine, la garderie et les activités périscolaires relèvent d’un autre financement. Dans le public, les collectivités territoriales doivent prendre le relais.
Dans le privé sous contrat, l’État ne finance que les heures correspondant au temps scolaire. Les familles et les établissements doivent donc rechercher eux-mêmes une solution pour l’accompagnement pendant les temps périscolaires. Plusieurs parlementaires et le Défenseur des droits ont dénoncé une possible rupture d’égalité.
Pour les établissements privés hors contrat, la séparation est totale. Ils ne relèvent pas du dispositif AESH de l’Éducation nationale. Les familles doivent alors organiser et financer seules un accompagnement éventuel.
Aucune donnée chiffrée propre à la Guadeloupe n’est identifiée sur cette situation dans le privé. La couverture disponible concerne surtout le secteur public. Reste que l’inclusion ne s’arrête pas à la porte de la salle de classe, notamment pour les enfants qui déjeunent ou restent à l’école après les cours.
La Guyane a obtenu un protocole, la Guadeloupe attend encore un cadre durable
La comparaison avec la Guyane souligne une différence majeure de réponse institutionnelle. Les deux académies connaissent des salaires insuffisants, des contrats contestés et un sentiment de faible reconnaissance. Mais les suites données aux mobilisations ne sont pas les mêmes.
En Guadeloupe, les difficultés ont principalement donné lieu à une gestion administrative au coup par coup : acomptes, annonces de régularisation et réponses ponctuelles aux retards de paiement. À ce jour, aucun protocole global n’a été signé.
En Guyane, la mobilisation du 9 juin 2026 a associé le Snes-FSU et le SE-UNSA dans une intersyndicale. Des rassemblements se sont tenus à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni. Les revendications visaient notamment le passage à 24 heures de temps complet et la suppression des dispositifs de mutualisation PIAL et PAS, jugés dégradants pour les conditions de travail.
| Engagement du protocole en Guyane | Échéance ou mesure |
|---|---|
| Contrat des AESH du premier degré | Passage à 24 heures |
| Rattrapage indemnitaire | Avant le 31 août 2026 |
| Mise à jour indiciaire | Avant la fin de l’année 2026 |
| Organisation du service | Étude d’une brigade de remplacement |
| Suivi des engagements | Mise en place d’un comité de suivi |
Le SE-UNSA Guyane a salué une « première victoire », tout en rappelant que l’application réelle du protocole devra être surveillée. C’est précisément ce cadre daté et négocié qui manque encore en Guadeloupe.
Rentrée 2026-2027 : les besoins restent supérieurs aux réponses
La rentrée 2026 concerne plus de 76 000 élèves en Guadeloupe. Ce total est en recul de près de 1 700 élèves par rapport à l’année précédente. Le contexte reste tendu, avec 91 suppressions de postes d’enseignants dénoncées par l’ensemble des syndicats.
Dans l’académie, 5 400 élèves sont en situation de handicap. Plus de 3 000 ont obtenu une notification de la MDPH. Tous ne nécessitent pas l’intervention d’une AESH, mais une centaine d’élèves notifiés restent actuellement sans accompagnement.
Dès août 2025, le rectorat avait annoncé le déploiement de quatre Pôles d’appui à la scolarité, ou PAS, pour 2026 : trois en Guadeloupe et un à Saint-Martin. Ces pôles doivent renforcer l’accompagnement des élèves, qu’ils suivent un parcours ordinaire ou spécifique.
Le recteur Gabriele Fioni affirme que l’école inclusive doit s’appuyer sur des moyens, un suivi et des personnels formés. Pour que cette ambition soit crédible, chaque notification doit toutefois pouvoir déboucher sur une aide réelle. Et les AESH doivent pouvoir exercer leur métier sans craindre, à chaque rentrée, un salaire absent ou un contrat insuffisant.
— Alexis




