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Direction Martinique Transport : Daniel Marie-Sainte accuse les quatre exécutifs d’absence aux réunions du conseil et remet en cause la gestion des EPCI et de la CTM

Les bus urbains du Sud de la Martinique sont à l’arrêt, laissant des salariés, des élèves et des familles face à un trajet devenu incertain au moment de la rentrée. Pour les usagers, la conséquence est immédiate : il faut marcher, payer un taxi, solliciter un proche ou tenter le covoiturage.

Mais derrière cette interruption, Daniel Marie-Sainte voit une crise plus profonde. Le chef du groupe Gran Sanblé à l’Assemblée de Martinique accuse les responsables institutionnels de ne pas assumer pleinement leur place dans la gouvernance de Martinique Transport.

Une suspension des transports qui révèle une crise budgétaire plus large

La suspension des transports publics urbains dans le Sud intervient dans un contexte déjà tendu pour les habitants. Les lignes du réseau SudLib sont suspendues jusqu’à nouvel ordre à partir du 7 septembre, selon les informations diffusées sur cette crise.

Dans plusieurs communes, les déplacements quotidiens reposent alors sur des solutions improvisées. À Rivière-Salée, certains usagers tentent malgré tout de rejoindre leur travail, tandis que la circulation automobile se densifie sur la RN5.

Pour Daniel Marie-Sainte, cette paralysie n’est pas un incident isolé. Il y voit l’aboutissement d’une gestion défaillante, sur laquelle son groupe affirme avoir alerté depuis des mois, voire des années, lors des séances plénières consacrées notamment au budget.

L’élu estime que les alertes n’ont pas été entendues durant la mandature en cours. Selon lui, les choix financiers accumulés conduisent désormais Martinique Transport et, plus largement, le territoire martiniquais vers une situation qu’il qualifie de catastrophique. Reste à savoir à qui revient la responsabilité des décisions.

Daniel Marie-Sainte met en cause la CTM et les trois communautés d’agglomération

Le point central de son intervention concerne la répartition des compétences. Daniel Marie-Sainte rappelle que le transport ne dépend pas, selon lui, de la seule Collectivité territoriale de Martinique, la CTM.

La gouvernance associe également les trois établissements publics de coopération intercommunale, ou EPCI : Cap Nord Martinique, l’Espace Sud Martinique et la Communauté d’agglomération du Centre de la Martinique, la CACEM.

L’élu vise donc quatre exécutifs : celui de la CTM et ceux des trois communautés d’agglomération. Il leur reproche de ne pas participer régulièrement aux conseils d’administration de Martinique Transport, alors qu’ils en sont membres en vertu de la loi.

Sa formule est directe : il « accuse les quatre exécutifs, qui sont les ordonnateurs, de ne pas venir dans les réunions du conseil d’administration de Martinique Transport, pour prendre les décisions qui s’imposent ». Par « ordonnateurs », il désigne les responsables appelés à décider et à engager les dépenses publiques.

Cette accusation intervient alors que les présidents des EPCI contestent les montants demandés par la CTM pour contribuer au soutien de Martinique Transport. Daniel Marie-Sainte considère qu’ils ne peuvent pas se soustraire à cette responsabilité collective. La question financière reste toutefois au cœur du blocage.

Le grief principal : des dépenses engagées au-delà des ressources disponibles

Daniel Marie-Sainte reproche à la CTM d’avoir annoncé ou lancé des projets sans vérifier suffisamment les capacités financières correspondantes. Son raisonnement repose sur un principe budgétaire simple : les dépenses doivent être adaptées aux recettes réellement prévisibles.

Il reconnaît que les dotations de l’État ne seraient pas au niveau attendu. Mais, à ses yeux, cette insuffisance ne peut pas expliquer à elle seule les difficultés actuelles. Lorsqu’une collectivité prépare un budget, elle doit d’abord estimer ses ressources, puis calibrer ses dépenses.

Selon lui, cette logique n’aurait pas été respectée. Il dénonce des dépenses engagées « à tort et à travers », expression par laquelle il traduit sa critique d’une programmation financière qu’il juge insuffisamment maîtrisée.

Le chef de file de Gran Sanblé rappelle aussi un élément historique : lors du transfert de la compétence transport en 2015, la dotation d’amorçage destinée aux nouvelles collectivités territoriales n’aurait pas été à la hauteur des besoins locaux. Il affirme également que cette dotation n’aurait jamais été transférée.

Il ne voit donc pas de solution évidente à très court terme. Le problème, selon lui, ne consiste pas seulement à retrouver de l’argent, mais à déterminer qui doit contribuer et à quelle hauteur. Or les pistes évoquées risquent d’avoir des effets sur bien d’autres politiques publiques.

Quelles ressources pour Martinique Transport et quelles conséquences pour le territoire ?

Pour financer le service, Daniel Marie-Sainte cite deux leviers essentiels : les taxes acquittées par les entreprises et les paiements effectués par les voyageurs. Les recettes de billetterie et la fiscalité économique sont donc présentées comme nécessaires à la survie de Martinique Transport.

La CTM aurait demandé à pouvoir examiner les taux payés par les entreprises afin d’intervenir sur cette fiscalité. D’après Daniel Marie-Sainte, cette demande serait restée sans réponse.

Ces recettes ne suffiraient pas, à elles seules, à combler les besoins. L’élu décrit alors un choix difficile entre une réduction des dépenses et une hausse des ressources.

Option évoquéeConséquence possible selon Daniel Marie-Sainte
Réduire les dépensesSupprimer des postes ou diminuer le nombre de rotations de bus
Augmenter les ressourcesAccepter des baisses dans d’autres domaines budgétaires
Réduire les dotations versées aux satellitesÉtendre la crise à des structures déjà confrontées à des difficultés

L’élu critique précisément ce que l’équipe actuelle qualifierait d’« optimisation ». À ses yeux, réduire les dotations attribuées aux organismes satellites reviendrait à appliquer un « coup de rabot » général, alors que la crise toucherait déjà plusieurs secteurs.

Il met aussi en cause les satellites eux-mêmes, qu’il accuse d’agir sans limite budgétaire suffisante. Cette lecture dépasse donc le seul arrêt des lignes du Sud : elle pose la question du contrôle des dépenses à l’échelle de l’ensemble des organismes liés à la CTM.

Une saisine de la chambre régionale des comptes et une demande de transparence

Pour sortir de cette impasse, Daniel Marie-Sainte réclame une intervention extérieure. Il demande un audit susceptible de clarifier les responsabilités, les comptes et les décisions prises dans le dossier du transport.

Depuis le 24 août, le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, se serait saisi du dossier. Il aurait saisi la chambre régionale des comptes concernant Martinique Transport et le SIS.

Daniel Marie-Sainte attend que les contrôles financiers apportent des réponses rendues publiques. Il dit également attendre la publication des rapports de la Cour nationale des comptes, estimant que la transparence fait aujourd’hui défaut.

Pour l’élu, le problème est aussi démocratique. Il reproche aux institutions de ne pas répondre aux questions soulevées sur les finances de Martinique Transport et réclame donc une information accessible sur l’état des comptes.

Ce que les usagers doivent retenir pendant l’arrêt des lignes

À ce stade, les voyageurs restent les premiers touchés par l’absence de service. Sans transports urbains dans une grande partie de la Martinique, les alternatives sont souvent limitées et plus coûteuses.

  • La marche à pied peut dépanner pour les courtes distances, mais elle ne répond pas aux besoins de tous les salariés ou élèves.
  • Le taxi offre une solution immédiate, avec un coût plus élevé qu’un trajet en bus.
  • Le covoiturage et l’entraide entre proches peuvent limiter les dépenses, sous réserve de trouver un véhicule disponible.
  • La voiture individuelle accroît la pression sur les axes routiers, comme l’illustre la circulation observée sur la RN5.

La crise montre surtout qu’un réseau de transport public ne se résume pas à des véhicules et à des horaires. Il dépend d’une gouvernance réunissant la CTM, Cap Nord, l’Espace Sud, la CACEM, les opérateurs et les financeurs.

Dans l’immédiat, la reprise des lignes SudLib reste attendue. Les réponses attendues des contrôles financiers pourraient, elles, éclairer les décisions nécessaires pour éviter que les habitants ne paient durablement le prix de ce conflit institutionnel et budgétaire.

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— Alexis