Le nord

Transports à Cap Nord : «Ce qu’on pourra donner est plus près de 0 que d’1,5 million», Bruno Nestor Azerot douche les espoirs

Le financement des transports en Martinique se heurte à une réalité budgétaire très concrète. Alors que Martinique Transport cherche des contributions supplémentaires, Cap Nord prévient que ses marges sont limitées. Pour les habitants du nord de l’île, déjà très dépendants des déplacements collectifs, l’enjeu dépasse largement une simple ligne comptable.

La décision attendue ne portera donc pas seulement sur une somme. Elle posera aussi une question de responsabilité entre la Collectivité territoriale de Martinique, Martinique Transport et les établissements publics de coopération intercommunale.

Pourquoi cette demande de financement crée une forte tension

La situation découle de la convention conclue le 14 août 2026 afin de soutenir Martinique Transport par de nouveaux financements. Depuis cette signature, les discussions portent sur la participation que les intercommunalités martiniquaises pourraient verser pour éviter une aggravation de la situation financière de l’opérateur.

La Collectivité territoriale de Martinique, ou CTM, envisage une enveloppe globale de 7,5 millions d’euros répartie entre les trois EPCI. Cap Nord serait sollicité à hauteur de 1,5 million d’euros. L’Espace Sud devrait apporter 2 millions d’euros, tandis que la CACEM serait appelée à contribuer à hauteur de 4 millions d’euros.

IntercommunalitéContribution envisagée par la CTM
Cap Nord Martinique1,5 million d’euros
Espace Sud2 millions d’euros
CACEM4 millions d’euros
Total attendu7,5 millions d’euros

Cette répartition suscite une opposition nette au sein de Cap Nord. À l’issue d’une réunion organisée au siège de l’intercommunalité le lundi 31 août, son président Bruno Nestor Azérot a estimé qu’aucune dotation supplémentaire de cette ampleur n’était prévue dans les projections budgétaires.

Le différend ne remet pas en cause le besoin de transports organisés. Il révèle plutôt l’écart entre l’urgence financière de Martinique Transport et les capacités réelles des collectivités locales. C’est précisément ce décalage qui explique la position défendue par Cap Nord.

Cap Nord juge qu’une contribution de 1,5 million est impossible

Bruno Nestor Azérot, président de Cap Nord et maire de Sainte-Marie, refuse l’idée d’un versement de 1,5 million d’euros. Son message est sans ambiguïté : une collectivité ne peut pas financer une dépense pour laquelle elle ne dispose pas des ressources nécessaires.

Cap Nord dispose d’un budget annuel d’environ 85 millions d’euros. Selon son président, près de 65 millions d’euros doivent déjà être consacrés au fonctionnement. Une fois ces dépenses prises en compte, la marge restante ne permettrait pas d’absorber la somme demandée sans déséquilibrer les finances de l’établissement.

L’élu estime ainsi que l’aide que Cap Nord pourrait effectivement attribuer se situerait bien davantage près de zéro que du montant réclamé par la CTM. Pour atteindre l’objectif de 1,5 million d’euros, il faudrait selon lui augmenter les prélèvements supportés dans le nord de la Martinique. Cette hypothèse est fermement écartée.

Cap Nord a déjà prévu 500 000 euros pour Martinique Transport. Cette somme reste très inférieure au montant de 1,5 million envisagé. Mais elle montre que l’intercommunalité ne se place pas dans un refus absolu de participer. Elle conteste avant tout l’ampleur de l’effort qui lui est demandé.

Bruno Nestor Azérot appelle donc à davantage d’échanges. Son objectif est d’éviter que les EPCI deviennent un moyen de combler les dettes ou les difficultés accumulées par Martinique Transport. Reste à comprendre pourquoi cette question est particulièrement sensible dans le nord de l’île.

Les transports restent un besoin essentiel pour les habitants du nord

Le président de Cap Nord ne minimise pas les conséquences d’une crise durable des transports. Au contraire, il rappelle que le développement économique ne peut pas reposer sur un réseau insuffisamment organisé. Pour les habitants du nord, cette question est directement liée à l’accès au travail, aux études, aux services et aux démarches du quotidien.

Les communes du nord sont souvent perçues comme plus éloignées des principaux pôles d’activité. Cette situation renforce la dépendance aux bus et aux autres solutions de mobilité collective. Les difficultés du réseau touchent donc fortement une population qui dispose de moins d’alternatives de déplacement.

Bruno Nestor Azérot souligne que les habitants du nord ont déjà le sentiment d’être pénalisés en matière de transport. C’est tout le paradoxe du dossier : Cap Nord reconnaît l’importance fondamentale de Martinique Transport, mais estime ne pas pouvoir répondre à la demande financière sans fragiliser ses propres missions.

Cette tension oppose deux impératifs légitimes. D’un côté, assurer la continuité et l’organisation des transports collectifs. De l’autre, préserver le budget d’une intercommunalité qui doit déjà financer son fonctionnement et ses compétences locales.

La position de Cap Nord est aussi partagée, au moins sur le fond, par certains élus du territoire. Le cas du maire du Gros-Morne illustre les réserves exprimées lors de cette séquence.

Gilbert Couturier conteste une sollicitation jugée tardive

Gilbert Couturier, maire du Gros-Morne, reconnaît qu’une convention a bien été signée. Il souligne toutefois qu’aucun montant précis n’était alors inscrit dans le document tel qu’il le présente. Pour lui, la démarche devait permettre une contribution adaptée aux possibilités de chaque EPCI, et non imposer une enveloppe identique dans son principe.

L’élu rappelle également un élément qui nourrit l’incompréhension : durant les huit dernières années, les établissements publics de coopération intercommunale n’avaient jamais été sollicités pour financer Martinique Transport. L’arrivée de cette demande, dans un contexte de difficulté financière, paraît donc difficile à accepter pour les élus concernés.

Gilbert Couturier regrette néanmoins que les alertes et les demandes soient remontées aussi tardivement au regard de la gravité de la situation. Son propos ne consiste pas à nier le problème du transport public. Il interroge la méthode, le calendrier et la capacité des intercommunalités à intégrer soudainement une telle dépense.

Un EPCI regroupe plusieurs communes afin d’exercer certaines compétences et de mutualiser des moyens. Son budget ne constitue donc pas une réserve librement disponible. Chaque contribution exceptionnelle peut obliger à arbitrer entre des services existants, des investissements ou une hausse de recettes.

Dans ce dossier, Cap Nord demande que ces contraintes soient pleinement prises en compte. La question suivante porte désormais sur le partage des responsabilités avec la CTM.

Cap Nord renvoie la CTM à son rôle dans Martinique Transport

Bruno Nestor Azérot insiste sur le lien étroit entre la CTM et Martinique Transport. Selon lui, la Collectivité territoriale de Martinique doit d’abord examiner ses propres capacités d’organisation et identifier les décisions susceptibles d’avoir contribué aux difficultés actuelles.

Cette critique ne vise pas seulement la somme demandée. Elle concerne aussi le principe d’une intervention des intercommunalités. Pour le président de Cap Nord, les EPCI ne doivent pas être considérés comme une solution automatique lorsqu’un déséquilibre financier apparaît chez l’autorité organisatrice des transports.

Le débat est donc autant politique que budgétaire. Qui doit assumer le financement des transports collectifs ? Quel niveau de solidarité peut être exigé entre les territoires ? Et comment éviter que l’aide apportée ne pèse davantage sur des habitants déjà confrontés à l’éloignement ?

Cap Nord défend une ligne claire : une éventuelle participation doit rester compatible avec ses finances, sans transfert excessif de charges et sans hausse d’impôts pour les contribuables du nord. Cette prudence ne signifie pas que la mobilité serait secondaire, mais que son financement doit être construit dans un cadre soutenable.

Le prochain rendez-vous institutionnel donnera une première réponse concrète à ces interrogations.

Ce qu’il faut surveiller avant le conseil communautaire du 24 septembre

Le 24 septembre 2026, le conseil communautaire de Cap Nord doit se prononcer sur les financements qui pourront être accordés pour l’avenir de Martinique Transport. La délibération permettra de connaître le niveau d’effort réellement accepté par l’intercommunalité.

Plusieurs points seront déterminants :

  • le maintien ou non de l’enveloppe déjà attribuée de 500 000 euros ;
  • la possibilité d’augmenter cette participation sans mettre Cap Nord en déficit ;
  • les discussions avec la CTM sur une répartition plus acceptable de l’effort ;
  • les conséquences concrètes pour les usagers des transports dans le nord de la Martinique.

Une confusion doit être évitée : reconnaître l’utilité de Martinique Transport ne revient pas automatiquement à valider le montant de 1,5 million d’euros. Les élus de Cap Nord affirment précisément que le besoin de mobilité est réel, tout en jugeant la demande actuelle incompatible avec leur budget.

La décision du 24 septembre devra concilier deux urgences : préserver les finances locales et maintenir une réponse crédible aux besoins de déplacement des habitants du nord.

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— Alexis