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Sécheresse : pourquoi le programme de replantation de la canne-à-sucre est en danger

Dans les champs de Guadeloupe, le moment est décisif. Les parcelles fraîchement plantées devraient préparer la prochaine campagne sucrière, mais elles attendent une pluie qui tarde à venir. Sans une reprise rapide des jeunes tiges, les conséquences pourraient se prolonger bien au-delà de cette saison.

La menace ne concerne pas seulement quelques exploitations isolées. Elle touche l’ensemble d’une filière déjà fragilisée par plusieurs années de faibles récoltes, avec un horizon particulièrement inquiétant pour 2027.

La replantation est le point de départ de la récolte suivante

La sécheresse intervient en Guadeloupe pendant une période essentielle pour les producteurs de canne-à-sucre : celle de la replantation. Les agriculteurs mettent en terre des boutures, c’est-à-dire des fragments de tiges destinés à former de nouvelles cannes.

Cette opération conditionne directement le volume qui pourra être coupé lors de la prochaine campagne sucrière, attendue vers février ou mars 2027. Une bouture qui ne reprend pas faute d’humidité ne donne pas la canne nécessaire à la récolte future.

Le problème est donc plus profond qu’un simple ralentissement de croissance. Une plantation ratée représente à la fois une surface productive perdue, des dépenses engagées sans retour et une diminution prévisible des tonnages pour les coupeurs, les transporteurs et les opérateurs de récolte.

En Grande-Terre comme en Basse-Terre, la filière sort déjà de quatre récoltes inférieures à 400 000 tonnes de cannes. Lors de la saison précédente, la Guadeloupe a récolté 312 728 tonnes, un niveau qui alimente les inquiétudes sur la capacité de production locale.

Le recul de la surface cultivée touche désormais la plupart des exploitations. Dans ce contexte, chaque hectare replanté compte. Mais encore faut-il que les tiges puissent s’enraciner et se développer.

Pourquoi le manque de pluie met les boutures en danger

La réponse tient dans les premières semaines suivant la plantation. Les boutures de canne-à-sucre ont besoin d’humidité dans le sol pour émettre leurs racines, produire des bourgeons et installer des tiges vigoureuses. En cas de sécheresse, cette reprise devient incertaine.

Sur une exploitation de 5 hectares, le planteur Eddy Boudhou a tout de même choisi de replanter. Lors de son inspection, il expliquait toutefois douter de voir les tiges pousser, faute de pluie suffisante.

Son inquiétude repose sur une expérience concrète. Il a déjà investi des sommes importantes dans l’achat de plants sans obtenir de reprise à la fin. Cette fois, il a aussi engagé 7 000 euros de dépenses de main-d’œuvre, avant même de savoir si les cannes survivront.

Le risque est particulièrement cruel pour un exploitant : les frais arrivent immédiatement, tandis que le résultat dépend de la météo. Préparation du terrain, achat du matériel végétal, plantation et rémunération des équipes représentent un investissement que la sécheresse peut anéantir.

Alex Bandou, secrétaire général de l’Union des producteurs de la Guadeloupe, ou UPG, résume l’espoir de nombreux planteurs : la fin de l’épisode sec est ce qui pourrait sauver les plantations déjà réalisées. Mais la pluie seule ne suffira pas à réparer les années de retard accumulées.

Comment la crise de replantation se construit sur plusieurs années

La difficulté actuelle ne vient pas uniquement de la sécheresse de 2026. Selon l’UPG, très peu de cannes ont été replantées en 2024 et 2025. Plusieurs producteurs ont même cessé de planter, ou réduit la surface consacrée à la canne-à-sucre.

Cette baisse de replantation crée un effet différé. Moins de cannes mises en terre aujourd’hui signifie moins de cannes disponibles à la coupe demain. Or une plantation récente ne devient pas automatiquement récoltable dès l’année suivante.

Facteur de fragilitéConséquence pour la filière canne
Sécheresse pendant la plantationBoutures qui reprennent mal ou ne se développent pas
Faible replantation en 2024 et 2025Manque de surfaces susceptibles d’alimenter les campagnes futures
Manque de plants en pépinièreCapacité de replantation limitée
Manque de main-d’œuvrePlantation et entretien des parcelles plus difficiles
Réduction des surfaces en canneBaisse du potentiel de tonnage à récolter

Les pépinières constituent un autre maillon critique. Alex Bandou indique qu’il existe actuellement un problème de disponibilité des plants. Même si les exploitants voulaient replanter massivement, ils ne disposeraient pas nécessairement de suffisamment de matériel végétal.

À cela s’ajoute le manque de main-d’œuvre. Dans une culture où la plantation, l’entretien et la coupe exigent des équipes disponibles au bon moment, cette pénurie ralentit toute tentative de redressement. Reste alors à mesurer ce que cela implique concrètement pour 2027.

Pourquoi la campagne sucrière 2027 apparaît déjà compromise

Pour les professionnels de la récolte, le diagnostic est direct. José Magdeleine, opérateur de récolte, estime qu’il ne faut pas attendre grand-chose de la campagne 2027 si les cannes ne sont pas replantées maintenant.

Une plantation réalisée tardivement ou fragilisée par le manque d’eau ne donnera pas forcément des cannes prêtes à être coupées l’année prochaine. Au mieux, certaines tiges pourraient être affectées à la pépinière afin de produire de futurs plants.

Cette éventualité peut aider à reconstruire progressivement le potentiel de plantation. En revanche, elle ne fournit pas les volumes nécessaires à une campagne de coupe importante en 2027. L’UPG anticipe ainsi qu’il pourrait y avoir peu de cannes à couper.

Planter massivement pour compenser les pertes des deux à trois dernières années paraît difficile, selon les acteurs du secteur. Il faudrait réunir simultanément des pluies suffisantes, des plants en quantité, des travailleurs disponibles et des agriculteurs capables de financer l’effort.

Les opérateurs de coupe sont aussi exposés que les planteurs. Sans tonnage, leur activité se réduit. Le phénomène climatique touche donc l’agriculture, mais aussi l’économie liée à la campagne sucrière et aux emplois qui en dépendent.

Les pistes de vigilance pour les producteurs et la filière

Dans l’immédiat, la priorité reste l’observation des parcelles replantées. Les producteurs doivent vérifier la reprise des boutures et l’état des jeunes tiges, car les signes de dessèchement ou d’absence de germination peuvent révéler une plantation compromise.

La disponibilité des plants issus des pépinières doit également rester au centre des préoccupations. Ces plants pourraient jouer un rôle pour relancer les surfaces à plus long terme, même s’ils ne permettront pas de remplir à eux seuls le manque attendu en 2027.

  • Suivre la pluviométrie afin d’évaluer les chances de reprise des cannes déjà plantées.
  • Préserver les plants disponibles pour maintenir la capacité future de replantation.
  • Mobiliser la main-d’œuvre au moment des travaux de plantation et d’entretien.
  • Éviter de surestimer la récolte 2027 tant que les surfaces implantées restent insuffisantes.

L’espoir de la filière se tourne désormais vers 2028. Cette échéance reflète le temps long de la canne-à-sucre : une crise de plantation ne se résout pas en quelques semaines, même après le retour des pluies.

Mais certains écueils risquent encore d’aggraver le décalage entre les besoins et les volumes réellement disponibles.

Ce qu’il ne faut pas confondre dans cette crise agricole

La sécheresse n’empêche pas toujours physiquement de planter. Eddy Boudhou l’a fait sur son exploitation. Le danger est ailleurs : planter ne garantit pas que la canne repoussera, surtout si le sol demeure trop sec après la mise en terre.

Il serait aussi trompeur de croire qu’une pluie tardive permettra automatiquement une grande récolte en 2027. Les cannes implantées pendant cette période ne seront pas nécessairement récoltables l’année suivante.

Enfin, une replantation massive ne dépend pas de la seule volonté des planteurs. Le manque de plants en pépinière, les dépenses de main-d’œuvre et la réduction des surfaces cultivées limitent fortement les possibilités de rattrapage.

La prochaine pluie peut sauver une partie des boutures déjà en terre. Pour la filière guadeloupéenne, le véritable enjeu sera ensuite de reconstruire durablement les surfaces de canne, avec une perspective qui se dessine surtout pour 2028.

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— Alexis