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Géothermie en Guadeloupe : Albioma obtient le feu vert pour explorer les profondeurs au sud de la Soufrière

Au sud de la Soufrière, le sous-sol guadeloupéen pourrait receler une énergie capable de produire de l’électricité jour et nuit. Mais avant d’imaginer une nouvelle centrale, il faut d’abord interpréter les signaux discrets des roches, des eaux et des structures profondes.

Albioma vient d’obtenir une première autorisation pour mener cette enquête géologique sur un vaste secteur de Basse-Terre. Les travaux annoncés restent prudents et limités à la surface. Pourtant, ils pourraient dessiner une nouvelle étape pour la transition énergétique de l’archipel.

Pourquoi cette exploration au sud de la Soufrière attire autant l’attention

La Guadeloupe dispose déjà d’un exemple concret de production géothermique avec la centrale de Bouillante. Cette filière reste toutefois sous-exploitée, alors que les estimations avancées indiquent qu’elle pourrait, à terme, couvrir 30 % des besoins en électricité de l’archipel.

Son intérêt repose sur une caractéristique essentielle : la géothermie est une énergie renouvelable disponible en permanence. À la différence de productions dépendantes de l’ensoleillement ou du vent, une ressource géothermique peut fournir de l’électricité sans attendre des conditions météorologiques favorables.

Le projet porté par Albioma se situe sur un périmètre de 62 kilomètres carrés, baptisé Sud Soufrière. Cette zone s’étend entre Vieux-Fort et Capesterre, tout en restant en dehors du Parc national de la Guadeloupe. Un arrêté ministériel en précise les contours.

Le secteur n’a pas été choisi au hasard. Dans les années 1980, une étude avait déjà conclu qu’il pourrait être possible d’y trouver une eau assez chaude pour produire de l’électricité. Quarante ans plus tard, en 2020, Albioma a manifesté son intérêt pour examiner plus précisément cette possibilité.

Une thèse d’Alexiane Favier, réalisée en 2019 à Fouillole, a aussi montré que le potentiel géothermique de la Guadeloupe était bien plus élevé qu’on ne le pensait. Reste à savoir ce que cache exactement le sous-sol du Sud Soufrière.

Le feu vert accordé à Albioma concerne uniquement les recherches de surface

L’autorisation ministérielle ne permet pas encore à Albioma de creuser dans le sous-sol. Elle accorde exclusivement à l’entreprise le droit d’effectuer des recherches de surface sur le périmètre Sud Soufrière.

Dans un premier temps, les investigations se concentreront autour du lieu-dit Moscou, entre Gourbeyre et Trois-Rivières. L’enjeu est d’identifier des indices suffisamment fiables pour localiser une éventuelle ressource géothermique, sans lancer de forage prématuré.

Les équipes doivent étudier la géologie, la géophysique et la géochimie du secteur. Ces disciplines permettent de comprendre la nature des roches, l’organisation des failles, la structure du sous-sol et les éventuelles circulations d’eau chaude.

Albioma veut également mesurer les contraintes présentes en surface. L’entreprise cherche la meilleure adéquation entre une possible ressource souterraine et les enjeux concrets du territoire. L’accessibilité d’un site, les contraintes sociales et le raccordement au réseau électrique feront donc partie de l’analyse.

Cette phase préparatoire est déterminante. Une anomalie géologique ou géochimique peut signaler une zone intéressante, mais elle ne suffit pas à prouver qu’un gisement exploitable existe. Seuls des travaux plus profonds pourront ensuite confirmer la présence d’une eau chaude, son volume et ses caractéristiques.

Ce que les scientifiques chercheront réellement dans les profondeurs

La ressource visée est de la saumure, c’est-à-dire une eau salée naturellement chauffée par l’activité volcanique. Dans un système géothermique, cette eau chaude circule dans des formations rocheuses profondes avant de pouvoir, si ses propriétés le permettent, être utilisée pour produire de l’électricité.

Ce point est important pour le territoire : selon Albioma, cette saumure ne concurrencerait pas l’eau potable. Il ne s’agit pas d’une nappe destinée à l’alimentation des habitants, mais d’une eau salée présente en profondeur.

Pour l’instant, personne ne peut affirmer que cette eau chaude existe réellement dans le secteur étudié. Sans forage, il est impossible de déterminer sa profondeur, sa température, sa pression ou son volume. Ces données sont pourtant indispensables avant toute décision industrielle.

Élément à vérifierPourquoi il est décisif
Présence de saumureElle conditionne l’existence même de la ressource géothermique.
ProfondeurElle détermine la faisabilité des futurs forages.
TempératureElle permet d’évaluer la possibilité de produire de l’électricité.
Pression et volumeIls renseignent sur le comportement et le potentiel de la ressource.
Accès et raccordementIls influencent l’implantation possible d’une installation énergétique.

La géophysique peut aider à lire le sous-sol à distance. La géochimie peut repérer des signatures liées à des fluides chauds. La géologie permet, elle, de replacer ces observations dans l’histoire volcanique de Basse-Terre. Mais le passage du signal prometteur à une ressource démontrée reste une étape exigeante.

Les forages pourraient débuter à partir de 2030

Si les études de surface sont concluantes et si Albioma obtient les autorisations nécessaires, la prochaine étape pourrait intervenir à partir de 2030. L’entreprise envisagerait alors des forages pouvant atteindre 3 kilomètres de profondeur.

Cette distance représente près de deux fois la hauteur de la Soufrière. Une telle opération ne consiste donc pas en un simple sondage. Il s’agit d’un chantier technique lourd, destiné à atteindre les zones où pourrait circuler la saumure chauffée naturellement par le volcan.

Un forage commercial, profond de 2 à 3 kilomètres et large de 30 à 40 centimètres de diamètre, représente un investissement compris entre 15 et 20 millions d’euros. Ce niveau de coût explique l’importance des études préalables : elles doivent réduire l’incertitude avant toute décision.

  1. Cartographier le secteur grâce aux recherches de surface autour de Moscou et dans le périmètre Sud Soufrière.
  2. Identifier les indices géothermiques par l’étude des roches, de la géophysique et de la géochimie.
  3. Comparer les sites possibles selon l’accessibilité, les enjeux de surface et la connexion au réseau électrique.
  4. Obtenir les autorisations complémentaires avant tout travail de forage profond.
  5. Forer jusqu’à 3 kilomètres afin de vérifier la présence, la température, la pression et le volume de la saumure.
  6. Évaluer une centrale géothermique si les résultats confirment une ressource exploitable.

En cas de résultats favorables, une centrale sur le modèle de celle de Bouillante ne pourrait pas voir le jour avant 2033. Le calendrier reste donc long, mais il correspond au temps nécessaire pour passer d’une hypothèse géologique à un projet de production électrique.

Les retombées économiques sont déjà au cœur du débat

Le projet ne soulève pas uniquement des questions techniques ou environnementales. Il nourrit aussi un débat sur la manière dont les bénéfices d’une éventuelle exploitation pourraient revenir à la Guadeloupe.

Alain Plaisir, membre d’un mouvement autonomiste, ne se dit pas opposé au développement de la géothermie. Il demande cependant que l’activité génère des retombées économiques locales plus importantes.

Il souhaite notamment la mise en place d’une redevance pouvant atteindre 15 % des bénéfices de la multinationale, en estimant qu’un tel mécanisme existe dans des pays autonomes. À moyen terme, il demande aussi que le code minier soit transféré à la Région Guadeloupe.

Ces demandes s’inscrivent dans un contexte de contestation déjà visible. Le 20 novembre 2025, des critiques avaient dénoncé un risque de « pillage de la Guadeloupe » après la demande de permis exclusif de recherche géothermique formulée par Albioma. Un vent de contestation avait également été rapporté le 29 novembre 2025.

Le débat pourrait donc accompagner chaque étape du dossier. La valeur d’une ressource ne dépend pas seulement de sa chaleur ou de son volume. Elle dépend aussi des règles de gouvernance, du partage économique et de l’acceptation du projet sur le territoire.

Ce qu’il ne faut pas confondre avant de parler de future centrale

Le feu vert actuel n’autorise pas l’exploitation de la géothermie. Il ne donne pas non plus l’autorisation de forer. Albioma se trouve uniquement au stade de l’exploration de surface, destinée à mieux comprendre le potentiel du Sud Soufrière.

Il serait aussi prématuré d’annoncer une production électrique future. La présence de saumure, sa chaleur, sa pression et son volume ne sont pas connus. Le coût élevé d’un forage commercial montre qu’aucune décision ne peut reposer sur de simples indices.

Enfin, l’implantation éventuelle d’une centrale ne concernerait pas le Parc national de la Guadeloupe, puisque le périmètre de 62 kilomètres carrés défini par l’arrêté se situe en dehors de celui-ci. Les contraintes de surface resteront néanmoins intégrées à la recherche du site le plus adapté.

La première réponse viendra donc des relevés réalisés entre Gourbeyre, Trois-Rivières, Vieux-Fort et Capesterre. Si les indices se confirment, le sous-sol du Sud Soufrière pourrait devenir un levier majeur de l’autonomie énergétique guadeloupéenne, à condition que l’exploration apporte des preuves solides.

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— Alexis