À Capesterre-Belle-Eau comme à Sainte-Anne, l’eau potable ne manque pas seulement quelques heures. Dans certains quartiers, l’attente se compte désormais en semaines, avec des familles obligées de revoir chaque geste du quotidien. Face à cette situation, les habitants ne veulent plus entendre de nouvelles promesses.
Deux maires ont saisi le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe, le SMGEAG. Mais sur le terrain, la colère grandit et une même exigence s’impose : un rétablissement durable du service.
Des coupures qui bouleversent la vie de quartiers entiers
Une coupure d’eau prolongée ne se limite pas à un robinet qui ne coule plus. Elle rend difficiles la toilette, la cuisine, le ménage, l’utilisation des sanitaires et l’accueil des proches. Pour les personnes malades, âgées ou accompagnées par des soignants, elle peut aussi accroître la dépendance.
À Capesterre-Belle-Eau, le quartier des Sources est privé d’eau potable depuis six semaines consécutives. Des secteurs du centre-ville connaissent également des difficultés d’alimentation. Cette durée transforme une panne en crise quotidienne, obligeant les habitants à chercher eux-mêmes des solutions de remplacement.
À Sainte-Anne, la municipalité indique que plusieurs quartiers subissent eux aussi des problèmes persistants. Certains foyers seraient privés d’eau depuis plusieurs semaines. À Douville, cette situation alimente une fatigue profonde chez des habitants qui disent endurer ce problème depuis des années.
Les deux communes ont réagi le 13 août, chacune à sa manière. À Capesterre-Belle-Eau, le maire Jean-Philippe Courtois a écrit au SMGEAG. À Sainte-Anne, le maire Francs Baptiste a publié un communiqué et interpellé directement le syndicat. Reste à savoir ce que ces démarches changeront concrètement pour les foyers concernés.
Au quartier des Sources, l’eau devient une ressource à trouver chaque jour
À Capesterre-Belle-Eau, Jean David vit les conséquences de la coupure au quotidien. Déjà confronté à la maladie, il explique dépendre de sa famille et de son infirmière pour disposer d’eau afin de se laver. Sans leur aide, il estime qu’il n’aurait pas eu l’eau nécessaire pour son hygiène.
Son témoignage montre la fragilité créée par une interruption aussi longue. Quand l’eau potable disparaît du réseau, les habitants ne disposent pas tous d’un véhicule, d’une réserve, d’une famille disponible ou de la capacité physique nécessaire pour s’approvisionner ailleurs.
Dans la Cité des Sources, Steeve Jalet a mis en place une autre organisation. Chaque matin, il remplit des gourdes à une source naturelle située près d’une rivière. Cette eau lui sert ensuite pour le nettoyage de son logement et la vaisselle, réalisée selon les besoins, tous les jours ou un jour sur deux.
Cette adaptation permet de maintenir une partie des tâches domestiques. Elle ne remplace toutefois pas une alimentation régulière en eau potable au robinet. Les habitants du secteur ne demandent donc pas une solution ponctuelle, mais un réseau à nouveau fonctionnel dans la durée.
Jean David ne croit plus qu’un courrier municipal puisse suffire à résoudre le problème. Son sentiment est partagé ailleurs : les relances administratives sont jugées insuffisantes tant qu’elles ne se traduisent pas par le retour effectif de l’eau. C’est précisément ce décalage entre annonces et réalité qui nourrit l’exaspération.
Les maires de Capesterre-Belle-Eau et Sainte-Anne haussent le ton
Dans son courrier adressé au SMGEAG le 13 août, Jean-Philippe Courtois alerte solennellement sur la situation de Capesterre-Belle-Eau. Le maire rappelle que les services communaux ont déjà multiplié les échanges et les relances auprès du syndicat et de ses équipes techniques.
Selon l’élu, ces démarches n’ont apporté aucune amélioration visible. Il estime également qu’aucune solution pérenne n’a été déployée. Le mot est important : pour les usagers, une remise en eau temporaire ne répond pas au problème lorsque les coupures reviennent sans cesse.
À Sainte-Anne, la municipalité a publié le même jour un communiqué faisant état de difficultés persistantes d’alimentation en eau potable. Francs Baptiste demande au SMGEAG de mobiliser tous les moyens nécessaires afin de rétablir rapidement l’eau dans les quartiers touchés.
Les deux interventions se ressemblent par leur constat. Elles décrivent un service public qui ne répond plus de manière stable aux besoins élémentaires de la population. Elles témoignent aussi d’une pression politique accrue sur le SMGEAG, chargé de la gestion de l’eau et de l’assainissement en Guadeloupe.
Mais l’attente des habitants dépasse désormais la rédaction de nouveaux courriers. Ils veulent connaître les travaux, les réparations ou les mesures opérationnelles capables de mettre fin à des coupures récurrentes. À Douville, cette impatience est particulièrement visible.
À Douville, l’inquiétude monte avant l’arrivée des familles
À Sainte-Anne, Marie-Line Guyon ne cache plus son agacement. Ses enfants et petits-enfants doivent bientôt venir en vacances, parmi eux de jeunes enfants. Sans eau, elle s’interroge sur la façon d’assurer les bains, les toilettes et les besoins d’une maison plus remplie.
Son inquiétude rejoint celle de nombreux foyers. L’eau est indispensable aux gestes les plus simples, mais elle devient encore plus cruciale lorsque des enfants en bas âge sont présents. Une coupure prolongée oblige alors à anticiper les réserves, les déplacements et chaque usage domestique.
Pour cette habitante de Douville, la nouvelle mobilisation des élus ressemble surtout à une opération de communication. Elle souligne que la crise de l’eau ne date pas de quelques jours et qu’elle dure, selon elle, depuis plusieurs années.
Une réunion de membres de la communauté de quartier de Douville devait initialement porter sur la vie locale. La question de l’eau a pourtant pris toute la place dans les échanges. Ce basculement illustre l’ampleur du problème : lorsqu’un besoin aussi fondamental n’est plus assuré, les autres préoccupations passent au second plan.
Claire Bart, également habitante de Douville, évoque le château d’eau de Deshauteurs. Elle se demande pourquoi cette installation ne permet pas d’alimenter le quartier. Cette interrogation résume le sentiment d’incompréhension qui s’ajoute désormais à la colère.
Le rétablissement ne peut pas se limiter à une réponse d’urgence
Pour les habitants concernés, la priorité est claire : retrouver une eau disponible au robinet. Mais une réponse durable suppose aussi de comprendre l’origine des interruptions, d’informer les usagers et de leur donner une visibilité sur les délais de rétablissement.
En période de coupure, les habitants doivent distinguer les usages. L’eau recueillie dans une source naturelle ou dans une rivière peut servir à certaines tâches ménagères, comme le nettoyage du sol. Elle ne doit pas être assimilée sans précaution à de l’eau potable destinée à boire, cuisiner ou préparer les biberons.
Les foyers les plus exposés sont ceux qui comptent des personnes malades, des nourrissons, des personnes âgées ou dépendantes. Dans ces situations, les informations de la commune et du SMGEAG doivent être accessibles et compréhensibles, notamment sur les quartiers concernés et les éventuelles modalités d’approvisionnement.
La crise intervient aussi alors que le SMGEAG est engagé dans une réorganisation. Le principe du transfert de 80 à 100 agents vers les collectivités locales a été adopté à l’unanimité lors du Congrès de l’eau du 24 juin. Les organisations syndicales contestent cependant cette méthode, qu’elles jugent brutale.
Le syndicat est appelé à réduire sa masse salariale afin de retrouver un équilibre financier. Parallèlement, Jean-Mallory Rousseau a été retenu pour diriger la future Régie Archipel’Eau, sous réserve de validation par le conseil d’administration. Ces évolutions institutionnelles seront observées à l’aune d’un critère simple : l’amélioration réelle du service pour les usagers.
Ce que les habitants attendent désormais du SMGEAG
À Capesterre-Belle-Eau et Sainte-Anne, les habitants ne contestent pas seulement une coupure précise. Ils dénoncent la répétition de situations qui les obligent à vivre avec des gourdes, des réserves et des solutions improvisées pendant plusieurs semaines.
Le point de rupture est atteint lorsque les explications ne s’accompagnent d’aucun changement visible. À Douville, l’existence du château d’eau de Deshauteurs renforce le sentiment que les infrastructures disponibles ne répondent pas aux besoins du quartier.
Le débat ne porte donc plus sur le nombre de relances envoyées par les maires. Il porte sur les interventions techniques capables de rétablir durablement l’alimentation en eau potable, ainsi que sur une information claire adressée aux habitants pendant les coupures.
Pour Jean David, Steeve Jalet, Marie-Line Guyon, Claire Bart et les autres habitants concernés, l’enjeu reste immédiat. Ils attendent moins de déclarations et davantage d’actes mesurables : de l’eau au robinet, chaque jour, dans leurs quartiers.
— Alexis




