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Curcuma et récupération sportive : le CHU de La Réunion lance une étude inédite après le Grand Raid

Après 175 kilomètres de sentiers, de dénivelé et de fatigue, les genoux des coureurs de la Diagonale des Fous sont souvent mis à rude épreuve. Une équipe du CHU de La Réunion veut savoir si une préparation naturelle, déjà populaire chez certains traileurs, peut réellement améliorer ce retour à l’effort.

L’enjeu dépasse le simple confort après la course. Il s’agit de mesurer, avec un protocole clinique, si cette solution peut agir sur les douleurs et la récupération sans se limiter aux habitudes ou aux impressions personnelles.

Pourquoi la récupération des ultra-traileurs mérite une étude rigoureuse

La Diagonale des Fous est l’épreuve reine du Grand Raid de La Réunion. Sur 175 kilomètres, les participants soumettent leurs muscles, leurs articulations et leur système neuromusculaire à une contrainte exceptionnelle.

Après un tel effort, les douleurs articulaires, notamment aux genoux, peuvent perturber la marche, le sommeil et la reprise d’activité. Les coureurs cherchent donc fréquemment des moyens de limiter l’inflammation et de récupérer plus confortablement.

Beaucoup se tournent vers les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les AINS. Pourtant, le CHU de La Réunion rappelle que ces médicaments peuvent entraîner des effets indésirables, parfois potentiellement graves. Leur utilisation ne doit donc pas devenir un réflexe sans avis médical.

Dans ce contexte, certaines associations végétales circulent déjà dans l’univers du trail et de la médecine naturelle. Elles sont utilisées de manière informelle par des sportifs, mais leur efficacité n’a pas été évaluée rigoureusement chez les coureurs d’ultra-trail.

Le CHU de La Réunion souhaite précisément passer des croyances aux données mesurées. C’est le rôle de l’étude clinique ECUM-RUN, qui se concentrera sur une formulation très précise.

Le mélange étudié associe curcumine, gingembre et pipérine

Le principe actif au cœur de l’étude est la curcumine, extraite du curcuma. À La Réunion, cette épice est aussi connue sous le nom de « safran péi ». Issue d’un rhizome, elle fait partie du patrimoine culinaire et traditionnel de l’île.

Le curcuma se consomme notamment en tisane, en décoction ou dans un carry. Les anciens lui attribuent depuis longtemps des effets sur les douleurs et l’inflammation. ECUM-RUN ne teste toutefois pas le curcuma seul.

Le protocole porte sur la formule dite 9-5-1. Elle réunit neuf proportions de curcuma, cinq proportions de gingembre et une proportion de poivre noir. Ce dernier apporte la pipérine, son principal composé actif étudié dans cette association.

Le Dr Nicolas Bouscaren, médecin du sport au CHU de La Réunion et porteur de l’étude, veut déterminer si une prise orale quotidienne de curcumine associée au gingembre et à la pipérine peut réduire les douleurs articulaires. Une attention particulière sera accordée aux douleurs situées au niveau des genoux.

La prise commencera un mois avant la course. Les résultats seront comparés à ceux d’un placebo. Cette méthode est essentielle pour distinguer un effet potentiel de la formulation des variations habituelles de récupération entre athlètes.

Cette combinaison est déjà prisée par les adeptes de solutions naturelles. Mais la question reste entière : peut-elle produire un bénéfice mesurable après un ultra-trail aussi exigeant ?

Comment se déroulera l’étude ECUM-RUN avant et après la Diagonale des Fous

L’étude ECUM-RUN recrutera 100 participants parmi les coureurs inscrits à la Diagonale des Fous 2026. Les volontaires seront répartis au hasard en deux groupes, selon un principe de comparaison utilisé dans la recherche clinique.

  • Un groupe prendra chaque jour des gélules contenant l’association curcumine, gingembre et pipérine.
  • Un autre groupe recevra quotidiennement des gélules contenant un placebo.
  • La supplémentation sera suivie pendant le mois précédant la course.

Les coureurs ne seront pas seulement invités à prendre les gélules. Ils devront participer à quatre temps d’évaluation, afin que les équipes médicales puissent comparer leur état avant et après l’ultra-trail.

  1. Effectuez une première visite un mois avant l’épreuve. Elle servira de point de départ pour les mesures de référence.
  2. Rendez-vous à la veille de la course. Les données recueillies permettront d’observer l’état du coureur juste avant le départ.
  3. Participez aux examens à l’arrivée. Ils documenteront les conséquences immédiates de l’effort sur les jambes.
  4. Revenez 48 heures après l’arrivée. Cette dernière visite permettra d’évaluer la récupération précoce.

À chaque rendez-vous, les soignants mesureront la mobilité, les douleurs et les fonctions neuromusculaires des jambes. Des tests de force seront réalisés, accompagnés d’une prise de sang.

L’intérêt de ce suivi est de confronter les données d’avant-course et d’après-course pour chaque sportif. La récupération ne sera donc pas appréciée seulement à partir d’un ressenti. Elle sera examinée à l’aide de plusieurs indicateurs physiques et biologiques.

Reste néanmoins une condition déterminante : tous les coureurs intéressés ne pourront pas forcément participer.

Qui peut candidater au pré-recrutement du CHU de La Réunion

Le CHU de La Réunion a mis en ligne un formulaire de pré-recrutement pour l’étude ECUM-RUN. Celle-ci est ouverte aux personnes inscrites à la Diagonale des Fous 2026, sous réserve de respecter plusieurs critères.

  • Avoir au moins 18 ans.
  • Être affilié à un régime de sécurité sociale.
  • Accepter de participer à toutes les visites et à tous les examens prévus.
  • Être retenu parmi les 100 participants finalement sélectionnés.

Certains traitements, certaines pathologies et des antécédents médicaux peuvent rendre la participation incompatible avec le protocole. C’est notamment le cas pour les personnes prenant des AINS ou des anticoagulants.

Les maladies du foie ainsi que les maladies inflammatoires chroniques figurent également parmi les situations pouvant empêcher l’inclusion. Ces critères sont nécessaires pour protéger les volontaires et interpréter les résultats dans de bonnes conditions.

Le pré-recrutement ne remplace donc pas l’évaluation médicale prévue par l’équipe de recherche. Il constitue une première étape pour les traileurs qui souhaitent contribuer à cette étude inédite à La Réunion.

Au-delà de l’organisation pratique, l’essai s’inscrit dans une histoire bien plus vaste : celle des usages médicinaux attribués au curcuma dans plusieurs régions du monde.

Du « safran péi » aux médecines traditionnelles, ce que l’on sait déjà

Le curcuma est utilisé de longue date en Asie, en Afrique, au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Il est traditionnellement associé à des usages thérapeutiques, souvent présentés comme dépourvus d’effets secondaires.

En Inde, la médecine ayurvédique le recommande notamment pour les pathologies des voies respiratoires, les rhumatismes et les infections. La médecine chinoise y recourt pour les douleurs abdominales. Dans différents pays d’Orient, il est aussi apprécié pour son action anti-inflammatoire.

Ces traditions ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer un effet dans une situation précise comme l’ultra-trail. C’est pourquoi les études sur la santé humaine se sont multipliées au cours des dernières années.

Dans une publication de 2017, l’Institut européen de physio-nutrition indiquait que de nombreux effets thérapeutiques avaient été observés dans des travaux scientifiques. Parmi eux figuraient des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires, anticarcinogènes, antimicrobiennes, thrombolytiques, cardiovasculaires, hypoglycémiantes et anti-arthritiques.

L’institut évoquait aussi une protection cardiovasculaire, notamment vis-à-vis de l’infarctus du myocarde. Ces observations ne permettent pas pour autant de conclure que la formule 9-5-1 réduit les douleurs chez un finisher de la Diagonale des Fous. ECUM-RUN vise justement à vérifier ce point précis.

Les erreurs à éviter avant de miser sur une gélule

La première erreur serait de considérer cette association comme un traitement déjà validé pour tous les sportifs. À ce stade, le CHU de La Réunion cherche à mesurer son efficacité éventuelle chez des coureurs d’endurance, face à un placebo.

La seconde serait de remplacer ou d’arrêter un traitement prescrit sans avis médical. Les anticoagulants, les AINS, les maladies hépatiques et les maladies inflammatoires chroniques montrent que le contexte médical individuel compte.

Enfin, il ne faut pas confondre un usage culinaire du curcuma dans un carry et une formulation standardisée en gélules associant curcumine, gingembre et pipérine. La dose, la régularité de la prise et l’évaluation médicale changent complètement la nature de la démarche.

Pour les volontaires de la Diagonale des Fous 2026, l’essentiel est donc de suivre le protocole avec sérieux. Les données recueillies permettront peut-être de mieux encadrer une pratique déjà présente chez certains traileurs.

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— Alexis