Après les cuisines de palaces, les services sous pression et une consécration à Dubaï, le retour de Stéphane Nema en Martinique ne ressemble pas à une simple parenthèse. Le chef lamentinois revient avec une ambition précise, nourrie par plus de quinze ans de parcours international.
À 37 ans, il veut désormais faire de son île le terrain d’une nouvelle aventure gastronomique. Et son projet pourrait modifier la façon dont certains regards se posent sur la cuisine martiniquaise.
Un retour qui compte pour la gastronomie martiniquaise
Le parcours de Stéphane Nema illustre une trajectoire rare. Formé dans plusieurs restaurants étoilés, ce chef originaire du Lamentin a construit son expérience loin de la Martinique, au contact d’établissements prestigieux et de figures reconnues de la haute cuisine.
Son retour est définitif. Il est revenu en Martinique avec sa femme et son enfant, après avoir obtenu une étoile au Guide Michelin en 2025 dans un restaurant de Dubaï. L’information a été publiée le 4 août 2026 par le journaliste Alain Livori.
Une étoile Michelin ne récompense pas seulement une assiette séduisante. Elle distingue généralement la qualité des produits, la maîtrise des cuissons, l’harmonie des saveurs, la personnalité du chef et la régularité de la table. Pour un cuisinier, cette reconnaissance représente donc une étape exigeante.
Mais Stéphane Nema ne revient pas uniquement avec un titre. Il revient avec une méthode de travail, des références professionnelles et l’envie de transmettre ce qu’il a appris. C’est précisément ce passage de l’expérience individuelle à un projet local qui rend son installation particulièrement attendue.
La Martinique dispose déjà de produits identitaires forts, entre poissons, crustacés, fruits tropicaux, épices, canne à sucre et rhums agricoles. Reste à savoir comment le chef entend les mettre en scène dans sa future maison.
Ce que Stéphane Nema veut changer en revenant sur son île
Stéphane Nema veut créer sa propre structure en Martinique, avec une carte qui porterait pleinement sa signature. Son objectif est d’ouvrir d’ici la fin de l’année, après un parcours de plus de quinze ans dans des établissements de haut niveau.
Le chef ne part donc pas d’une idée abstraite. Il a connu les exigences des brigades structurées, des cartes gastronomiques et des cuisines où chaque geste est contrôlé. Son futur établissement doit lui permettre de réunir ces acquis autour de sa propre vision.
Cette vision s’appuie aussi sur la transmission. Le chef souhaite partager l’expérience accumulée dans les restaurants étoilés, auprès de professionnels comme d’une nouvelle génération de cuisiniers martiniquais. Dans une brigade, la transmission passe par la rigueur, l’organisation, le dressage et le respect du produit.
Son ambition est clairement affichée : conquérir une nouvelle étoile au Guide Michelin. Celle obtenue à Dubaï en 2025 ne constitue donc pas un aboutissement, mais un repère. Le défi sera de créer une identité cohérente, ancrée en Martinique sans renoncer à l’exigence internationale.
La question centrale ne sera pas seulement celle du prestige. Une table durable doit aussi proposer une expérience lisible, une cuisine régulière et une carte qui donne envie de revenir. C’est là que le parcours du chef peut prendre tout son sens.
Des cuisines étoilées de Monaco à Dubaï
Avant ce retour, Stéphane Nema a suivi un itinéraire particulièrement international. Il a été formé dans plusieurs restaurants étoilés et a travaillé à Monaco aux côtés de Marcel Ravin, chef martiniquais qu’il présente comme son modèle.
Marcel Ravin est une référence importante dans son parcours. Le lien entre les deux chefs dépasse le seul fait d’être originaires de Martinique : il offre à Stéphane Nema un exemple de réussite dans la gastronomie de haut niveau, tout en conservant une identité caribéenne.
Le chef lamentinois a également travaillé au Plaza Athénée, palace parisien, sous les ordres d’Alain Ducasse. Passer par une telle maison implique de s’inscrire dans une cuisine de précision, où les sauces, les produits, les cuissons et le service doivent atteindre un niveau constant.
Il a aussi exercé avec Hélène Darroze, cheffe multi-étoilée. Ces expériences complètent une formation faite de styles différents : une haute cuisine de palace, une attention portée au produit et une forte culture de la discipline collective.
Son parcours ne s’arrête pas à l’Europe. Stéphane Nema a participé à un show culinaire en Russie et a travaillé au Qatar, avant de décrocher son étoile dans un restaurant de Dubaï. Cette mobilité lui a permis de connaître des publics, des approvisionnements et des attentes variés.
Chaque destination apporte ses contraintes. Mais pour réussir son propre projet, il faudra désormais transformer cette richesse internationale en une proposition profondément martiniquaise.
Comment une future carte peut relier technique et identité locale
Le chef prévoit de monter sa structure avec sa propre carte d’ici la fin de l’année. Aucun menu, aucune adresse et aucun concept précis n’ont encore été annoncés. Il serait donc prématuré d’imaginer les plats qui y figureront.
En revanche, son parcours donne des repères sur les exigences qu’une telle carte peut porter. Une cuisine gastronomique personnelle repose souvent sur une sélection stricte des produits, des cuissons justes, des assaisonnements équilibrés et une présentation pensée sans masquer les saveurs.
En Martinique, cette recherche peut s’appuyer sur un patrimoine culinaire particulièrement vaste. Les vivaneaux, les lambis, les langoustes, le poulet boucané, le piment végétarien, le giraumon, la christophine, l’igname, la patate douce et le fruit à pain offrent des pistes nombreuses.
La cuisine créole peut aussi dialoguer avec des techniques de restaurant gastronomique. Un fumet peut être réduit pour renforcer un poisson. Une sauce peut être montée avec précision. Un bouillon peut concentrer des arômes de colombo, de bois d’Inde ou de citron vert.
Le défi consiste à éviter deux écueils. Le premier serait de lisser les goûts locaux au nom de la sophistication. Le second serait de réduire la Martinique à quelques recettes attendues. Une carte forte doit plutôt faire reconnaître un territoire dans chaque détail.
Cette recherche d’équilibre ne dépend toutefois pas que du contenu des assiettes. Les habitudes de travail et la constitution de la brigade seront tout aussi décisives.
Transmission, brigade et exigence : les enjeux derrière le projet
La volonté de transmission exprimée par Stéphane Nema est essentielle. Dans la restauration gastronomique, le chef ne travaille jamais seul. Une table repose sur les cuisiniers, les pâtissiers, les plongeurs, les serveurs et les responsables de salle.
La brigade doit connaître les recettes, les grammages, les températures et l’ordre d’envoi. Elle doit aussi maintenir la même attention lors d’un service calme ou d’un coup de feu. C’est cette régularité qui transforme une belle idée en véritable restaurant.
Pour de jeunes professionnels martiniquais, travailler auprès d’un chef passé par Monaco, le Plaza Athénée, le Qatar et Dubaï peut constituer une occasion concrète d’apprendre. La technique compte, mais l’attitude compte tout autant : ponctualité, propreté, écoute et capacité à recommencer.
Le projet peut également valoriser les producteurs. Une cuisine de territoire gagne en force lorsqu’elle connaît l’origine de ses légumes, de ses poissons, de ses épices ou de ses rhums. La relation avec les pêcheurs, les maraîchers et les artisans devient alors une partie de l’identité du restaurant.
Cette ambition réclame pourtant de la patience. Une étoile ne se programme pas comme une opération de communication, et certaines erreurs peuvent fragiliser une ouverture.
Les erreurs à éviter avant de viser une nouvelle étoile
La première erreur serait de confondre cuisine gastronomique et accumulation de techniques. Une assiette ne devient pas plus forte parce qu’elle comporte davantage d’éléments. Le produit principal doit rester identifiable, avec une cuisson maîtrisée et un assaisonnement précis.
La seconde serait de négliger la constance. Une excellente dégustation lors d’une soirée ne suffit pas. Le niveau doit être stable sur la durée, du premier couvert au dernier, en cuisine comme en salle.
Enfin, le retour en Martinique ne doit pas être traité comme une simple reproduction des expériences vécues à l’étranger. La force du projet résidera dans sa signature personnelle, entre le savoir-faire acquis auprès de Marcel Ravin, Alain Ducasse et Hélène Darroze, et le goût du territoire martiniquais.
Stéphane Nema dispose désormais d’un parcours solide et d’une reconnaissance Michelin obtenue à Dubaï. Sa prochaine étape sera de donner une adresse, une équipe et une carte à cette ambition.
Si l’ouverture annoncée d’ici la fin de l’année se concrétise, la Martinique pourrait gagner une nouvelle table portée par une expérience internationale, mais pensée depuis l’île elle-même.
— Alexis




