Le sud

Taxis collectifs en Martinique : pourquoi ils veulent reprendre leurs dessertes dans le Sud et ce que ça change pour vous

Dans le Sud de la Martinique, l’absence de transports publics remet une solution longtemps familière au centre des discussions. Des véhicules repartent sur les routes, des passagers cherchent une alternative et les chauffeurs y voient la possibilité de retrouver une activité régulière.

Ce retour reste provisoire. Pourtant, les taxis collectifs demandent désormais plus qu’un dépannage ponctuel : ils souhaitent retrouver une place officielle et durable dans l’organisation des déplacements.

Pourquoi le retour des taxis collectifs devient un enjeu dans le Sud

Lorsqu’un réseau de bus ne circule plus, se déplacer devient immédiatement plus difficile pour les habitants. Aller travailler, rejoindre un rendez-vous, faire des courses ou se rendre à Fort-de-France peut alors dépendre d’une voiture personnelle ou d’une solution de remplacement.

Dans ce contexte, les taxis collectifs reviennent au premier plan. Ils assurent actuellement des trajets pour les personnes privées de transport en direction du Sud. Leur présence répond à un besoin concret, alors que les voyageurs cherchent une offre disponible sur la route.

Ce rôle n’est pas nouveau. Avant l’application d’un système de transport unique, les taxicos effectuaient déjà des dessertes communales et transportaient des passagers sur plusieurs axes de la Martinique. Leur activité faisait partie du quotidien de nombreux usagers.

Le débat dépasse donc la seule période de perturbation actuelle. Il pose une question de fond : faut-il dépendre d’un seul modèle de transport collectif, ou organiser plusieurs solutions complémentaires capables de prendre le relais en cas de crise ?

Cette interrogation est d’autant plus forte à l’approche de la rentrée scolaire. Le mardi 28 juillet, une réunion de crise a été organisée à la CACEM pour éviter une nouvelle paralysie du réseau. Les partenaires concernés doivent trouver des solutions avant la fin du mois d’août.

Mais pour comprendre la demande des chauffeurs, il faut revenir au changement qui a fragilisé leur activité.

Le point de blocage : le tarif du BHNS et la concurrence avec les taxicos

La revendication des taxis collectifs porte d’abord sur leur capacité à vivre de leur métier. Selon leur représentant Richard Marie-Reine, l’arrivée d’un transport moins cher a détourné une grande partie de la clientèle qui utilisait auparavant les taxis collectifs.

Le tarif cité est celui du bus à haut niveau de service, ou BHNS : 2,10 euros. À ce prix, de nombreux usagers se sont naturellement tournés vers cette offre. Pour les chauffeurs de taxicos, la concurrence tarifaire a réduit l’intérêt économique de poursuivre leurs dessertes.

Richard Marie-Reine estime que cette situation a contribué au départ de nombreux taxis collectifs des routes martiniquaises. Son constat est simple : lorsqu’un service concurrent est moins cher, les passagers le privilégient. Les conducteurs restants ne disposent alors plus d’assez de voyageurs pour maintenir une activité rentable.

La solution demandée n’est pas un retour improvisé. Les professionnels souhaitent que les autorités définissent une formule tarifaire leur permettant de reprendre le transport de passagers dans les communes. L’objectif serait de proposer un cadre qui rende leur service accessible aux voyageurs sans condamner les chauffeurs à travailler à perte.

Selon Richard Marie-Reine, environ 200 chauffeurs seraient encore en mesure d’assurer des trajets sur l’ensemble de la Martinique. Dans le Sud, un peu plus d’une dizaine de chauffeurs détiendraient toujours des droits commerciaux.

Ce potentiel explique pourquoi les taxicos ne se présentent pas uniquement comme une aide de circonstance. Reste à savoir comment leur retour pourrait fonctionner, concrètement, pour les passagers.

Ce que le retour officiel des taxicos pourrait changer pour les voyageurs

Un retour encadré des taxis collectifs pourrait d’abord offrir une solution de mobilité supplémentaire. Pour les usagers du Sud, cela signifierait davantage de possibilités pour rejoindre les communes desservies lorsque le réseau public est interrompu ou insuffisant.

Le principe d’un taxi collectif est de transporter plusieurs passagers dans un même véhicule, sur une desserte partagée. Il ne s’agit donc pas d’un taxi individuel réservé à une seule course. Cette organisation peut répondre aux besoins de personnes qui ne disposent pas d’un véhicule personnel.

Pour que ce service soit durable, plusieurs éléments devraient être clarifiés par les autorités :

  • Un tarif défini, afin que les voyageurs connaissent le prix à payer et que les chauffeurs puissent travailler dans des conditions viables.
  • Des dessertes identifiées, notamment entre les communes du Sud et les pôles fréquentés par les habitants.
  • Un cadre officiel, pour éviter que l’activité ne dépende uniquement des périodes de crise du réseau public.
  • Une coordination avec les autres transports, dont le BHNS et les bus, afin de limiter les ruptures de trajet.

Pour les chauffeurs, l’enjeu est tout aussi direct. Roberto Rose Antoinette, conducteur de taxi collectif à Ducos, estime que la population souffre du manque de transport. Il rappelle aussi que les taxicos manquent eux-mêmes de passagers pour exercer leur métier.

Son point de vue insiste sur l’encadrement. Face aux difficultés répétées avec les autorités et aux arrêts de service, il juge préférable d’organiser une reprise structurée, sur le modèle de ce qui existait auparavant.

Ce retour ne réglerait pas à lui seul les difficultés financières du transport public. La situation actuelle montre toutefois qu’un réseau a besoin de solutions de secours fiables.

Comment les habitants pourraient utiliser ce service au quotidien

Si les taxis collectifs retrouvaient officiellement leurs dessertes, les passagers auraient intérêt à vérifier trois informations avant de partir : le point de départ, la destination effectivement desservie et le tarif appliqué. Ce sont les bases d’un trajet prévisible, surtout lorsque le réseau régulier est perturbé.

  1. Repérez la desserte utile. Identifiez la commune de départ et celle que vous devez rejoindre. Les taxicos sont associés à des trajets partagés et à des axes précis.
  2. Renseignez-vous sur le prix. La question tarifaire est centrale dans la demande des chauffeurs. Un cadre officiel devrait rendre le coût du trajet clair pour tous.
  3. Prévoyez une marge de temps. Un véhicule collectif ne fonctionne pas comme une voiture individuelle réservée à l’avance. Le départ peut dépendre de la présence des passagers.
  4. Anticipez les correspondances. Si votre parcours implique Fort-de-France, un bus, un BHNS ou un autre mode de déplacement, prévoyez le temps nécessaire entre les étapes.
  5. Suivez l’état du réseau public. En période d’interruption, les taxicos peuvent devenir une alternative. Lorsque les bus reprennent, les conditions de déplacement peuvent évoluer.

Cette logique peut être particulièrement utile aux salariés, aux étudiants, aux personnes âgées et à tous ceux qui doivent se déplacer sans voiture. Un service connu, régulier et lisible réduit l’incertitude au moment de quitter son domicile.

La question est aussi territoriale. Richard Marie-Reine considère que les taxis collectifs pourraient contribuer à redynamiser le centre-ville de Fort-de-France, qui était davantage fréquenté à l’époque où ces dessertes y conduisaient plus largement les voyageurs.

Cette idée renvoie à un effet concret de la mobilité : quand l’accès est simple, les habitants peuvent plus facilement rejoindre les commerces, les services et les activités d’un centre-ville.

Une complémentarité possible avec le BHNS et les bus

Le débat ne doit pas forcément opposer les taxis collectifs au BHNS. Le BHNS répond à une logique de transport structurant, avec un prix de 2,10 euros mentionné par les chauffeurs. Les taxicos pourraient, eux, intervenir sur des dessertes locales ou comme solution de continuité lors des interruptions.

Mode de transportÉlément mis en avant dans la situation actuelleRôle possible pour les voyageurs
BHNSTarif de 2,10 eurosTransport collectif à prix attractif lorsqu’il fonctionne
Bus du réseau publicService actuellement absent dans le SudDesserte habituelle lorsque le réseau est opérationnel
Taxis collectifsRetour provisoire pour transporter des passagersAlternative pendant les interruptions et éventuelle desserte complémentaire

Une organisation durable demanderait donc de penser aux horaires, aux itinéraires et au niveau de prix. Sans cette cohérence, les voyageurs risquent de subir des offres concurrentes plutôt que de bénéficier d’un véritable réseau complémentaire.

Les difficultés financières du système doivent également être prises en compte. La réunion de crise à la CACEM intervient alors que les partenaires font face à plus de 50 millions d’euros d’impayés et à des finances décrites comme très dégradées.

Ce contexte rend la recherche d’une solution durable encore plus urgente. Mais il faut aussi éviter les fausses bonnes idées.

Ce qu’il faut éviter pour ne pas recréer les mêmes difficultés

Le premier risque serait de considérer les taxis collectifs comme une réponse temporaire sans décider de leur statut à long terme. Les chauffeurs demandent précisément une reprise officielle, et non une activité tolérée uniquement lorsque les bus s’arrêtent.

Le deuxième point concerne le prix. Un tarif trop élevé éloignerait les passagers. Un tarif trop faible pourrait empêcher les conducteurs de couvrir leur activité. La formule demandée devra tenir compte de ces deux réalités.

Enfin, l’absence de coordination peut compliquer les déplacements. Des usagers ont besoin de savoir où prendre un véhicule, où il les dépose et comment poursuivre leur trajet. La fiabilité d’un transport collectif repose autant sur cette lisibilité que sur la présence de véhicules.

Pour les habitants du Sud, le signal est déjà clair : les taxis collectifs montrent qu’une alternative existe lorsque le réseau public s’interrompt. La suite dépendra d’un cadre tarifaire et d’une décision des autorités, avant que la prochaine crise ne rende à nouveau ces choix indispensables.

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— Alexis