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Chasse : pourquoi la saison risque d’être écourtée cette année, et les chasseurs s’inquiètent déjà

Dans la forêt sèche de Grande-Terre, les chasseurs guadeloupéens attendent les premières volées avec patience. Mais cette année, l’attente ne concerne pas seulement les tourterelles et les pigeons ramiers. Elle se joue aussi devant le tribunal administratif, avec la possibilité d’une interruption bien plus rapide que prévu.

Pour beaucoup, ces sorties matinales sont un rendez-vous de nature, de partage et de tradition. Or une décision attendue dans les prochains jours pourrait bouleverser le calendrier de la saison.

Une ouverture de chasse vécue comme un moment de retrouvailles

Le samedi 25 juillet 2026, plusieurs chasseurs étaient installés entre Morne-à-l’Eau et Petit-Canal, à la lisière d’une forêt sèche. Ce milieu figure parmi les habitats recherchés par les tourterelles et les pigeons ramiers.

Depuis le lever du jour, Christophe, Jean-Yves, Guy et leurs compagnons guettaient le passage des colombidés. La météo a toutefois rendu l’observation plus incertaine. Selon Guy, la pluie peut inciter les oiseaux à rester perchés dans les branches.

Les chasseurs espèrent alors que le soleil réchauffe l’atmosphère. Les oiseaux peuvent ensuite devenir plus actifs et leurs déplacements sont plus faciles à repérer. En attendant, le groupe observe le bois sans précipitation.

Cette patience résume une part importante de leur pratique. Guy n’avait encore tiré aucun coup de feu ce matin-là. Pour lui comme pour ses amis, être dehors et regarder la faune compte autant que le résultat de la journée.

Lorsque les premières volées ont fini par apparaître, elles étaient trop éloignées. Ce détail est déterminant, car la distance conditionne à la fois la réussite du tir et le respect de l’animal. Mais cette prudence ne suffira peut-être pas à préserver la saison entière.

Pourquoi les chasseurs limitent leurs tirs à courte distance

Jean-Yves Datil fixe une règle claire : 30 mètres maximum. Au-delà, le tir devient trop aléatoire. L’objectif n’est pas seulement de toucher une cible, mais d’éviter de blesser un oiseau sans pouvoir le récupérer.

Cette limite traduit une approche de chasse qui se veut responsable. Un oiseau aperçu trop loin doit donc être laissé passer. Dans le cas observé le 25 juillet, les premières volées restaient hors de portée raisonnable.

La réglementation autorise pourtant des prélèvements bien plus élevés que le tableau de chasse réalisé ce matin-là. Pendant la saison, un chasseur peut prélever jusqu’à 20 tourterelles et 10 pigeons ramiers par jour.

Espèce concernéePrélèvement quotidien autorisé pendant la saison
Tourterelle20 oiseaux par chasseur
Pigeon ramier10 oiseaux par chasseur

Ce jour-là, les cinq chasseurs étaient très loin de ces plafonds. Leur bilan collectif ne comptait qu’environ cinq tourterelles et un pigeon. Ce faible résultat rappelle que les quotas ne sont pas des objectifs garantis.

Les conditions météorologiques, les déplacements des oiseaux et la distance de tir déterminent concrètement ce qui se passe sur le terrain. Pourtant, la principale inquiétude actuelle ne dépend ni de la pluie ni du soleil.

Le recours qui pourrait suspendre l’arrêté de chasse

La saison de chasse de la tourterelle est normalement prévue jusqu’au 30 août 2026. Elle pourrait cependant être arrêtée dès la semaine suivant le 25 juillet. La raison est judiciaire.

Six associations de protection de l’environnement, locales et nationales, ont annoncé le dépôt d’un recours en référé devant le tribunal administratif de la Guadeloupe. Elles demandent la suspension de l’arrêté de chasse actuellement applicable.

Un référé est une procédure d’urgence. Il permet à un juge administratif d’examiner rapidement une demande de suspension lorsqu’une décision est contestée. L’audience est annoncée pour le 30 juillet 2026.

Les associations contestent notamment l’autorisation de chasser le pigeon à cou rouge, également appelé ramier dans le cadre évoqué. Cette espèce est classée en catégorie « données insuffisantes » par l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN.

Elles dénoncent aussi la chasse de la colombe à croissant durant sa période de reproduction. Or le Code de l’environnement interdit la chasse pendant la reproduction des espèces concernées.

Pour les militants, l’arrêté soulève donc un enjeu de biodiversité et de respect du droit environnemental. Pour les chasseurs, une suspension rapide signifierait une fermeture anticipée. C’est précisément cette opposition qui rend l’audience du 30 juillet décisive.

Sur le terrain, la chasse ne se résume pas au tableau

À l’orée de la forêt sèche, l’ambiance observée ne ressemblait pas à une course aux quotas. Les chasseurs parlaient surtout d’un temps passé ensemble, dans le calme, loin du rythme habituel.

Jean-Yves Datil explique que l’idéal consiste aussi à rester tranquillement dans les bois. Tirer fait partie de la pratique, mais il ne présente pas cela comme l’unique raison de venir. Le plaisir est aussi celui de l’observation et du groupe.

Le casse-croûte occupe une place tout aussi symbolique. Christophe Fadel évoque le corned beef comme un élément incontournable de l’ouverture. À ses yeux, sans ce repas simple, le rendez-vous perdrait une partie de son sens.

  • La présence dans la forêt dès l’aube.
  • L’attente silencieuse des tourterelles et des pigeons.
  • Le respect d’une distance de tir limitée à 30 mètres.
  • Le repas partagé, notamment autour du corned beef.
  • La possibilité de venir simplement pour retrouver les autres.

Christophe Fadel assure même que certains participants se déplacent d’abord pour ce moment convivial. Cette dimension sociale explique l’inquiétude exprimée avant la décision du tribunal. Une fermeture n’affecterait pas seulement les prélèvements autorisés, mais aussi un rituel collectif.

Reste que cette tradition s’inscrit dans un environnement fragile. La forêt sèche, les espèces de colombidés et les périodes de reproduction imposent des arbitrages que la justice administrative devra examiner.

Les points à connaître avant la décision du 30 juillet

La situation ne signifie pas encore que la chasse est suspendue. À ce stade, les associations ont décidé de saisir le tribunal administratif de la Guadeloupe en référé. La réponse dépendra de l’audience prévue le 30 juillet.

Il faut aussi distinguer les espèces citées. La saison évoquée concerne notamment les tourterelles et les pigeons ramiers observés par les chasseurs. Le recours vise l’arrêté pour ses dispositions concernant le pigeon à cou rouge et la colombe à croissant.

Les associations rappellent avoir obtenu, depuis plusieurs années, des suspensions et des annulations sur ces deux espèces. Ce précédent explique pourquoi les chasseurs redoutent déjà une interruption avant le 30 août.

Enfin, un quota quotidien ne dispense pas de discernement sur le terrain. Une volée trop lointaine, comme celle aperçue près de Morne-à-l’Eau et Petit-Canal, ne doit pas conduire à un tir incertain.

Une semaine d’attente pour les chasseurs comme pour les associations

Le 30 juillet, le tribunal administratif de la Guadeloupe devra se prononcer sur la demande de suspension. D’ici là, les chasseurs continuent de se retrouver dans les bois, entre vigilance, patience et inquiétude.

Pour ceux qui suivent cette saison, un élément mérite donc toute l’attention : la décision judiciaire pourrait déterminer si les rendez-vous de chasse se poursuivent jusqu’au 30 août ou s’arrêtent beaucoup plus tôt.

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— Alexis