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our comprendre Jacqueline Dalais, il
faut remonter au début. Il faut repartir sur la
côte Est à une époque où le
Touessrok n’existait pas. Là, sur la petite
île, qui accueille aujourd’hui quelques suites
du prestigieux hôtel One&Only, le père de
Jacqueline Dalais, Noël Daruty de Grandpré
tenait
la table. Pas n’importe laquelle. Cet homme de
lettres, passionné d’ostréiculture,
avait transformé le Touessrok de
l’époque en un fameux relais
gastronomique.
Les vieux livres de recettes
jaunis par le temps, sentant bon le carripoulé,
l’omniprésence du « Père Coco
», le grand père gastronome, auront
déclenché chez Jacqueline Dalais, une
passion inextinguible.
« Mon grand père,
Père Coco, dont la bouillabaisse est
resté célèbre -, nous a
légué un art, celui de la cuisine,
qu’il avait cultivé toute sa vie » raconte, émue, Jacqueline. Il y
a la passion amoureusement transmise, et
l’implication personnelle d’une femme qui
ne sait pas faire les choses à moitié et
qui a tout appris d’elle-même. « Je suis totalement
autodidacte. J’ai tout appris des livres que
j’ai pu me procurer. Et ça
n’arrête toujours pas. Il ne peut y avoir
un livre sur la cuisine qui ne sort sans que je ne me
le procure. Je suis une vraie passionnée et ce
ne serait vraiment pas exagéré de dire
que mes enfants sont pratiquement nés dans les
casseroles ! ».
Une cuisine française qui
parle créole
C’est en ouvrant « Le Gourmet » à Curepipe, en novembre 1985,
que Jacqueline Dalais assoit sa réputation et
fait courir le tout île Maurice à la
recherche d’une
expérience culinaire nouvelle où la
qualité du produit dispute la vedette à
l’originalité des recettes. Cette
quête perpétuelle de la qualité et
la recherche constante du mariage le plus heureux entre
les produits mauriciens et la gastronomie
française resteront sa marque de fabrique. Cette
cuisine française « qui parle
créole » l’accompagnera dans ses
multiples mouvements d’artiste qui la
mèneront au Domaine des Pailles et au Paradise
Cove avant de démarrer l’aventure de la
Clé des Champs, à Floréal, la
référence mauricienne absolue en termes
de gastronomie.
Jacqueline, cette
perfectionniste, « minante
»‚ comme elle
le dit dans un savoureux créole, est une femme
de caractère et une femme d’affaires
accomplie. Le Label JACQUELINE DALAIS est devenu au fil
des années, indissociable des soirées
très sélectes de la bourgeoisie
mauricienne et l’amie des têtes
couronnées et des personnalités de
premier plan. De Jacques Brel à François
Mitterrand (qui avait ramené dans son Jet
privé des brèdes cuisinées par
Jacqueline) en passant par Nelson Mandela, Margaret
Thatcher, Nicolas Sarkozy ou le Prince Edward,
Jacqueline Dalais aura eu la satisfaction de flatter
quelques augustes palais. « Je suis très
fière d’avoir servi toutes ces
personnalités. Mais j’ai autant plaisir
à cuisiner pour mes clients de tous les horizons
» affirme celle qui, il y a quelques
années, était devenue la 30e Dame
Cuisinière de France.
Ce parcours exceptionnel est
aussi le combat d’une femme ayant eu, très
jeune, à élever seule ses quatre enfants,
et qui a trouvé en la cuisine une bouée
de sauvetage. « Le
vide irremplaçable laissé par la
disparition de mon mari m’a ramenée vers
les
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fourneaux. Je suis
quelqu’un qui croit dans les
valeurs du travail et dans la
nécessité d’être toujours
maître de son destin. Mes quatre enfants
m’ont donné le courage de toujours aller
de l’avant et de ne jamais baisser les bras en
n’importe quelles circonstances.
Je pense que le feu de cette
passion ne s’est jamais éteint parce
qu’il s’agit tout simplement de la vie. » dira-t-elle.
À 60 ans, elle contemple
son œuvre, dans le décor feutré de
la Clé des Champs, avec la satisfaction de celle
qui a toujours tout assumé toute seule. « J’ai créé,
inventé, géré,
préservé et élevé mes
enfants et donné à
cette cuisine mauricienne que
j’aime tant et qui est le reflet de ce que nous
sommes tous sur cette île, sa vraie place. Oui,
je suis satisfaite de ce que j’ai pu accomplir,
mais il y a encore tant à faire ».
Avec le cœur
Entre les projets, la course
perpétuelle qu’elle engage contre le temps
- elle aligne des journées de travail de dix
-neuf heures - Jacqueline Dalais mène sa vie
à 100 à l’heure. Ne
s’autorisant que deux massages par semaine pour
s’arrêter.
« Mon seul luxe ! » dira-t-elle. Son moteur à elle,
c’est la satisfaction du client et les faires
rêver devant leur assiette. « Ma grande satisfaction, c’est
de voir un client heureux. Heureux d’avoir
vécu un moment de bonheur. Je suis
quelqu’un qui n’a jamais travaillé
pour de l’argent. Je cuisine avec mon cœur
et j’aime à dire que je n’ai pas de
clients, que des amis. J’aime réellement
faire plaisir aux gens. C’est, je pense au plus
profond de moi-même, ma qualité
première ».
Jacqueline Dalais, qui dit
cuisiner au pif, qui goûte
systématiquement chaque plat sortant d’une
de ses cuisines, est restée fidèle
à elle-même. Près des gens.
Près de ses vieux livres de recettes et
consignant toujours patiemment chacune de ses
découvertes. Portant toujours sur les fonds
baptismaux son aromate favori, le caripoullé. « J’adore les
épices. Et c’est vrai que je fais parfois
des mélanges assez inattendus. Le
côté le plus fascinant demeure bien
sûr les découvertes. Faire cohabiter le
voem ou de l’arouille avec la gastronomie
française, introduire des croustilles de
manioc ou enrober, marier, un
sacréchien avec des aubergines confites,
travailler en délicatesse le cœur de
palmiste il faut toujours oser dans la cuisine et ne
pas se laisser enfermer dans des tendances ou les
recettes».
Héritière
d’une grande tradition culinaire qu’elle
aura su faire perdurer, Jacqueline Dalais, et
c’est sans doute sa plus belle réussite, a
su inventer un style. Inimitable. Cet héritage
qu’elle laissera à l’île
Maurice culinaire, à l’île Maurice
tout court, est inestimable. Chapeau madame !
Jean-Joseph Permal
(1) Jacqueline
Dalais Restaurant Group est
une entreprise qui emploie 75 personnes. Engagé
dans la restauration, le service traiteur et le
consulting, l’entreprise gère La
Clé des Champs (60 couverts), le Domaine de St
Denis (180 couverts), le Domaine de Mare Longue (150
couverts), la Maison Créole de Chamarel et la
Ferme de Mont Choisy (Table d’hôte).
L’équipe ne s’occupe pas uniquement
de la restauration mais également de toute la
logistique entourant l’organisation des
soirées
privées/événementiels.
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