Jamais un mot plus haut que l’autre. Mais une souriante fermeté qui recadre le collaborateur ou l’interlocuteur qui aurait tendance à s’égarer. Tous ceux qui ont croisé la route de Popo Hitié le concèdent volontiers : il a son style. Au sens propre comme au sens figuré. Lui s’en défend, préférant parler de « valeurs du travail ». Une constante chez lui. « Je ne pense pas qu’il y a un style Popo Hitié ; il y a une façon de faire dans le tourisme et dans l’industrie de service qu’il faut cultiver : Il faut être sérieux mais passionné et avec la volonté de bien faire tout en travaillant dans la transparence, les choses ne sont pas compliquées. Il faut de la discipline et de la rigueur. En toute objectivité, il n’y a pas quatre chemins : il faut être motivé, passionné, dévoué et toujours privilégier l’esprit d’équipe. No man is an island ! »
Quand, au milieu des années soixante-dix, une Renault immatriculée AY 184 s’arrête à la hauteur du jeune auto-stoppeur à l’allure hippie, Popo ne se doute pas que son destin va basculer. Au volant : Guy Hugnin, un des pères du tourisme mauricien. « Quand il me dépose à la hauteur de son bureau à Curepipe, il me dit : « Jeune homme, quand vous aurez fini vos études, venez me voir. J’aimerai que vous fassiez du tourisme, un métier d’avenir ». Le tourisme cela fait des années que Popo y pense. « J’habitais un village non loin de l’aéroport et je voyais toujours passer les avions. Ce phénomène de voyages, de départs et d’arrivées m’a toujours fasciné. J’ai toujours eu le rêve d’avoir, d’une manière ou d’une autre, une interaction avec tous ces touristes qui venaient visiter notre pays. ». Et même si, à l’époque, il passe le plus clair de son temps libre à aller assister aux audiences des cours de justice – il se destinait au droit – cette rencontre allait rester ancrée dans sa mémoire.
C’est donc en toute logique, qu’une fois sa HSC obtenue, qu’il se pointe au bureau de Guy Hugnin. « C’est feu Christian Decotter qui me reçoit et me dit : demain le Foch, un navire de guerre, arrive dans le Port et vous allez être guide pour ces visiteurs ! Je rentre chez moi, je me fais faire un Safari Suit en trois heures, je m’arrange un peu les cheveux – que j’avais longs -. Le soir je me fais un devoir de parcourir un certain nombre d’informations sur Maurice et le lendemain je pars avec les Marins. Et quand je rentre, c’est en habit d’apparat… de marin ! Et voilà comment débute mon aventure dans le tourisme. J’entre donc chez MTTB comme guide mais j’y cumule toutes sortes de fonctions ».
Après un passage chez Hertz et la représentation de MVM (c’est la première fois que le célèbre T. O français confie cette mission à un Mauricien), il est sollicité par Colin Hare, un pionnier du tourisme, et se joint à IBL en tant qu’Operations Manager de la division Tourisme naissante. « Un an après Colin Hare me suggéra d’aller faire un stage aux Seychelles avec Peter Goldsmith chez TSS. Au bout des trois mois, je fus nommé Operations Manager de TSS et j’y restai pendant plus de deux ans. Les Seychelles avaient de l’avance sur Maurice dans certains domaines et ce fut une expérience très enrichissante. TSS était d’ailleurs une plus grande opération que White Sand Tours à l’époque ».
Quand il retourne à Maurice, en 1983, pour prendre la tête de White Sand Tours, Popo Hitié est appelé à piloter une entreprise dans une période phare du tourisme mauricien. « Le tourisme mauricien connaît un certain essor. IBL, à travers son partenariat hôtelier, rachète La Pirogue et Le Touessrok. Les T. O s’intéressent davantage à WST, qui commence alors à prendre de l’ampleur. Une certaine démocratisation dans le marché du réceptif permet aussi de prendre de nouveaux créneaux et de nouveaux marchés ». Et il applique avec une rigoureuse efficacité sa méthode : professionnalisme à tous les échelons, responsabilisation des collaborateurs. En 83/84 WST traitait 4 000 à 5 000 clients par an. Quand il quitte l’entreprise en 2000, le seuil de 100 000 clients avait été atteint…
Malgré ses hautes responsabilités au sein du conseil d’administration d’IBL entre autres, Popo décide, en 2000, de voler de ses propres ailes pour réaliser son rêve. Pour ce faire, il s’entoure de professionnels ayant la même vision et | | qui partagent les mêmes valeurs. C’est ainsi qu’est né SummerTimes…‘where the livin’is easy « Mes années à White Sand Tours et IBL ont été de belles années. Christian Dalais, Colin Hare et Peter Goldsmith m’ont donné l’occasion de m’épanouir. Mais le désir de créer quelque chose qui porterait beaucoup plus mon empreinte était profond. » Six ans après, le rêve s’est transformé en une réussite incontestable qui place SummerTimes en leader dans son domaine ; ce qui a incité le puissant groupe touristique mondial TUI à investir dans son activité.
Popo insiste néanmoins sur le soutien que lui ont réservé et lui réservent encore les différents partenaires de l’industrie. Qu’ils soient du secteur public ou privé, les relations professionnelles et interpersonnelles sont vitales.
La réussite de Popo Hitié doit sans doute beaucoup à sa vision claire des choses et l’équilibre qu’il parvient à s’imposer hors du travail. Grand amateur de vélo (il couvre plus de 80 kilomètres par semaine) et de pêche, c’est également un homme ancré dans ses racines familiales. « Mon refuge ultime, c’est ma famille, c’est là que je me ressource. Ma femme et mes enfants sont partis prenante de ma vie professionnelle. Ma femme a su m’épauler tout au long de ses 20 dernières années : si elle ne comprenait pas les exigences de mon métier, je n’aurai pas pu m’accomplir ».
Fin observateur de la chose touristique, Popo Hitié reste partisan d’une implication totale du Mauricien dans le destin touristique de son île ; « Je suis intimement convaincu que chaque Mauricien, quel qu’il soit, où qu’il soit, a une responsabilité dans l’épanouissement de notre industrie touristique. Au-delà de la volonté politique et des stratégies communes secteurs privés/publics, les actions ponctuelles de chaque Mauricien ont un impact non négligeable dans ce domaine : l’embellissement de son quartier, de sa maison, de son jardin, le respect de l’environnement et des lieux publics, la protection du patrimoine, la courtoisie sur les routes, la qualité de l’accueil… Toutes ces actions tendent vers un seul but car, comme disait Michel Dursort, fondateur de MVM, « le touriste est une denrée rare qu’il faut traiter avec une extrême délicatesse ! »
Dans l’ébauche de tout plan de développement, il faudra donc faire une place aux Mauriciens pour qu’ils jouent enfin leur rôle : celui d’un partenaire qui définira, de par son action, le visage de l’île Maurice touristique de demain. Ensemble, je pense que nous parviendrons à créer des conditions qui seront profitables à tout un chacun. Si le destin de notre île est touristique, il faudra que l’on arrive à inculquer, dès leur plus jeune âge, aux Mauriciens, les valeurs qui y sont attachées : respect, partage, qualité, protection de l’environnement, goût de l’excellence. »
À la question de savoir si le tourisme est l’aboutissement de tous ses rêves, Popo répond sans hésiter par l’affirmative. « Si je devais recommencer, je recommencerais exactement la même chose. Le tourisme m’a donné beaucoup de satisfaction… A l’exemple de certains grands que j’ai eu la chance de croiser, je fais tout pour que mes collègues puissent à leur tour s’épanouir et laisser leur empreinte sur le tourisme mauricien. Je leur suis très reconnaissant de leur confiance et de leur dévouement ; sans chacun des membres de mon équipe, la partie n’aurait pu se jouer… »
Cet homme, qui aura, à sa manière, permis au tourisme mauricien de se désenclaver, sera au cœur de l’actualité avec les arrivées de Corsairfly (France) et de TUIfly Nordic (Scandinavie) dont sa compagnie est le représentant pour l’île Maurice. Une autre aventure. Un autre rêve. Chez Popo, les rêves donnent toujours des ailes…
Jean-Joseph Permal
24 octobre 2006 |