| 26 avril 2007 | Les gazelles sont rentrées jeudi 19 avril de leur magnifique voyage en terre malgache, débuté le 10. Des images plein les yeux, des émotions magnifiques plein le cœur, les muscles fortement sollicités, mais surtout, avec un tel bonheur que nombreuses sont celles qui d’ores et déjà, sont partantes pour la prochaine édition. Quelques instantanés de cette belle aventure.
Fianarantsoa – Manakara, ou chronique d’un petit train
Indispensable et magique, la traversée de Fianarantsoa à Manakara dans la seule ligne de chemin de fer de Madagascar. Une Micheline arrive en gare de Fianar au petit matin. Belle surprise, elle porte nos couleurs : une banderole ceinture fièrement la locomotive, nous souhaitant la bienvenue. Nous embarquons dans un joyeux tapage. Très vite, nous comprenons l’importance stratégique de ce train sur cette ligne de 163 km, avec des arrêts constants le long de hameaux où une foule se presse sur les « quais » pour nous vendre camarons grillés, manioc et banane écrasés, sirops, fruits… À chaque halte, nous descendons nous mêler aux enfants et aux femmes. Nos bouteilles en plastique font l’objet de convoitise. Un gamin d’une dizaine d’années va même jusqu’à me proposer un troc : ma bouteille vide contre… deux capotes. Un autre enfant exhibe un superbe ballon, en fait, une capote. Il y a de quoi se faire du souci pour la lutte contre le SIDA. Le train roule à 15 ou 20 km/h. Je sympathise avec un soldat qui est là pour notre sécurité. Il a cette nonchalance tranquille des Malgaches. On nous avait prévenus : « Avec le train, tout est possible ». Effectivement. À 40 km de Manakara, notre point de chute, arrêt crissant sur la voie. Axelle et moi remontons en tête de train. Un mécano nous explique que c’est un essieu qui a cassé. Une locomotive arrive de Fianar, elle sera là dans 5 heures au mieux. Déjà, les Malgaches, qui connaissent la vie, chargent leurs affaires et repartent sur les rails en direction de la minuscule gare à 300 m. Nous leur emboîtons le pas. Éric est parti chercher nos véhicules, il sera de retour dans quelques heures.
La longue nuit « malagasy »
(suite de « Chronique »)
Alors, commence la longue nuit malgasy, une vraie aventure, une de ces légendes que d’habitude, on écoute avec un sourire ravi, une de ces histoires malgasy que seuls les initiés connaissent. La gare est bondée, voyageurs victimes de la panne, marchandises, enfants qui vendent, curieux… Il fait très chaud et nous sommes assis à même les quais. Il est 17 heures, nous sommes fatigués. Un groupe repère un wagon-plateforme sur une voie désaffectée, en léger retrait. Nous nous y installons avec nos bagages. | | Peu à peu, dans le crépuscule tombant, nous nous retrouvons dans l’obscurité sur notre radeau de la Méduse. Trois points de lumière face à nous : le minuscule bureau du chef de gare, la gargote du coin et un foyer pour une église évangéliste. Nous n’avons que quelques torches frontales, mais l’obscurité nous convient. La nuit malgasy est magique et apaisante. La voûte étoilée nous arrache des soupirs de bonheur. Dans l’obscurité, quelques-unes jouent avec les enfants. Tout le monde profite du noir pour oser se toucher, petites mains d’enfants se glissant dans des mains de mamans émues. Un feu est allumé par quelques enfants en face du wagon. Des lucioles éclairent les buissons. Nous sommes tranquilles, perdus au fonds d’une campagne, au milieu de nulle part. Quand Éric débarque après plusieurs heures, beaucoup se surprennent à regretter ce moment magique, certainement le plus fort du raid.
100 km à pieds
Ma préparation physique et psychologique n’aura pas été vaine. Il fait une chaleur accablante et mes chaussures de marche ont parfois bien du mal à s’arracher d’un sol friable. Tout le monde fera les parcours sans sourciller. Régine, la reine, survole les étapes de sa foulée de gazelle. Les marcheuses prennent le temps de parler aux enfants, d’immortaliser des endroits magnifiques. Tout le monde est très bien équipé et les voitures chargées du ravitaillement passent régulièrement. Notre périple sera finalement raccourci d’une journée de raid. Ce qui n’enlève rien à l’exploit. Notre aventure nous fait découvrir d’immenses paysages de savane, vallonnée et jaunie sous le soleil, où l’on marche ou l’on court dans une solitude saisissante et heureuse. La traversée de minuscules villages où les enfants nous saluent et nous suivent en riant : « Ces vazaha (Blancs) sont folles, elles marchent alors que des véhicules vides les suivent ! » Impensable à Madagascar. Nous relativisons d’ailleurs rapidement notre périple car tous les Malgaches que nous croisons marchent autant ou plus que nous, sans équipements ni ravitaillements. Pour ma part, j’ai choisi la marche solitaire. Besoin de communion avec ce pays que j’aime profondément et qui me le rend bien. Je marche des kilomètres sans croiser âme qui vive, sous le feu du soleil. De temps en temps, un papillon m’accompagne sur quelques mètres. Dans cette savane sauvage et brûlée où seules crissent mes chaussures sur un sol minéral, je m’évade de mon quotidien pour une purification des sens et de l’esprit.
Une côte sauvage et magnifique
Nous longeons des pistes le long d’immenses plages déchiquetées par la mer, constamment sous l’écume. Nous parcourons une campagne aride et déserte ou des rizières luxuriantes où travaillent femmes et enfants. Nous traversons des forêts où seul chante le vent. À | | part les zébus, pas d’animaux ou presque pas. Un oiseau çi et là, un serpent que la pluie a jeté sur notre route. Nous nous enfonçons sur des chemins de sable bordés d’arbres qui me rappellent le Poste-Lafayette de mon enfance. Nous regardons le fil de l’eau lors des traversées de bacs, un moment toujours fort et problématique, sur ces sortes de catamarans de métal pourri, supportant des planches douteuses sur lesquelles nous montons les véhicules. Certains bacs sont tirés à main d’hommes par un fil qu’Axelle, notre cameraman, qualifie de « dentaire » tellement il est fin. Manakara et sa plage de sable fin où je me baigne à 5 heures du matin dans l’ocre du lever de soleil. Fanafanga où je fais une partie de foot déchaînée avec trente gamins du village. Sainte-Luce la belle, magnifique village de pêcheurs avec sa kyrielle d’îles face à une plage immense. Fort Dauphin où nous cohabitons avec des lémuriens dans un parc superbe.
Manambondro ou l’espoir douloureux
Un autre aspect, et pas des moindres, de notre raid, est le social. Nous avons toutes ramené médicaments, savonnettes, stylos, bonbons, vêtements, chaussures… pour en faire bénéficier le maximum de gens. Justement, ce matin, dans ce minuscule village au bord d’une rivière paresseuse, tout le monde nous attend. Et surtout les enfants, plus d’une centaine. Un groupe de gazelles s’active à la mise en place des objets, qui seront distribués par le chef du village, pour éviter tout débordement. Nous avons des quantités de choses, et pourtant… Il y a une telle attente, un tel espoir dans les yeux de ces enfants que certaines d’entre nous craquent. Plusieurs fondent en larmes. Pour ma part, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, je repense à ces images insoutenables de sacs de riz balancés au-dessus de l’Éthiopie et que se disputent des villageois. Bien sûr que notre action est belle et méritoire. Mais comment parvenir à satisfaire tout le monde ? Je prends l’une d’entre nous par la main, certainement la plus affectée, et nous marchons dans le village. Nous nous réconfortons mutuellement. Oui, il fallait absolument cet aspect social, sinon, notre raid aurait été vain. Comment aurions-nous l’outrecuidance de traverser villages et campagnes sans nous intéresser aux habitants ? Comment ignorer qu’à une heure et demi de Maurice l’opulente, vit une population très pauvre, mais jamais désespérée ? Du reste, beaucoup d’entre nous ne reviendront pas indemnes de ce voyage. Et c’est bien là le but. Être plongées dans un univers différent, fait de misère et de débrouillardise, de sourires malgré les conditions plus que précaires. Pourvu que chacune d’entre nous fasse bon usage de ces émotions.
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