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Non, il ne naviguera plus mais enverra
des émissaires dans les Moluques. Tout d’abord
le commandant Le Cornic sur son bateau l’Utile. Les
cales pleines, l’Utile reprend le chemin du retour.
Las ! Le bateau fait naufrage et l’équipage
est, ensuite, empoisonné, à l’exception
de 7 matelots et de son second, le jeune Héloury qui
finira par revenir en Bretagne avec les lettres de mission
de son capitaine. Loin de se décourager Pierre
Poivre, missionne cette fois-ci, 2 bateaux : Le Vigilant et
l’Etoile du Matin avec l’envoyé
spécial de Poivre : Provost. Celui-ci et les deux
capitaines reprendront contact avec les rois des îles
qui avaient déjà si bien accueilli les
Français. Le résultat dépasse les
espérances, de l’île de Batanta,
les navires font voile vers l’île de France
avec 450 jeunes plants de muscadiers et 10 000 noix de
muscade prêtes à germer, et aussi 300
plants de girofliers et 180 grains germés de girofle
qui sont donnés devant une assistance
éblouie, le 27 juillet 1770, à Pierre Poivre
à Port Louis. Ces plants sont transportés et
plantés pour la plupart à Pamplemousse
(d’autres sont cultivés par des colons
au-dessus de tout soupçon, excellents agriculteurs
de surcroît).
Malgré tous les soins
jaloux qui leur sont apportés, ces jeunes plants
meurent tous. Le climat tropical et anarchique de
l’île empêche les jeunes arbres de se
développer. Le courageux et fidèle
Provost repart à la recherche des chères
épices chez les rois, amis des français,
dans les îles des Moluques, et revient victorieux
avec des centaines de plants de muscadiers et de
girofliers et 40 000 noix de muscades bonnes à
germer ainsi que des graines de girofle. Enfin, Pierre
Poivre, bien secondé, a réussi ! Ayant
brisé le monopole hollandais, Pierre Poivre est
aussi sévère que ces anciens ennemis
quand à la contrebande des plants de ces
précieux arbres qui prennent racine dans le
jardin de Pamplemousse.
Il décide alors de quitter
l’île de France pour retrouver son domaine
de la Ferta et enfin se consacrer à sa famille.
A 53 ans, après une vie de combats et
d’aventures, il aspire à un peu de calme.
Mais, avant de partir, il rédige à
l’intention de son successeur un guide de
jardinage afin que les plants tant
désirés et si fragiles ne subissent le
même sort que ceux de la précédente
cargaison. Tout y est consigné : la
préparation et la fumure de la terre,
l’édification des coupe- vents
protecteurs, l’entretien des jeunes plants. Il
choisit lui-même le nouvel intendant de
Pamplemousse : Jean-Nicolas Céré, natif
de l’île, personnalité aventureuse
et passionné de botanique : un autre
lui-même en quelque sorte qui devra
continuer son œuvre.
1767 : l’année du
renouveau du Jardin de Pamplemousses
Le jardin de Pamplemousse,
créé par la colonie en 1729 porte le
témoignage de l’enjeu et de
l’influence qu’ont eu les Mascareignes dans
le développement des épices. Au
départ, destiné à des cultures
vivrières, on y avait acclimaté le manioc
par exemple. Quand Pierre Poivre le découvre, il
est laissé à l’abandon ;
malgré cela Poivre perçoit
l’utilisation qu’on peut en faire, pour les
épices et les espèces tropicales, en
particulier pour la muscade et le girofle (1) . A
partir de 1767 commence le renouveau du jardin de
Pamplemousse, Pierre Poivre fait rapporter par tous les
navigateurs et explorateurs qui relâchent
à l’ile de France, étape quasi
obligatoire pour rentrer en Europe, des arbres
fruitiers (oranger, citronnier, avocatier), à
épices (anis, badanier basilic, cannelier,
quatre épices, muscadier et giroflier), des
plantes d’agréments (hortensia,
bougainvillier, palmier,
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nénuphar, buis,
héliotrope, tubéreuse….) et des
espèces vivrières comme le café, la
patate l’arbre à pain, les dattiers,
manguiers, cocotiers, le thé, le riz… et
la canne à sucre qui fera par la suite la richesse
de l’île. Et comme nous l’avons vu des
muscadiers et girofliers. Son successeur organisera ce
jardin à peu près comme on peut le voir
maintenant et y construira des serres qui seront de
véritables nurseries pour les plants qui voyageront
à travers le monde. La muscade et le girofle seront
acclimatés à l’île Bourbon, sur
la côte sud-est, au sol volcanique,
protégée par les montagnes, mais aussi
à Madagascar, aux Seychelles et en Guyane. De cette
manière, les français n’ont plus besoin
des épices hollandaises. Ces délicieuses
épices n’ont plus l’importance
commerciale qui fut la leur mais avec les autres plantes
comestibles, comme la canne à sucre et le rimo,
elles ont apporté à la cuisine mauricienne
des sources nouvelles d’inspiration qui
ne cessent d’être renouvelées. Le
souvenir de Pierre Poivre est assuré par la
pérennité de son cher jardin ainsi que par
les couleurs, les arômes et les saveurs
appétissantes des marchés et des plats
mauriciens dont le souvenir voyage dans la mémoire
des visiteurs qui viennent à l’île
Maurice et parfois aussi dans leurs bagages.
(1) Le
premier giroflier donné par Pierre Poivre
à Joseph Hubert a mis six ans à fleurir,
mais dès la fin du XVIIIe siècle il a
fourni suffisamment de graines pour ensemencer toute la
région : Bourbon entrait pour cinquante ans dans
l’ère du girofle, dont la production
atteint 800 tonnes par an !
Le premier giroflier de
l’histoire de notre île a été
introduit en 1681 par Jacques Boureau des Landes,
venant de Bantan sur “le Soleil
d’Orient”. Confié à un
certain Jean Dailleau, l’arbuste devait
être arraché par mégarde avant
1690.
Pierre Poivre a aussi
introduit à Bourbon : le letchi, l’anis
étoilé et le longani de Chine, le
mangoustan et l’arbre à pain des
Philippines, l’avocatier du Brésil,
l’évi ou fruit de Cythère de
Tahiti, ou encore le ravensara de Madagascar. À
Maurice, il a introduit l’imprimerie, a
acclimaté le girofle, la muscade, le poivre, la
cannelle, le quatre-épices, et des dizaines
d’espèces végétales dans le
jardin de Pamplemousses. Il a favorisé la
culture des arbres fruitiers comme le fruit à
pain, le letchi, le manguier, le badamier, le
mangoustan, le cacaoyer, le longanier, qu’il a
introduits ou réintroduits.
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